La Tribune - Perte nette de 1,9 milliard d'euros au premier semestre, chiffre d'affaires en chute de 39%, plus de 12 milliards de cash consommés..., le plus dur est-il passé pour Airbus?
Guillaume Faury - Avec la compréhension que nous avons aujourd'hui de l'environnement général, de l'évolution de la pandémie, de la façon dont l'ensemble de l'écosystème de l'aviation civile est en train de s'adapter, le plus dur est a priori derrière nous. En très peu de temps, c'est-à-dire au deuxième trimestre, Airbus a mené un travail monumental d'adaptation, en lien étroit avec ses clients compagnies aériennes, les fournisseurs, les gouvernements, les salariés et, bien entendu, les partenaires sociaux. Je suis impressionné par la capacité qu'a eue le groupe de bouger tous les curseurs en même temps, et d'atteindre tous les objectifs que nous nous étions fixés début avril pour répondre à cette crise sans précédent. Beaucoup de défis restent à relever, mais si les scénarios de retour progressif du trafic aérien se confirment à peu près à la vitesse que nous l'imaginons aujourd'hui, le plus dur est derrière nous, du moins en ce qui concerne la pandémie. Pour autant, il y aura d'autres difficultés. D'autres facteurs négatifs peuvent encore se produire. L'environnement reste encore très incertain. Les tensions internationales par exemple sont de plus en plus fortes, notamment entre les Etats-Unis et la Chine. Nous restons donc prudents. L'une des raisons qui nous a poussé à nous adapter aussi vite, c'est d'être prêts à faire face à de nouveaux événements défavorables.
Au printemps, Airbus a pris des mesures pour renforcer sa trésorerie qui lui permettaient de disposer de 30 milliards d'euros de liquidités. Pour autant, la consommation de cash est rapide. Aurez-vous besoin de nouvelles liquidités et estimez-vous toujours que l'aide des Etats n'est pas nécessaire pour passer la crise?
Si nos hypothèses de reprise du trafic se vérifient, c'est-à-dire avec un retour du niveau de trafic de 2019 entre 2023 et 2025, nous aurons suffisamment de liquidités pour traverser la crise. Nous estimons que nous cesserons de brûler du cash au deuxième semestre de cette année. Nous n'avons donc pas besoin de l'aide des Etats en termes d'injection de liquidités. Nous faisons les choses par nous-mêmes. Nous avons été soutenus par les investisseurs et nous continuons à l'être.