Bioterrorisme : la France va muscler son plan contre la variole

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Il s'agit pour un État, dans l'éventualité d'une menace bioterroriste, de préparer en amont de celle-ci un plan de réponse afin de frustrer et décourager les terroristes, selon le professeur titulaire de la chaire d'histoire de la santé à l'École des Hautes Études en Santé Publique (EHESP), Patrick Zylberman (Photo: en novembre 2011, exercice de simulation d'une attaque NRBCe à La Défense)
Il s'agit pour un État, dans l'éventualité d'une menace bioterroriste, de préparer en amont de celle-ci un plan de réponse afin de "frustrer et décourager les terroristes", selon le professeur titulaire de la chaire d'histoire de la santé à l'École des Hautes Études en Santé Publique (EHESP), Patrick Zylberman (Photo: en novembre 2011, exercice de simulation d'une attaque NRBCe à La Défense) (Crédits : Reuters)
Avec l'arrivée de vaccins de troisième génération, la France a pris la décision de réviser son plan variole, qui date de 2006. Elle va faire vacciner un premier cercle de personnes susceptibles de prendre en charge les premiers cas de variole.

Selon des sources concordantes, la France a pris la décision de réviser son plan variole lors d'un récent comité interministériel coordonné par le Secrétariat général de la défense et la sécurité nationale (SGDSN) dans le cadre de la lutte du bioterrorisme. "Nous allons réviser le plan variole de 2006 et acheter des vaccins de troisième génération", a-t-on indiqué à la Tribune. C'est ce qu'avait recommandé dès 2012, le Haut comité de la santé publique, qui écrivait en décembre de cette année qu'avec l'arrivée de vaccins de troisième génération, il fallait "modifier de façon importante les stratégies préconisées dans le Plan variole 2006". Le HCSP préconisait "une stratégie basée essentiellement sur les vaccins de 3e génération et les antiviraux dès lors que ceux-ci seront réglementairement utilisables".

C'est aujourd'hui le cas avec l'arrivée de l'Imvanex, un vaccin de troisième génération développé par une biotech danoise, Bavarian Nordic pour le compte des Etats-Unis dans le cadre de BioShield, un programme de lutte contre le bioterrorisme. Inconvénient majeur temporaire (?) de l'Imvanex, les vaccins sont pour le moment certifiés pour une durée de vie de trois ans. C'est peu mais "dans les prochaines années, Bavarian Nordic espère pourvoir obtenir une certification pour une durée de vie de 9-10 ans", explique-t-on à La Tribune. Ce qui peut expliquer les hésitations de la France à lancer rapidement la révision du plan variole dans un cadre budgétaire contraint.

Une vaccination pour un premier cercle

En pratique, sur les conseils du HCSP, le nouveau plan va recommander face au risque variole terroriste jugé extrêmement faible de vacciner un premier cercle de personnes. Selon le HCSP, "doivent être vaccinés les personnels susceptibles de prendre directement en charge le ou les premiers cas". C'est ce que le HCSP appelle "l'équipe nationale constituée de personnels des différentes zones de défense, (...) incluant les membres encore actifs de l'actuelle Equipe nationale vaccinés en 2003-2006". Ainsi, la France pourrait vacciner dans la situation actuelle (niveau 0 de la menace) 121.000 personnes. Ce qui représente l'achat de 250.000 doses par le Service de Santé des Armées (SSA) en vue de compléter les stocks des vaccins de 1ère génération. Soit 10 millions d'euros.

Selon le projet de plan imaginé par le HCSP, "la reconstitution de l'Equipe nationale dédiée doit être envisagée, du fait du vieillissement de l'équipe constituée en 2003 et de la diminution de sa mémoire immunitaire. De plus, dans chacune des sept zones de défense, une équipe hospitalière dédiée devrait être localisée dans le ou les centres hospitaliers universitaires (CHU) et hôpitaux militaires référents, responsables de l'accueil des cas ou contacts et qui devront disposer de la capacité de confirmer par amplification génique (PCR) un diagnostic de variole".

Pourquoi un vaccin de troisième génération

Pourquoi les Etats-Unis ont-il voulu un nouveau vaccin? Parce que les vaccins de 1er et de 2ème génération sont des vaccins à risques pour certaines catégories de personnes. "La fréquence et la sévérité des complications ont légitimé un nombre important de contre-indications (...), explique le HCSP.La prévalence a pu être ré-estimée, lors d'une enquête de l'Institut de veille sanitaire (InVS) réalisée en 2003, à 32% des 1.064 adultes (50 % en tenant compte de leur entourage), dont une moitié de contre-indications absolues, et 33% des 580 enfants (61% avec leur entourage)". Une mortalité de l'ordre de 50% est constatée essentiellement chez des sujets immunodéprimés.

 Vaccin transgénique, l'Imvanex a gommé les effets secondaires des vaccins de 1er et 2ème génération, qui a reçu en mai 2013 un avis positif du Comité des médicaments à usage humain de l'Agence européenne des médicaments (CHMP). En outre, l'Imvanex est un vaccin vivant hautement atténué préparé à partir d'une souche de virus de la vaccine qui ne se réplique pas dans les cellules humaines. Concrètement il n'induit pas de réplication virale au sein de l'organisme humain contrairement à la précédente version du vaccin.

Selon le Comité consultatif de l'OMS dans un rapport publié en 2010, "l'Imvamune® s'est avéré sûr chez des sujets en bonne santé ainsi que dans des populations dont la fonction immunitaire est altérée", notamment des personnes infectées par le VIH ou présentant une dermatite atopique (une maladie inflammatoire de la peau qui touche le plus souvent le nourrisson mais peut parfois être présente chez l'adolescent et l'adulte).

D'une façon plus générale, il s'agit surtout pour un État, dans l'éventualité d'une menace bioterroriste, de préparer en amont de celle-ci un plan de réponse afin de "frustrer et décourager les terroristes", avait estimé le professeur titulaire de la chaire d'histoire de la santé à l'École des Hautes Études en Santé Publique (EHESP), Patrick Zylberman lors d'un débat intitulé "Maladies infectieuses ré-émergentes : enjeu de santé publique ou de sécurité nationale ?" qui s'est tenu le 4 novembre à la Maison des Polytechniciens à Paris. Car le premier objectif de la préparation au risque de bioterrorisme lié à la variole est de sauver des vies si d'une façon ou d'une autre la variole ré-émergeait.

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