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Armement : l'Arabie Saoudite va-t-elle planter un poignard dans le dos de la France?

Photo de Michel Cabirol

Michel Cabirol

Publié le 19 mai 2017 à 04:56 - Mis à jour le 19 mai 2017 à 10:24

Le Quotidien Numérique

04 juillet 2026

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La France va-t-elle perdre la flotte de l'Ouest en Arabie Saoudite, le dernier bastion qui lui était réservé. C'est possible. L'Arabie Saoudite pourrait préférer une offre de corvettes espagnoles.

La France va-t-elle être touchée, coulée en Arabie Saoudite? Pas sûr encore. Mais la visite du président américain Donald Trump à Ryad samedi pourrait définitivement couler les quelques rares ambitions françaises de vendre enfin du matériel militaires dans le royaume wahhabite. Les États-Unis visent la signature d'une série de contrats d'armement avec l'Arabie saoudite pour un coût total de plus de 100 milliards de dollars. La visite de Donald Trump à Ryad arrive en outre en pleine transition de pouvoir en France.

Et pourtant Paris a accordé un véritable blanc-seing à la politique internationale saoudienne lors du quinquennat de François Hollande. Trop et en pure perte semble-t-il malgré les promesses de contrats mirifiques à la France. Ryad n'a finalement jamais renvoyé l'ascenseur à Paris ou très peu. La diplomatie française, désormais dirigée par Jean-Yves Le Drian, qui n'a lui-même jamais été récompensé de ses efforts, devra en tirer très vite les leçons.

Bérézina en Arabie Saoudite?

Qu'est-ce qui est en jeu ? Des contrats jamais mis en vigueur par le ministre de la Défense, le prince Mohammed ben Salmane, et surtout le dernier "bastion tricolore" en Arabie Saoudite, la flotte de l'Ouest, qui était dévolue aux industriels français. Ryad s'apprête à accorder au chantier naval espagnol Navantia un contrat de cinq corvettes de type Avante 2200 armés de missiles MBDA (VL MICA et Exocet MM40 Block 3) d'un montant évalué à trois milliards d'euros. Un nouveau cadeau fait à l'ancien roi d'Espagne, membre du fameux club de Marbella où se retrouvent responsables saoudiens et hommes d'affaires espagnols. le PDG de Navantia, Esteban García Vilasánchez, accompagné de son directeur commercial, Gonzalo Mateo-Guerrero, est d'ailleurs en Arabie Saoudite cette semaine.

Les corvettes espagnoles vont être basées en Mer Rouge, et non comme on le pensait initialement dans le Golfe. C'est le signe que le monopole français sur la flotte de l'Ouest est bel et bien remis en cause. Une base navale serait en outre créée par des entreprises de BTP saoudiennes pour accueillir les bâtiments espagnols. Pourtant, la France a remis une offre de valeur. DCNS a proposé cinq Gowind s'inscrivant parfaitement dans la ligne de la Vision 2030 du prince Mohammed ben Salmane, qui souhaite "saoudiser" son industrie de défense à l'image du "Make in India" en Inde. Il est donc temps que Paris reprenne la main sur l'Arabie Saoudite, sinon la flotte de l'Ouest va lui échapper définitivement.

Outre les corvettes en voie d'être perdues, de nombreux programmes discutés et négociés avec Ryad paraissent plus ou moins au point mort comme le serpent de mer Mark 3 de Thales (défense sol-air de courte portée), des satellites d'observation et de télécoms (Thales et Airbus) promis désormais aux américains, des patrouilleurs (CMN), des avions ravitailleurs (Airbus), le contrat DONAS et les promesses de 10 milliards de dollars de contrats annoncées lors de la visite du Premier ministre Manuel Valls.

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Ankara et surtout Washington privilégiés par Ryad

Outre l'Espagne, la Turquie devrait, elle aussi, obtenir un contrat de corvettes de la classe I, des MILGEM allongées (3.000 tonnes contre 2.400 pour la classe A) après avoir vendu tout récemment quatre corvettes MILGEM de classe A au Pakistan. Pour faciliter la vente, Ankara pourrait céder quelques unités en service au sein de la marine turque.

