Changement de paradigme, verticalisation, « New Deal » : l'Europe a l'obligation de se réinventer pour répondre au défi posé par les Américains dans le domaine spatial, en particulier la constellation Starlink d'Elon Musk, qui, après avoir sévèrement déstabilisé le secteur des lanceurs européens avec SpaceX, siphonne le marché satellitaire et sature l'orbite basse. C'est le rôle que doit jouer la constellation européenne IRIS² (Infrastructure de résilience internet satellitaire sécurisée), un ambitieux programme spatial qui vise à assurer à l'Europe une connectivité internet civile et militaire en combinant orbites basse et géostationnaire.
Le projet a fait l'objet d'un appel d'offre remporté il y a un peu plus d'un an par un consortium composé des opérateurs SES et Eutelsat et des industriels Airbus et Thales Alenia Space. Pour autant, les Européens ne peuvent pas reproduire le modèle américain, dont la surface financière dans le spatial est plusieurs fois supérieure à celle de l'Europe et qui s'appuie sur un secteur entièrement intégré et un marché captif. C'est la conclusion sur laquelle se sont accordés les intervenants de la table ronde intitulée « Face à la menace hégémonique du couple Starlink/SpaceX, quelles réponses de l'Europe », à l'occasion du Paris Air Forum, organisé par La Tribune.
Pour reprendre la main et ne pas être déclassé dans ce domaine éminemment souverain, il faut un « changement de paradigme », estime Philippe Baptiste, le président du Centre national d'études spatiales (CNES). Il est nécessaire que « l'Europe spatiale se serre les coudes pour que, (...) à travers des programmes catalystes, on arrive a recréer un équivalent européen de ce qu'est le modèle SpaceX ». L'Europe de l'espace a fait des « choses exceptionnelles, des missions scientifiques ou de défense, mais on voit qu'il y a un virage sur l'industrialisation qu'on a pas réussi a prendre », regrette-t-il. « Oui, l'industrie spatiale européenne est à risque », « on a un problème de coût, d'investissement ».