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Bioterrorisme : mais que fait la France contre la variole...

Photo de Michel Cabirol

Michel Cabirol

Publié le 30 novembre 2015 à 05:56 - Mis à jour le 01 décembre 2015 à 11:03

Le Quotidien Numérique

16 juillet 2026

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La menace d'une épidémie de variole est faible. Mais elle est prise au sérieux par le Haut Comité de la Santé publique. Pourtant, l’État hésite depuis trois ans à réviser son plan antivariolique alors le comité national consultatif pour la biosécurité est installé ce lundi. D'autant qu'un vaccin de troisième génération sans effet secondaire est désormais sur le marché.

"Le potentiel d'exploitation du virus variolique comme arme bioterroriste est largement connu", estimait dans un rapport publié en 2010 un comité consultatif de l'OMS. Si la menace est considérée comme faible, elle n'est pas moins prise très au sérieux par des organismes étatiques français, notamment le Haut conseil de la santé publique (HCSP), et internationaux comme l'OMS (Organisation mondiale de la Santé). Pourtant l'État français n'a pas aujourd'hui pris cette menace comme une priorité alors que la variole, qui a été éradiquée au niveau mondial en 1980 - le dernier cas de variole naturelle a été signalé en Somalie en 1977 -, peut être une maladie extrêmement contagieuse et mortelle. Donc une arme bioterroriste très redoutable.

"La mortalité induite par ce virus serait de 30 % à 50 % chez les personnes non vaccinées. Le risque de développer la maladie chez les sujets contacts varie en fonction du statut vaccinal : de 95 % chez les non-vaccinés à 12 % chez les anciens vaccinés (plus de 10 ans) et 4 % chez les sujets à jour de leur vaccination", a détaillé le HCSP dans son avis publié le 21 décembre 2012. L'OMS a recommandé l'arrêt définitif de la vaccination en 1980. "En France, la vaccination a été officiellement interrompue pour les enfants en 1979 et les rappels ont été stoppés en 1984", précisait le HCSP.

"Le principe de précaution est partout, pourquoi pas sur la menace que représente le virus variolique", explique à La Tribune le député François Cornut-Gentille (Les Républicains), qui s'est récemment intéressé à ce sujet. C'est aussi le message qu'a fait passer le Premier ministre Manuel Valls en estimant le 19 novembre à l'Assemblée nationale qu'il "ne faut aujourd'hui rien exclure. Je le dis bien sûr avec toutes les précautions qui s'imposent, mais - nous le savons, et nous l'avons à l'esprit - il peut y avoir aussi le risque d'armes chimiques ou bactériologiques".

"La menace «variole » occupe une place à part parmi l'ensemble des éventuelles actions bioterroristes. Il s'agit d'une maladie infectieuse potentiellement très contagieuse, grave, pour laquelle il n'existait jusqu'à ce jour aucun traitement réellement efficace", souligne l'avis du HCSP.

Une menace faible mais potentielle

Cette histoire qui s'est déroulée aux États-Unis pourrait d'ailleurs servir de leçon. Des fioles contenant la variole et datant des années 50 ont été retrouvées complètement par hasard en juillet 2014 dans un local de rangement de l'Agence américaine des médicaments (FDA) à l'occasion d'un déménagement sur un campus américain de l'Institut national de la santé à Bethesda aux États-Unis (Maryland) où travaillent... 18.000 personnes. En outre, des experts n'excluent pas une mutation du virus qui infecte les singes notamment. Enfin, certains experts font observer qu'il existe une probabilité de reconstituer en laboratoire le virus variolique. "Ce n'est pas facile mais faisable", assure-t-on à La Tribune.

Lors d'un débat intitulé "Maladies infectieuses ré-émergentes : enjeu de santé publique ou de sécurité nationale ?" qui s'est tenu le 4 novembre à la Maison des Polytechniciens à Paris, l'ancien secrétaire adjoint à la Défense pour la sûreté nucléaire, chimique et biologique sous la présidence de Barack Obama, Andrew C. Weber avait d'ailleurs rappelé que Daech contrôle aujourd'hui de vastes territoires en Irak et en Syrie. Ce qui lui donne potentiellement accès à d'importants matériaux, des hôpitaux, des universités et des laboratoires. Parallèlement, ce groupe cherche de plus en plus à séduire et à cibler des recrues ayant des compétences en biologie et en chimie, avait-il expliqué.

Aujourd'hui, le virus vivant de la variole est toujours conservé dans deux lieux de stockage : le centre de recherche d'État en virologie et biotechnologie de Koltsovo dans la région de Novossibirsk (Russie) et les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) d'Atlanta, Géorgie (États-Unis). La collection russe renferme 120 souches et 696 échantillons tandis que celle d'Atlanta comprend des stocks de travail de six souches varioliques purifiées.

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Une biotech danoise en pointe

En dépit de ce contexte, le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), qui est chargé d'évalué les risques et les menaces sous l'autorité de Matignon, a sur son bureau depuis décembre 2012 un avis du Haut comité de la santé publique... qui recommande la révision du plan variole de 2006. "Compte tenu des risques d'événements secondaires et de la fréquence des contre-indications liés aux vaccins de 1ère et de 2e génération, le Haut Conseil de la santé publique préconise une stratégie basée essentiellement sur les vaccins de 3e génération et les antiviraux dès lors que ceux-ci seront réglementairement utilisables", a précisé l'avis du HCSP.

