Grève chez Boeing : les négociations dans l'impasse
latribune.fr
Boeing se dit prêt à de nouveaux pourparlers une fois que l'IAM sera prêt « à discuter d'un accord qui soit respectueux de nos employés et préserve l'avenir de notre entreprise ».
Staff
Grève chez Boeing : les négociations dans l'impasse
Boeing a annoncé mardi le retrait de l'offre formulée au syndicat des machinistes IAM. Il accuse ce dernier d'avoir formulé des demandes déraisonnable.
Voilà presque un mois que le syndicat IAM (International Association of Machinists) a décrété une grève chez Boeing et toujours pas de fumée blanche. Le constructeur a en effet annoncé mardi le retrait de l'offre faite au syndicat après un troisième tour de négociations de deux jours. Cette grève est suivie par 33.000 adhérents dans la région de Seattle, berceau de Boeing. Les deux principales usines du groupe à Renton (produisant le 737, son avion le plus vendu) et Everett (produisant le 777 et abritant plusieurs programmes militaires) font partie des sites totalement à l'arrêt.
Dans le courrier interne qui acte la décision de Boeing, consultée par l'AFP, la responsable de l'aviation commerciale de Boeing, Stephanie Pope, affirme que la direction de l'avionneur a soumis, lors de ce troisième round de discussions, de nouvelles propositions, améliorées par rapport à la précédente version. Le groupe a notamment revalorisé le salaire net et les pensions de retraite, selon la dirigeante.
«Malheureusement, le syndicat n'a pas pris ces propositions au sérieux», préférant, selon elle, faire des demandes «non-négociables qui dépassent de loin les limites de l'acceptable si nous voulons rester compétitifs.De ce fait, poursuivre les négociations n'aurait pas de sens à ce stade et nous avons retiré notre offre.»
Boeing se dit néanmoins prêt, selon Stephanie Pope, à de nouveaux pourparlers, une fois que l'IAM sera prêt « à discuter d'un accord qui soit respectueux de nos employés et préserve l'avenir de notre entreprise ».
« Nousobtiendrons gain de cause», a réagi l'IAM dans un communiqué posté sur son site, affirmant que Boeing avait refusé « de proposer toute (nouvelle) hausse de salaires», de mesures de progression de carrière ou de contributions au fonds de pension des employés.
Deux rounds de négociations
Le syndicat prévoit de réaliser, la semaine prochaine, une enquête auprès de ses membres pour définir « les priorités » de cette négociation. « Nous faisons front collectivement », a lancé l'IAM, « unis et prêt à relever le défi face à l'une des entreprises les plus puissantes du monde. » Le syndicat s'est, malgré tout, déclaré « prêt à continuer des échanges directs ou via un médiateur ».
Deux rounds de négociations (les 17 et 18 septembre, puis le 27 septembre) ont déjà eu lieu en présence de médiateurs fédéraux pour tenter d'aboutir à un nouvel accord social de quatre ans. Un projet d'accord a été rejeté le 12 septembre - date d'expiration de la convention précédente - par près de 95% des membres de l'IAM-District 751, branche locale du syndicat. Ils n'étaient pas satisfaits des propositions, en particulier en matière de hausse salariale (+25% au lieu des +40% réclamés) et de retraite.
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Ils avaient voté la grève à 96%. Boeing a adressé le 23 septembre, hors médiation, une offre qualifiée de « meilleure » et « finale », prévoyant notamment une hausse salariale de 30%. Elle a été rejetée par la direction du syndicat. Le constructeur, qui traverse une période difficile du fait de problèmes de qualité de sa production, a pris des mesures pour préserver sa trésorerie pendant le débrayage. Il a notamment eu recours à du chômage technique, qui touche des dizaines de milliers de salariés du groupe.
Un milliard de dollars par mois
L'agence d'évaluation financière Standard and Poor's a par ailleurs annoncé mardi avoir placé sous surveillance négative les notes de Boeing à cause de la grève, signifiant que l'avionneur américain pourrait entrer dans la catégorie des emprunteurs spéculatifs. La grève « est entrée dans sa quatrième semaine, augmentant le risque financier pour l'entreprise », a relevé S&P, dans un communiqué, estimant que le groupe allait puiser dans sa trésorerie à hauteur d'environ dix milliards de dollars en 2024 du fait des capitaux nécessaires à sa production et du coût du débrayage.
Selon l'agence, l'avionneur va avoir besoin d'une injection extérieure de fonds pour faire face à ses obligations, dont ses échéances de remboursement de sa dette (environ 4 milliards de dollars en avril 2025, d'après S&P). Il pourrait mener une augmentation de capital.
Pour ces raisons, elle a placé les notes de Boeing sous surveillance négative et pourrait les abaisser « si la grève persistait jusque vers la fin de l'année, ce qui ajouterait de la pression sur la reprise » de l'entreprise, malmenée notamment à cause de problèmes de qualité de production. Elle prendra une décision « avant la fin de l'année », indique-t-elle. À risque, en particulier, la note d'émetteur de dette actuellement située à « BBB-» , soit le dernier cran avant d'entrer dans la catégorie spéculative.
Sollicité par l'AFP, Boeing a renvoyé aux propos de son directeur financier Brian West lors d'une conférence mi-septembre. « Nous évaluons en permanence la structure de notre capital et nos niveaux de liquidités pour nous assurer que nous pouvons couvrir les échéances de notre dette pour les dix-huit mois suivants tout en restant confiants que notre note reste en catégorie d'investissement », avait-il indiqué. S&P estime que la grève va coûter un milliard de dollars par mois et repousser à mi-2025 l'objectif de Boeing de fabriquer 38 avions 737 MAX - son avion vedette - par mois.
Malgré ces vents contraires, le constructeur a livré 33 avions au cours du mois de septembre, y compris 27 exemplaires du 737 MAX.