Dirk Hoke s'exfiltre d'Airbus et se lance sur une nouvelle orbite

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L'Allemand Dirk Hoke quittera le 1er juillet la direction de la branche militaire et spatiale d'Airbus, Airbus Defense and Space, où il sera remplacé par Michael Schöllhorn, actuel directeur des opérations du groupe aéronautique et de défense européen.
L'Allemand Dirk Hoke quittera le 1er juillet la direction de la branche militaire et spatiale d'Airbus, Airbus Defense and Space, où il sera remplacé par Michael Schöllhorn, actuel directeur des opérations du groupe aéronautique et de défense européen. (Crédits : Airbus)
Après plus de cinq ans en tant que patron d'Airbus Defence and Space et membre du comité exécutif d'Airbus, Dirk Hoke a décidé de saisir des opportunités en dehors de la société, selon le communiqué d'Airbus.

Le coup est parfait pour Airbus et son patron Guillaume Faury : aucune fuite avant l'annonce lundi du remaniement du comité exécutif du groupe (Comex) en raison du départ d'Airbus d'un poids lourd, Dirk Hoke, remplacé à partir du 1er juillet par Michael Schoellhorn ; l'arrivée d'un Espagnol au Comex de l'avionneur (Alberto Gutiérrez nommé directeur des opérations d'Airbus) et, enfin, le maintien de deux femmes (Julie Kitcher et Sabine Klauke) mais dans un comex réduit, qui passe de 12 à 11 membres (suppression du poste directeur technique groupe). Ce remaniement a semble-t-il été préparé de longue date pour cocher autant d'objectifs clairement affichés. Et puis il y a les objectifs cachés de ce remaniement.

Dirk Hoke, un départ différé ?

Le départ de Dirk Hoke a été vraisemblablement envisagé depuis plusieurs mois, peut-être même avant le premier confinement de mars 2020. Mais la crise brutale générée par le Covid-19 et le début des négociations sur le programme SCAF (Système de combat aérien du futur) pourraient avoir retardé le processus. L'urgence était clairement ailleurs et le départ du patron d'Airbus Defence & Space pouvait bien attendre quelques mois de plus. Cela donnait du temps à Dirk Hoke, qui avait rêvé un temps du poste de président d'Airbus après le départ de Tom Enders, de trouver un poste à la mesure de son ambition. Il devrait a priori rebondir rapidement.

La réflexion d'un départ de Dirk Hoke pourrait avoir cheminé dans les esprits au moment de la restructuration de la division Defence and Space annoncée en février 2020 lors de la présentation des résultats 2019. "Nous sommes en train d'opérer une restructuration pour retrouver de la rentabilité et de la compétitivité pour notre activité spatiale mais aussi, plus largement, pour l'ensemble de la division Defence and Space", avait alors expliqué Guillaume Faury dans une interview accordée à La Tribune. Cela pouvait sonner comme un désaveu de la gestion de Dirk Hoke. D'autant que Guillaume Faury avait estimé que "sur l'ensemble de la division Defence and Space, nous avons globalement constaté un sujet de compétitivité et une baisse de notre volume d'activités. Depuis trois ans, le book-to-bill (ratio chiffre d'affaires sur prises de commandes, ndlr) est inférieur à 1".

Finalement, Dirk Hoke en compagnie d'Antoine Bouvier a mené avec succès les négociations avec Dassault Aviation sur le SCAF. Après des tensions extrêmes, les deux industriels ont trouvé un accord. En outre, le patron d'Airbus Defence & Space a également conclu plusieurs contrats d'envergure, qui ont été longtemps indécis outre-Rhin. Notamment en novembre 2020, Airbus a enfin signé la commande pour la livraison de 38 nouveaux avions de combat Eurofighter à l'armée de l'air allemande pour un montant évalué à 5,5 milliards d'euros. En juin 2020, Airbus a également signé le contrat pour le développement, la fourniture et l'intégration de 115 radars E-SCAN pour la flotte allemande et espagnole d'Eurofighter. Dirk Hoke peut sortir la tête haute. D'autant que les prises de commandes en valeur d'Airbus Defence and Space ont augmenté de 39% en 2020 (11,9 milliards d'euros), soit un book-to-bill supérieur à 1.

Fin des bisbilles entre Dumont et Vittadini

Avec ce remaniement, Guillaume Faury en a également profité pour siffler la fin des bisbilles interminables entre le patron de l'ingénierie d'Airbus, Jean-Brice Dumont, et le CTO d'Airbus (directeur technique) Grazia Vittadini, qui quitte le groupe après 19 ans au sein d'Airbus. Quant à Jean-Brice Dumont, qui est nommé vice president exécutif des avions militaires, il est l'un des perdants de ce remaniement. Il quitte le comex d'Airbus pour atterrir à celui d'Airbus Defence & Space. Il sera chez Airbus l'homme  du SCAF et de l'Eurodrone, loin des projets d'avions décarbonés qui le passionnaient. C'est Sabine Klauke qui aura la responsabilité de mettre en œuvre la feuille de route d'Airbus pour la décarbonation de ses avions, qui passe notamment par le développement d'un avion à hydrogène à l'horizon 2035.

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Commentaires
a écrit le 14/04/2021 à 13:27 :
(suppression du poste directeur technique groupe).
Mdr on savait depuis longtemps que même dans un groupe comme airbus, la technique n'est plus importante
a écrit le 13/04/2021 à 21:40 :
Apres la prise de contrôle programmée d'Airbus par les Allemands, prochaine étape : la France !!
Avec la complicité des élites françaises depuis 50 ans !! Conformément au traité franco-allemand (pas européen, donc) d'Aix la Chapelle ... en mode Lander. Horizon prévue : 2030. Deutsche Uber alles !!
a écrit le 13/04/2021 à 19:20 :
L ingénierie d' Airbus est dorénavant dirigé par une allemande dont le périmètre couvre également la technologie. A ma connaissance c est une première. les nouveaux sites liés au test et développement de l électrification et hybridation ( projet Ascend, nouveau e -Vtol par exemple ) sont installés en Allemagne . Il est logique que le Directeur devient allemand . Au bâtiment" M01" les ingénieurs toulousains auront la portion congrue et les brevets seront allemands. La compensation avec Mr Dumont qui prend l ingénierie de la partie Défense et Space est une farce car la grande majorité de ses effectifs sont en Allemagne et Espagne : c est dans la continuité d une démarche initiée depuis 10 ans par Mr Enders. Alles Gut fur Deutschland et messieurs les français apprenez l 'allemand ...comme moi
Réponse de le 13/04/2021 à 23:11 :
" La compensation avec Mr Dumont qui prend l ingénierie de la partie Défense et Space est une farce car la grande majorité de ses effectifs sont en Allemagne et Espagne " Ceci est certainement vrai pour la partie défense, pas pour la partie espace où le poids de la France demeure prépondérant. Avant S. Klauke Grazia Vittadini était en place, de nationalité Italienne mais ayant fait une grande part de sa carrière en Allemagne. Il n'est pas certain que Dirk Hoke laisse un souvenir impérissable aux français....
a écrit le 13/04/2021 à 14:15 :
Pas beaucoup de noms français là dedans !! Airbus, c'est au départ à 70% français (avec l'Aérospatiale et Matra).
a écrit le 13/04/2021 à 9:53 :
Espérons qu'ils possèdent de réelles compétences techniques. J'avoue que j'ai un peu de mal à comprendre ces jeux de chaises musicales dans la haute administration industrielle..

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