Et il existe un vaccin de troisième génération, l'Imvanex ou l'Imvamune® (MVA-BN®) aux Etats-Unis. Il a d'ailleurs été développé par la société de biotechnologie danoise Bavarian Nordic pour le compte du ministère de la Santé américaine dans le cadre de BioShield, un programme de lutte contre le bioterrorisme. Les États-Unis ont passé en 2007 un contrat de développement et de fourniture d'un montant de 1,18 milliard de dollars versé en plusieurs étapes à Bavarian Nordic, allié à GlaxoSmithKline, en fonction des résultats obtenus.

La biotech danoise ayant passé avec succès toutes les étapes (développement, essais cliniques, autorisation de mise sur le marché), les États-Unis ont commandé de très nombreuses doses (20 millions de doses en novembre 2009, et une option de 60 millions de doses) de ce vaccin de troisième génération. Le Canada a acheté fin octobre 143.000 doses d'Imvamune® (6,4 millions de dollars).

Un dossier... à 10 millions d'euros

En dépit du projet de révision du plan anti-variole du Haut comité de la santé publique djà prêt, la France n'a pas encore pris de décision d'acheter ou pas l'Imvamune®. Pourtant, les sommes en jeu ne sont pas extraordinairement élevées. Le HCSP recommande de vacciner dans la situation actuelle (niveau 0 de la menace) 121.000 personnes. Ce qui représente l'achat de 250.000 doses par le Service de Santé des Armées (SSA) en vue de compléter les stocks des vaccins de 1ère génération. Soit 10 millions d'euros. Fin 2012, la France disposait d'un stock stratégique de vaccins de 1ère génération de 82.3 millions de doses. Ces stocks sont conservés depuis 40 ans par le SSA.

"La révision du plan variole est un cas typique de ce que je nomme le triangle des Bermudes décisionnel. Il est de la responsabilité des Etats de prendre la décision de constituer un stock de vaccins modernes afin de protéger leurs populations face à l'éventualité d'une menace bioterroriste. Les Etats sont les seuls clients susceptibles d'acheter ce type de vaccins",avait expliqué à la Maison des Polytechniciens le président de l'Union des Associations d'Auditeurs de l'Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale,Mario Faure.

"Tout le monde se renvoie la balle et donc personne ne prend de décision", explique-t-on à La Tribune. Pourtant, si l'on en croit le ministère de la Défense, qui a répondu en avril 2015 à la question de François Cornut-Gentille, "la stratégie vaccinale nationale et sa décision de mise en oeuvre relèvent du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale". Interrogé par La Tribune, le SGDSN a répondu que ce dossier était classé confidentiel. Pourtant, selon le ministère de la Défense, "il est devenu nécessaire d'actualiser le plan national de lutte contre la variole, établi en 2006".

Depuis mars 2014, le SGDSN pilote des réunions interministérielles auxquelles participent des représentants des ministère de la Santé, de l'Education nationale, de la Justice, de l'Intérieur, des Affaires étrangères, de la Défense représenté par les experts scientifiques du SSA, et de l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé. En avril, "les travaux engagés par le SGDSN se poursuivaient afin de finaliser une nouvelle stratégie vaccinale et définir les besoins en vaccins (volumes et calendrier d'acquisition)", expliquait le ministère de la Défense.

Enfin, le SGDSN et l'Académie des sciences ont travaillé ensemble pour mettre en place le Comité national consultatif pour la biosécurité sur le modèle du NSABB américain (National Science Advisory Board for Biosecurity). Le secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, Jean-François Bach, et le secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale, Louis Gautier, installent ce lundi le Comité national consultatif pour la biosécurité.

Pourquoi un vaccin de 3ème génération?

Pourquoi les Etats-Unis ont-il voulu un nouveau vaccin? Parce que les vaccins de 1er et de 2ème génération sont des vaccins à risques pour certaines catégories de personnes. "La fréquence et la sévérité des complications ont légitimé un nombre important de contre-indications (...), explique le HCSP. La prévalence a pu être ré-estimée, lors d'une enquête de l'Institut de veille sanitaire (InVS) réalisée en 2003, à 32% des 1.064 adultes (50 % en tenant compte de leur entourage), dont une moitié de contre-indications absolues, et 33% des 580 enfants (61% avec leur entourage)". Une mortalité de l'ordre de 50% est constatée essentiellement chez des sujets immunodéprimés.

Vaccin transgénique, l'Imvanex a gommé les effets secondaires des vaccins de 1er et 2ème génération, qui a reçu en mai 2013 un avis positif du Comité des médicaments à usage humain de l'Agence européenne des médicaments (CHMP). En outre, l'Imvanex est un vaccin vivant hautement atténué préparé à partir d'une souche de virus de la vaccine qui ne se réplique pas dans les cellules humaines. Concrètement il n'induit pas de réplication virale au sein de l'organisme humain contrairement à la précédente version du vaccin.

Selon le Comité consultatif de l'OMS dans un rapport publié en 2010, "l'Imvamune® s'est avéré sûr chez des sujets en bonne santé ainsi que dans des populations dont la fonction immunitaire est altérée", notamment des personnes infectées par le VIH ou présentant une dermatite atopique (une maladie inflammatoire de la peau qui touche le plus souvent le nourrisson mais peut parfois être présente chez l'adolescent et l'adulte).

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D'une façon plus générale, il s'agit surtout pour un État, dans l'éventualité d'une menace bioterroriste, de préparer en amont de celle-ci un plan de réponse afin de "frustrer et décourager les terroristes", avait estimé à la Maison des Polytechniciens le professeur titulaire de la chaire d'histoire de la santé à l'École des Hautes Études en Santé Publique (EHESP), Patrick Zylberman. Car le premier objectif de la préparation au risque de bioterrorisme lié à la variole est de sauver des vies si d'une façon ou d'une autre la variole ré-émergeait.

Michel Cabirol

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