Surtout, dans le cadre de la visite du 23 mai, Donald Trump a promis de faire avancer les négociations sur plusieurs dossiers, notamment dans le domaine naval après des accords signés en 2010 et 2011. C'est le cas des quatre frégates MMSC de type Freedom (Lockheed Martin) avec l'armement et la logistique associés, un contrat évalué à 11,5 milliards de dollars et prévu dans le projet de vente FMS d'octobre 2015. Les États-Unis devrait fournir à la marine saoudienne une trentaine d'intercepteurs de type Mark V (1,2 milliard de dolars) en projet depuis 2013, une dizaine de drones navals de type Fire scout,  quatre avions de patrouille maritime armés de type Poseidon, une dizaine d'hélicoptères MH-60R et, enfin, la modernisation des neuf patrouilleurs Al Siddiq et quatre corvettes Badr en service.

Dans les autres contrats prévus figurent notamment un système de défense antimissile Terminal High Altitude Area Defense (THAAD) fabriqué par Lockheed Martin. Le système THAAD, comme celui en cours d'installation en Corée du Sud, coûte environ un milliard de dollars (900 millions d'euros). Également en cours de négociation, un logiciel informatique de commandement C2BMC, ainsi que des systèmes satellitaires, deux produits fournis par Lockheed Martin. Sont également envisagés des véhicules de combat fabriqués par le britannique BAE Systems, et notamment le blindé Bradley Fighting Vehicle (BFV) et le canon automoteur M109. BAE emploie 29.000 personnes aux États-Unis. Des contrats de plus d'un milliard de dollars portant sur des munitions sont aussi prévus comme les projectiles anti-blindage Penetrator Warheads et les bombes guidées laser Paveway fabriquées par le groupe Raytheon.

Saoudisation de l'industrie de défense

L'Arabie saoudite, l'un des principaux acheteurs d'armes au monde, a annoncé jeudi dans le cadre de sa nouvelle politique "Make in Saudi Arabia" la création d'une nouvelle entreprise militaire pour dynamiser son industrie de défense, Saudi Arabian Military Industries (SAMI). "SAMI établira des firmes par des coentreprises avec des fabricants d'équipements mondiaux et par la coopération avec des entreprises militaires locales", a indiqué dans un communiqué le fonds souverain Public Investment Fund (PIF).

Parmi les entreprises locales figure la Military Industries Corporation, également contrôlée par l'État, dont le patron avait indiqué en décembre à l'AFP qu'il faudrait "quelques années" pour réduire la dépendance de l'armement étranger. Le royaume a déjà commencé à développer des pièces de rechange, des véhicules blindés et des munitions. Le renforcement de l'industrie militaire locale est l'un des objectifs de l'ambitieux plan Vision 2030, lancé l'an dernier et prévoyant de réduire la dépendance du royaume de ses recettes pétrolières, en baisse depuis l'effondrement à la mi-2014 des cours du brut.

Dans le top 25 des entreprises de défense

SAMI, qui sera contrôlée par le gouvernement, "entend devenir l'une des 25 entreprises de défense mondiales d'ici à 2030", a indiqué dans un communiqué le fonds souverain Public Investment Fund (PIF). Cette nouvelle société sera à la fois fabricant et fournisseur de services, selon le PIF. Cela comprendra la maintenance et la réparation d'avions, la production de drones, la fabrication et la réparation de véhicules militaires. SAMI sera également impliquée dans les armes et les missiles ainsi que dans les radars et autres équipements électroniques de défense.

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Elle contribuera à hauteur de 3,7 milliards de dollars au Produit intérieur brut et investira plus de 1,6 milliard de dollars dans la recherche et le développement d'ici à 2030, précise le PIF. Le gouvernement saoudien dit qu'actuellement, la part des dépenses militaires locales représente seulement 2% et qu'il vise à atteindre le chiffre de 50% d'ici à 2030. Dans un rapport diffusé en avril, le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI) a indiqué qu'en 2016, l'Arabie saoudite était le quatrième importateur d'armes au monde avec 63,7 milliards de dollars.

Michel Cabirol

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