A quoi ressemblera le combat aérien collaboratif du futur  ?

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Pour le chef d'état-major de l'armée de l'air, le général André Lanata, le combat collaboratif connecté est déjà une réalité.
Pour le chef d'état-major de l'armée de l'air, le général André Lanata, le combat collaboratif connecté est déjà une réalité. (Crédits : DR)
Au Paris Air Forum, organisé le 21 juin par La Tribune, les participants à une table ronde ont décrypté les enjeux technologiques et politiques autour du programme européen SCAF, le système de combat aérien du futur qui fera fonctionner différentes plateformes en réseau.

Ce sera le système de combat aérien du 21ème siècle. Le projet européen SCAF (Système de combat aérien du futur), dont la France a été désignée "nation leader" à l'issue d'un récent sommet franco-allemand, et dont la mise en service est projetée à l'horizon 2040, devrait réunir autour d'un nouvel avion européen, des moyens de combat mis en réseau. Concrètement, à quoi ressemble le combat aérien collaboratif du futur ?

Un système de systèmes

Pour le chef d'état-major de l'armée de l'air, le général André Lanata, le combat collaboratif connecté est déjà une réalité. "Lorsqu'au Sahel nous combinons l'emploi de drones endurants, de forces spéciales, d'hélicoptères de combat, de chasseurs, de ravitailleurs, tout cela relié à nos systèmes de commandements par des liaisons données et des communications longue distance, nous sommes déjà en combat collaboratif connecté", a-t-il lancé en ouvrant une table ronde qui s'est déroulée dans le cadre de la cinquième édition du Paris Air Forum, organisé le 21 juin par La Tribune au Toit de la Grande Arche, à Paris. "Aujourd'hui, on est au combat connecté et il faut passer au combat collaboratif" connecté en temps réel, a pour sa part nuancé Caroline Laurent, directrice de la stratégie de la Direction générale de l'armement (DGA). Face aujourd'hui à une "menace numérisée en réseau", il faut "un système mis en réseau".

C'est tout l'enjeu du système de combat aérien du futur, fondé sur la mise en réseau des différentes plateformes. "C'est un système de systèmes, un système de combat avec plusieurs objets qui sont connectés", a souligné Caroline Laurent. Avion de combat piloté, ravitailleur, Awacs (système de détection et de commandement aéroporté), drones... Dans le combat collaboratif, des performances différentes seront allouées à chaque objet. "Il faut être furtif, hypervéloce et manœuvrant. On ne peut plus avoir cela dans le même objet", a-t-elle détaillé. "Le système global sera beaucoup plus efficace que chacun des objets. Et chacun des objets ne pourra plus répondre seul à la mission". La guerre du futur sera bien celle d'un réseau face à un autre réseau...

La maîtrise des données

Pour atteindre l'efficacité d'un tel système, le directeur général adjoint des Systèmes de mission de défense de Thales, Philippe Duhamel, dresse la liste de défis qui sont au cœur la maîtrise des données. Premier constat, les senseurs fournissent un volume de données qui explose alors que les tuyaux de communication ne sont pas toujours très grands. "On devra avoir un système résiliant face à cette capacité de communication variable", a-t-il expliqué. Autre aspect, les flux de données devront être protégés. Sans oublier la grande variété des plateformes ou encore la coexistence entre des systèmes nouveaux et ceux des générations précédentes. L'intelligence artificielle permettra par ailleurs de transformer le déluge de données en une suite d'informations exploitables en faisant des datas analytics sur les flux et non plus sur les stocks. Enfin, c'est un processus d'innovation ouvert et incrémental : "on ne va pas partir de zéro et avoir un big bang", a-t-il relevé.

Une situation que le général André Lanata résume ainsi : si, pour lui, on est déjà conceptuellement dans un combat collaboratif, la révolution est devant nous car "nous sommes encore très loin d'avoir exploité toutes les possibilités que doit permettre une utilisation extensive du traitement massif et automatique des données" avec l'intelligence artificielle, pour aider l'homme à résoudre la complexité dans les opérations. "C'est le système dans son ensemble, la collaboration entre les plateformes, qui produit la réponse".

Le piège du F-35

Pour voler dans le ciel européen en 2040, le futur avion de combat européen devra se défaire du piège que lui tend l'américain F-35 - un système fermé -, qui vole déjà dans plus d'un pays de l'Union européenne, alors que l'Allemagne serait à son tour tentée par l'achat des F-35 pour remplacer ses Tornado. "Si jamais l'Allemagne prenait cet avion, ce projet de combat du futur serait fortement fragilisé", s'est inquiété Antoine Noguier, directeur de la stratégie Airbus Defence and Space.

Si le F-35 représente une menace pour le projet européen, il comporte aussi des limitations. "Le F-35 est probablement la dernière émanation d'un avion qui essaie d'avoir tout en lui-même et donc il a ses compromis et ses faiblesses", a-t-il jugé. Et Caroline Laurent d'insister sur le risque qui pèse sur le SCAF : même si on arrive à interopérer à l'avenir avec le F-35, "si les Allemands achètent les F-35, on sera le seul pays à ne pas avoir cet avion, on risque de se retrouver isolés et on n'aura pas les moyens de développer tout seuls l'avion européen du futur".

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Commentaires
a écrit le 30/06/2018 à 9:48 :
Madame Caroline Laurent, si compétente soit-elle, a vraiment tort de contredire, en public et si doctoralement, le Chef EMAA sur l'existence actuelle du combat collaboratif. Tout dépend des limites du contenu de ce mot "nouveau" que les experts eux-mêmes ignorent !
a écrit le 29/06/2018 à 16:41 :
Ce combat collaboratif (sic) au Sahel a t-il donné des résultats ?
a écrit le 28/06/2018 à 15:03 :
A rien voilà à quoi il ressemblera, finis tanguy et laverdure...
a écrit le 28/06/2018 à 10:15 :
Espérons que personne ne s'attaquera aux satellites qui gèreront tout ce petit monde.
a écrit le 28/06/2018 à 8:37 :
Étant donné que tout les dix ans, l'intelligence artificielle change d'ère technologique, les allemands peuvent acheter le f35 si ils le souhaitent mais si on construit un nouvel avion dans 20 ans, les USA ne seront alors plus la puissance no1 et le f35 sera déjà complètement dépassé sur l'IA. Et puis vu le contexte actuel, les allemands auraient bien tort de faire des cadeaux aux USA.
a écrit le 28/06/2018 à 8:25 :
"si les Allemands achètent les F-35, ..." à mon humble avis, le "si" est en trop...Le seul projet mené à bien par "le couple franco-allemand" a été le Transall, aucun autre, avec le succès d'usage l'accompagnant. L'Europe telle qu'elle est n'est qu'un état de plus des US.
Réponse de le 28/06/2018 à 14:02 :
Il y a un biais de jugement qui laisse penser que le matériel en service depuis quelques décennies (le Transall donc) s'est développé sans encombre, à comparer avec les projets récents (A400M, NH90, Meteor etc.) qui seraient a en écouter certain, de total fiascos.
Ce n’est évidemment pas le cas et jamais un seul projet ne s’est développé sans soucis, médiatisé ou non.
Ceci est d’ailleurs valable pour les programmes d’avion de combat Américains aussi. Le F18 fut le « F35 » de son époque, avec un développement émaillé de controverse sur son prix et ses capacités techniques.

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