Le missilier européen investira 150 millions d’euros d’ici 2030 pour agrandir et moderniser les installations de son site en Loir-et-Cher. Outre la forte augmentation de sa capacité de production dans un contexte de réarmement du Vieux continent, MBDA cherche également à améliorer son attractivité pour recruter.D'ici six ans, l'établissement solognot de MBDA basé à Selles-Saint-Denis, l'un des trois en France du deuxième fabricant mondial de missiles (4,3 milliards d'euros de chiffre d'affaires réalisé et 15 000 salariés en 2023), derrière l'américain Raytheon et devant l'autre américain Lockeed Martin, aura en principe fait peau neuve. Les méga-travaux, qui ont démarré en octobre dernier, comprendront plusieurs phases. Ils concerneront aussi bien les ateliers de production que les espaces tertiaires, et mobiliseront un investissement de 150 millions d'euros de la part du fabricant européen de quelque 45 programmes de missiles (Mistral, Aster Scalp, Exocet, etc.)
Ce site de 548 hectares situé en pleine Sologne, où l'assemblage final de l'ensemble de ces armements est réalisé, a été aménagé à la fin des années 70 par Matra Défense. « Il est devenu d'une part sous-dimensionné en termes d'outil et de capacité de production, précise le directeur de l'établissement de Selles-Saint-Denis. D'autre part, il ne permet plus d'offrir un cadre de travail satisfaisant et moderne à nos collaborateurs ».
Plus et plus vite
Au plan opérationnel, MBDA, qui a doublé la superficie de son établissement solognot en rachetant une propriété contigüe en 2023, étendra ou construira plusieurs bâtiments d'intégration pyrotechnique. De nouvelles capacités de production seront également mises en place pour l'industrialisation de nouveaux programmes d'armement, concernant notamment les frappes en profondeur. Enfin, la surface des entrepôts de stockage de missiles sera aussi agrandie de l'ordre de 10.000 m2. En raison de la montée des tensions en Europe, avec le conflit en Ukraine depuis deux ans, et au Proche-Orient, MBDA a reçu des consignes claires et insistantes de la part du ministre des Armées Sébastien Lecornu. Elles concernent l'augmentation des cadences en vue de réduire les délais de livraison aux armées. Délais qui sont devenus une exigence prioritaire des pays clients. À titre d'exemple, la capacité de production des missiles anti-aériens de courte portée Mistral 3 devrait être quadruplée fin 2025 par rapport à 2022 et les délais de livraison diminués de 50%. Le 6 décembre dernier, le nouveau commissaire européen à la Défense, Andrius Kubilius, a lui-même appelé « à passer d'une approche progressive dans l'augmentation de nos capacités de défense à une approche de type Big bang ».