Les Etats-Unis font volte-face : toute la flotte de Boeing 737 MAX est clouée au sol

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(Crédits : Joshua Roberts)
Les Etats-Unis ont à leur tour ordonné mercredi l'immobilisation au sol des Boeing 737 MAX 8 et MAX 9, imitant l'exemple de l'Europe et de nombreux autres pays, après l'accident dimanche d'un 737 MAX 8 d'Ethiopian Airlines qui a fait 157 morts. Les boîtes noires seront décryptées en France.

Les Etats-Unis font volte-face. Ce mercredi soir heure de Paris, 24 heures seulement après avoir réitéré son refus d'immobiliser le Boeing 737 MAX après l'accident ce dimanche d'un appareil de ce type d'Ethiopian Airlines, Washington a décidé de clouer au sol tous les Boeing 737 MAX 8 et 9 présents dans son espace aérien, rejoignant ainsi de nombreux pays qui avait pris cette décision depuis lundi comme la Chine ou l'Europe. Peu après la décision américaine, le Brésil et le Mexique ont suivi. De facto, l'ensemble de la flotte mondiale de 737 MAX (371 appareils) est immobilisée. C'est la deuxième fois en six ans que la Federal Aviation Administration (FAA), la direction de l'aviation civile américaine, interdit de vol un avion construit par Boeing. En 2013, elle avait cloué au sol le 787 Dreamliner en raison d'un problème de batteries.

Trump fait l'annonce

Donald Trump avait le premier annoncé la mesure.

"Nous allons décréter en urgence l'interdiction de tous les vols des 737 MAX 8 et 737 MAX 9", a déclaré le président américain depuis la Maison Blanche. "La sécurité des Américains, et de tous les passagers, est notre priorité absolue", a-t-il ajouté.

La FAA a déclaré de son côté que "l'immobilisation au sol restera en vigueur pendant l'enquête, qui comportera l'examen des informations tirées des boîtes noires et des enregistrements de la cabine de pilotage".

Similitudes avec l'accident de Lion Air

Dans un communiqué, Boeing a indiqué qu'il soutenait la décision d'immobiliser de manière temporaire les 737 MAX, impliqués dans un deuxième accident mortel en cinq mois, après celui en octobre de la compagnie indonésienne, Lion Air, dans des conditions présentant des similitudes. Dans les deux cas, l'avion était neuf et s'est écrasé peu de temps après le décollage et les appareils ont connu des montées et des descentes irrégulières juste après le décollage.

Comme le Canada qui avait décidé  ce mercredi l'immobilisation immédiate de l'avion, la FAA a justifié sa décision par de nouvelles données qui confortent l'idée de similitudes entre les deux catastrophes.

Les informations reçues et analysées mercredi matin "viennent de données satellitaires qui suggèrent une similarité dans le profil du vol de ces deux accidents", a expliqué le ministre des Transports Marc Garneau. Les experts ont comparé le profil des deux vols et constaté "des parallèles" dans leurs trajectoires et leurs "variations" qui "dépassent un seuil de ressemblance quant aux causes possibles de l'écrasement en Ethiopie". Bien que cela ne soit "pas concluant", c'est "une ressemblance suffisante pour que l'on franchisse le seuil de précaution", a estimé le ministre.

Soupçons sur le nouveau système anti-décrochage

Les premiers éléments de l'enquête de l'accident de Lion Air ont mis en cause un dysfonctionnement sur le système de stabilisation en vol destiné à éviter un décrochage de l'avion, le "MCAS" (Maneuvering Characteristics Augmentation System). Le MCAS est un système tout nouveau conçu spécialement pour les 737 MAX, en raison de moteurs plus lourds que ceux équipant les 737 d'ancienne génération. Ce système, qui fait piquer du nez l'avion pour éviter un décrochage, est censé se déclencher en cas de sortie du domaine de vol mais semble néanmoins se déclencher également quand l'avion est dans les limites du domaine de vol en raison de mauvaises données reçues.

"Ceci peut venir d'un dysfonctionnement des sondes d'incidence (AOA, Angle of Attack sensor) qui envoient de mauvaises informations de vitesse et d'incidence au logiciel, ou par une défaillance du système de remontées des données", explique à La Tribune un pilote.

Le Canada a dévoilé ces informations alors que, selon l'AFP, plusieurs pilotes américains ont eux-mêmes rapporté en octobre et novembre, sur une base de données anonyme de la NASA, avoir été confrontés à un dysfonctionnement du système MCAS. Ils ont toutefois réussi à éviter un accident car ils avaient été informés et entraînés à faire face à ce potentiel incident.

"Quand l'avion a atteint la vitesse appropriée, "le commandant de bord a activé le "A", le pilotage automatique. En deux ou trois secondes, l'avion s'est mis à piquer du nez", écrit-il. "J'ai crié "descente" juste avant que le GPWS (Ground proximity warning system, système d'avertisseur de proximité du sol) ne retentisse" dans le cockpit, a-t-il ajouté. "Le commandant de bord a immédiatement déconnecté le pilotage automatique et redressé l'avion".

"Après l'accident de Lion Air, Boeing avait publié une consigne demandant aux pilotes confrontés à des problèmes d'incidence ou de vitesse de couper les "trim" pour reprendre l'avion en manuel et se poser le plus rapidement possible. Les "trims" font bouger le plan fixe horizontal de la gouverne", rappelle à La Tribune le même pilote.

Dans un entretien à CNN, le PDG d'Ethiopian Airlines, Tewolde GebreMariam a soutenu que les similarités entre les deux catastrophes aériennes étaient "significatives", tout en assurant que les pilotes aux commandes de l'appareil de sa compagnie avaient reçu une nouvelle formation sur les particularités du 737 MAX 8 après l'accident de Lion Air.  Le porte-parole d'Ethiopian Airlines Asrat Begashaw a dit que le pilote avait évoqué un problème de commandes, ce qui exclut a priori un facteur extérieur comme un oiseau. "Le pilote a fait état de problèmes de contrôle de vol et demandé à revenir. En fait il avait été autorisé à faire demi-tour", a-t-il ajouté.

Les boîtes noires décryptées en France

Si l'avion a forcément parlé en envoyant des messages Acars au centre des opérations de la compagnie, la lecture des deux boîtes noires de l'appareil permettront de donner l'enchaînement précis des événements. L'Ethiopie n'ayant pas le matériel nécessaire pour cette opération, elles seront décryptées par le bureau Enquêtes analyses français..

Lors d'une conférence téléphonique, la FAA a déclaré que les boîtes noires allaient être envoyées en France, ajoutant que cela allait prendre "des mois" avant que les problèmes de logiciels des Boeing 737 MAX soient réglés.

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Commentaires
a écrit le 14/03/2019 à 8:57 :
Quand même ! Ce temps de réaction est étrangement long de la part des américains il serait peut-être temps de changer les propriétaires de boeing hein...
a écrit le 14/03/2019 à 7:15 :
Au moins comme cela, on évitera un peu de réchauffement climatique. Pourquoi on le fait pas pour tous les avions puisqu’on sait maintenant que le réchauffement est dangereux pour l’humanité ? Trump parle de sécurité des passagers et celle de l’humanité ?

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