Le plan de Thales pour réindustrialiser l’usine de Pont Audemer

Le groupe, présidé par Patrice Caine, envisage de rapatrier la fabrication de semi-conducteurs sous-traitée en Asie sur son site normand de Pont Audemer, menacé par le déclin inéluctable du marché des cartes SIM.

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Anciennement Gemalto, l'usine de Pont-Audemer fabrique 100 millions de cartes SIM par an pour le marché européen.
Anciennement Gemalto, l'usine de Pont-Audemer fabrique 100 millions de cartes SIM par an pour le marché européen. (Crédits : DR)

Porté par des résultats étincelants (+32,1% de résultat d'exploitation en 2021) et la hausse des budgets militaires ainsi que le contexte géopolitique international tendu (Ukraine), Thales semble décidé à sauver la peau de son usine de Pont Audemer dans l'Eure. Après l'avoir longtemps laissé dans l'incertitude, le groupe de défense donne enfin des perspectives d'avenir à ce site de 300 salariés menacé d'une mort lente par la dématérialisation prochaine des cartes SIM qu'il fabrique à raison de 100 millions d'exemplaires par an pour le marché européen. A partir de 2025, celles-ci seront en effet progressivement remplacées par des modules soudés directement au téléphone.

Passé du giron de Gemalto à celui de Thales en 2019, l'établissement était dans l'attente de nouvelles pistes de développement depuis l'annonce en 2020 du déploiement d'un plan de « gestion anticipée des compétences » censé être assorti d'un projet de réindustrialisation. Lequel semblait prendre la poussière malgré plusieurs manifestations des salariés et la pression insistante de la députée de la circonscription auprès de l'État actionnaire. Marie Tamarelle a fait le siège de Bercy pour alerter sur les risques. « Notre hantise est de voir disparaître ce fleuron industriel qui est aussi le premier employeur du bassin », insiste-t-elle.

De la carte SIM à la carte électronique

Trois ans après son rachat, le site réapparaît donc dans les radars du groupe de défense. Le 13 avril dernier, son vice-président en charge de la réindustrialisation, Jean-Baptiste Arrou-Vignod s'est rendu sur place pour présenter à l'intersyndicale un plan visant à compenser la disparition progressive de l'activité historique. Sur le papier, l'objectif est ambitieux. Il s'agit de ré-internaliser durablement à Pont Audemer la fabrication de semi-conducteurs aujourd'hui sous-traitée à l'étranger, essentiellement en Asie.

« C'est un projet en plusieurs phases qui doit voir l'installation en 2023 d'une première ligne de production automatisée de cartes électroniques destinées à différentes unités civiles et militaires de Thales puis de quatre autres lignes à horizon de neuf ans », détaille Philippe Somville, délégué CFE/CGC.

A la clef, de gros investissements dans l'outil industriel et la formation des opérateurs dont le montant reste confidentiel à ce stade. Les dirigeants de Thales ont néanmoins fait savoir aux salariés que le déploiement du plan restait suspendu à l'obtention d'aides de l'État et de la Région. Ce qu'ils ont d'ailleurs confirmé à nos confrères de Paris Normandie : « Face au niveau très significatif des investissements nécessaires pour conduire cette transformation, Thales sollicite un soutien financier des pouvoirs publics ».

Thales veut des aides publiques

De quoi susciter une peu d'inquiétude dans les rangs syndicaux. « C'est le seul bémol que nous voyons à ce projet qui a le mérite de nous donner de la visibilité pour plusieurs années après la gestion au mois le mois de Gemalto », admet Philippe Somville pour qui « il faut maintenir la pression ».

La députée Tamarelle est sur la même ligne. « Le cabinet d'Agnès Pannier-Runacher nous a promis en janvier dernier de débloquer des fonds de France Relance si Thales présentait un projet complet et fiable », rappelle-t-elle à toutes fins utiles.

Entretemps, le groupe a présenté un bilan ébouriffant et des perspectives en or massif qui pourrait conduire le futur locataire de Bercy à se montrer moins accommodant.

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