Défense  : souveraineté nationale et/ou Europe  ?

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« Afin de pouvoir produire ensemble, de pouvoir se mettre d'accord sur l'intégration de certaines capacités et d'adresser la question de la dépendance mutuelle, nous devons avoir la même perception stratégique », a indiqué Thomasz Husak.
« Afin de pouvoir produire ensemble, de pouvoir se mettre d'accord sur l'intégration de certaines capacités et d'adresser la question de la dépendance mutuelle, nous devons avoir la même perception stratégique », a indiqué Thomasz Husak. (Crédits : Airbus)
La bataille pour l'autonomie stratégique de l'Union européenne, la compétitivité des acteurs industriels du continent et l'importance de la taille critique pour peser dans la course mondiale aux armements ont été au cœur d'un débat qui s'est déroulé lors de la 6ème édition du Paris Air Forum.

Longtemps délaissée, la Défense est devenue pour l'Union européenne une priorité. Depuis 2016, les Etats membres se sont accordés sur la nécessité de renforcer l'autonomie stratégique de l'UE, autrement dit sa capacité à défendre ses intérêts stratégiques sans dépendre d'autrui. Et les initiatives dans ce domaine se sont multipliées. Lors d'une table-ronde baptisée « Souveraineté nationale et/ou Europe", qui s'est déroulée le 14 juin au Paris Air Forum à la Maison de la Mutualité, Tomasz Husak, directeur du cabinet auprès de la commissaire européenne Elizabeta Bienkowska, a souligné l'importance du travail européen qui a été réalisé depuis trois ans.

« Aujourd'hui, l'autonomie stratégique peut être réalisée par les acteurs européens, par l'industrie et par les Etats membres par leur volonté. Elle ne peut pas être subie. Elle doit être dirigée par les Etats membres et ce sont eux qui doivent dire où sont les éléments de souveraineté européenne qu'ils veulent exprimer », a-t-il affirmé.

Résister dans un monde multipolaire

« Le plus important est de ne pas opposer la souveraineté des Etats et l'Europe qui est un outil formidable pour arriver enfin à résister dans un monde devenu multipolaire » », a lancé de son côté le Pdg de Naval Group, Hervé Guillou. Rappelant que, dans le domaine du naval, « l'année dernière, c'est un Chinois qui est devenu le premier mondial devant les deux Américains et devant nous qui étions troisièmes », le dirigeant a pointé : « Aucun Etat souverain européen n'a la taille critique pour soutenir sa BTID (ndrl : base industrielle et technologique de défense) à la fois en termes de compétences et de compétitivité ».

De fait, la question de la taille critique est fondamentale.  « Cette autonomie stratégique n'aurait pas de substance si elle ne s'appuyait pas, sur le plan industriel, sur des capacités et donc sur une taille critique », a insisté Antoine Bouvier, responsable de la stratégie, des fusions et acquisitions et des relations publiques d'Airbus. « L'objectif qu'on doit partager, qui est celui de la Commission, c'est la création de champions européens, soit par la consolidation, soit par la coopération sur les programmes. Ces champions ne peuvent se limiter à rester sur le marché européen, ils doivent s'exporter », a-t-il soutenu.

« Nous aurons énormément de mal à résister à des Etats puissances comme la Chine ou la Russie sur le marché mondial si nous ne sommes pas implantés avant eux dans un certain nombre de pays », a pour sa part martelé Hervé Guillou. « Si nous arrivons à compléter nos lieux d'implantation, parce que Fincantieri a quinze implantations dans le monde et que nous en avons dix et que ce ne sont pas les mêmes pays, on aura un effet multiplicateur sur notre marché international considérable », selon le patron de Naval Group qui vient de signer avec l'italien un accord pour créer une société commune destinée à renforcer leur force de frappe.

Avancer sans tarder

Toujours sur l'enjeu de la taille critique, Thomas Husak a détaillé plusieurs problématiques. D'abord, il y a une question d'économies d'échelle. « En Europe nous avons 20 types de véhicules blindés alors que les Etats-Unis n'en ont qu'un, cela montre bien qu'il y a un problème à régler », a-t-il analysé. Ensuite, « c'est seulement une action collective qui peut permettre d'arriver à un résultat et une capacité avec laquelle l'Europe pourra être compétitive globalement » et un avion de combat pourrait être un bon exemple où les pays européens auraient tout intérêt à travailler ensemble. Autre défi, il y a une nécessité d'entamer une discussion des 27 sur la perception des enjeux globaux. « Afin de pouvoir produire ensemble, de pouvoir se mettre d'accord sur l'intégration de certaines capacités et d'adresser la question de la dépendance mutuelle, nous devons avoir la même perception stratégique », a indiqué Thomasz Husak.

Reste à avancer sans tarder. Pour Louis Gautier, ancien secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale, « il y a une ouverture formidable aujourd'hui. Il faut rapidement que les chemins qui ont été pris soient confirmés et que d'un point de vue institutionnel on débouche sur un schéma qui permette d'aller vite. Le monde ne nous attend pas ». L'urgence pointe... « Quand les places seront prises sur les marchés, ce sera trop tard », a pour sa part conclu Hervé Guillou.

Regarder la vidéo du débat du Paris Air Forum 2019 :

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Commentaires
a écrit le 28/06/2019 à 17:48 :
C'est çà ! pour que l'Allemagne et l'Italie, sabotent l'export FR

Et que l'Allemagne pompe et pille le savoir FR en défense et spatial

Champions EUR ! BRUXELLES, les interdit SYSTEMATIQUEMENT,
au profit du Chinois : Alsthom/Siemens, Legrand/Schneider au profit des U.S.A
Bruxelles fait de l'anti-Europe : impayable attitude.
a écrit le 27/06/2019 à 20:12 :
Il faudrait entre autres ne pas être bailloné pour utilisation de composants non français, en particulier pour notre liberté de vendre à qui veut de nos avions et autres véhicules volants, comme l'Allemagne a fait pression récemment pour nos ventes. Sans compter que la confidentialité de nos actions et notre sécurité sont des éléments majeurs pour notre protection propre. Comme en informatique l'isolation et le compartimentage de nos équipements est un plus, donc que les belges prennent des avions venant d'ailleurs n'est pas contraire à notre protection, nous avons malheureusement souffert d'une confiance réciproque en 2015 bien trop aveugle pour les déplacements humains. Si on veut étendre notre partage de savoir faire à l'union européenne toute entière, il s'agit d'une utopie dangereuse. L'expérience Yougoslave n'a pas été trés brillante, la situation en Ukraine n'est pas brillante non plus.
a écrit le 27/06/2019 à 15:34 :
Faire un nouveau nationalisme sur les décombres des anciennes nations est la mission de cet administration hors sol qu'est l'UE de Bruxelles pour le compte des "zélites" autoproclamés! Pour cela on nous crée des ennemies afin de nous mettre "sous protection"!
a écrit le 27/06/2019 à 15:05 :
drôle et triste cette europe dirigée par les allemands et leurs battants français
a écrit le 27/06/2019 à 13:12 :
On est même pas capable de s'entendre sur la couleur de la nappe de la prochaine réunion de la 150 ème assemblée sur les couches culottes jetables et vous leur demandez de gérer une armée ?!

Vous voulez mettre un flingue dans lespattes de Mike le poulet sans tête et sans rire ?

Si els allemands étaint sincères peut-être qu'ils nous diraient que c'est seulement pour neutraliser l'armée française, du coup on pourrait en discuter mais là c'est du grand n'importe quoi.

Vite un frexit, très vite même !

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