Enquête sur l'incident du Boeing d'Alaska Airlines : les audiences se concentrent sur la porte-bouchon
latribune.fr
L'Agence nationale de sécurité des transports (NTSB) américaine tient audience mardi et mercredi dans l'enquête sur l'incident en vol d'un 737 MAX 9 de la compagnie Alaska Airlines.
L'Agence de sécurité des transports (NTSB) tient audience mardi et mercredi dans l'enquête sur l'incident en vol d'un 737 MAX 9 de la compagnie Alaska Airlines, en janvier dernier. La première journée d'auditions a évoqué l'équipement défaillant, notamment la porte-bouchon, sans grande révélation.
Boeing est scruté de près. Depuis mardi, l'Agence nationale de sécurité des transports (NTSB) américaine procède à des auditions dans l'enquête sur l'incident en vol d'un 737 MAX 9 de la compagnie Alaska Airlines. Objectif affiché, « obtenir les informations (...) afin de déterminer les faits, les circonstances et la cause probable », puis « faire des recommandations pour améliorer la sécurité des transports ».
Le 5 janvier 2024, pendant la phase d'ascension d'un Boeing 737 MAX 9 opérant le vol 1282 d'Alaska Airlines entre Portland (Oregon) et Ontario (Californie), une porte-bouchon - opercule condamnant une issue de secours redondante - s'était détachée, laissant un trou béant dans le fuselage et faisant quelques blessés légers.
Un mois plus tard, la NTSB avait alors publié un rapport préliminaire accablant pour le géant aéronautique. L'absence d'usure ou de déformation à certains emplacements indiquait que « quatre boulons prévus pour empêcher que la porte-bouchon ne se déplace vers le haut étaient manquants avant qu'elle ne bouge », avait-elle pointé.
Les faits étaient accablants : l'agence avait en effet recueilli des écrits et des photos montrant que des employés de Boeing avaient retiré ces boulons lors d'une inspection à son usine d'assemblage de Renton (nord-ouest).
Manque de coopération
Après une longue matinée d'audience consacrée mardi au processus de production de Boeing dans l'usine du 737, l'après-midi a été consacré à l'équipement défaillant. Sans grande révélation. John Lovell, enquêteur principal de la NTSB, a indiqué mardi matin que lorsque le fuselage incriminé avait quitté l'usine du fournisseur Spirit AeroSystems, les boulons étaient en place.
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En revanche, à son arrivée à l'usine de Renton située à 3.200 kilomètres, cinq rivets non-conformes ont été repérés près de la porte-bouchon. Celle-ci a été retirée, les rivets ont été remplacés et la porte-bouchon replacée, mais sans ses boulons d'attache.
Il n'existe toutefois aucune trace écrite des opérations concernant la porte-bouchon elle-même. Tout juste sait-on que tout s'est passé entre le 18 septembre 5h16 et le 19 septembre 2h56, selon la description fournie par John Lovell. Les interrogatoires de l'après-midi ont permis d'affiner la fenêtre de son retrait - le 18 septembre entre 7 heures et 11 heures - et que cela avait été réalisé par un mécanicien de Boeing.
«Aucun des contractuels de Spirit ne procède au retrait de porte-bouchons », a affirmé Michael Riney, représentant de Spirit AeroSystems dans l'usine de Renton.
Ce qu'Elizabeth Lund, vice-présidente chargée de la qualité chez Boeing, a confirmé tout en précisant que, contrairement aux procédures prévues, le retrait et la remise en place de cet équipement n'ont pas été documentés. Pourtant, selon elle, 62 cas similaires ont été correctement répertoriés depuis 2019.
La patronne de la NTSB, Jennifer Homendy, a par ailleurs déploré à plusieurs occasions un manque de coopération de l'avionneur notamment dans la fourniture de documents et de vidéos de caméra de surveillance, qui auraient été « effacées » par d'autres enregistrements.
Pour avancer dans son enquête, la NTSB a convoqué quinze personnes pour deux longues journées de témoignages à Washington. Parmi elles, plusieurs représentants de Boeing ainsi que de Spirit AeroSystems - fournisseur des fuselages du 737 -, du régulateur du transport aérien FAA et du syndicat local des machinistes IAM.
Outre les interrogatoires menés par un panel technique de la NTSB et par les membres de son conseil, les témoins sont questionnés par des représentants des parties à l'enquête : l'association des pilotes de ligne, celle des stewards et hôtesses, l'IAM-District 751, la FAA, Spirit AeroSystems et Alaska Airlines.
De son côté, Boeing a perdu le privilège de pouvoir questionner les témoins pendant ces audiences. En effet, la NTSB n'a pas apprécié la présentation réalisée fin juin à Renton devant des journalistes, par Elizabeth Lund au sujet des événements et a sanctionné Boeing. L'agence a accusé le constructeur d'avoir cherché à influencer l'opinion publique et d'avoir manqué à ses engagements en tant que partie à l'enquête.
L'incident du vol 1282 a fait loupe sur les failles de qualité chez Boeing, affectant trois de ses quatre familles d'avions commerciaux (737, 787 Dreamliner, 777). Il a entraîné une cascades d'audits et d'enquêtes (police, justice, Congrès), ainsi que la mise sous surveillance accrue par les régulateurs, le renouvellement de l'équipe dirigeante et la réouverture du dossier pénal lié aux crashes de 2018 et 2019 (346 morts).
Pour redresser la barre, l'avionneur américain a désigné un nouveau patron. Kelly Ortberg doit ainsi prendre les commandes de Boeing le 8 août, au lendemain des audiences de l'Agence américaine de sécurité des transports. Il va devoir jouer les équilibristes pour rétablir la qualité de la production de l'avionneur tout en redressant ses finances, avec en toile de fond des négociations salariales risquées.
Après avoir débuté sa carrière en 1983 comme ingénieur chez Texas Instruments, il a rejoint Rockwell Collins, devenu Collins Aerospace et désormais filiale du groupe aéronautique RTX (ex-Raytheon). Il avait pris sa retraite en 2021 mais était resté administrateur de RTX jusqu'à sa démission fin juillet.
Autre dossier à gérer : l'accord de plaider-coupable conclu le 24 juillet entre Boeing et le ministère de la Justice au sujet des crashes. Il attend la validation - ou non - du juge.
L'avionneur a aussi publié mercredi des résultats pour le deuxième trimestre bien inférieurs aux prévisions des analystes, avec une perte nette de 1,44 milliard de dollars. Le chiffre d'affaires a atteint 16,86 milliards entre avril et juin, soit 15% de moins qu'un an plus tôt. Sa branche aviation commerciale (BCA) n'a livré que 92 appareils sur le trimestre, du fait du ralentissement de la production pour instaurer les mesures d'amélioration de la qualité et de la conformité.