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Pourquoi Oslo a choisi l'allemand TKMS aux dépens de DCNS

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Michel Cabirol

Publié le 04 février 2017 à 20:36 - Mis à jour le 24 août 2017 à 13:10

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L'allemand ThyssenKrupp Marine Systems n'a pas respecté les termes du dialogue compétitif engagé avec la Norvège. Il a proposé à Oslo un achat groupé avec l'acquisition de deux sous-marins supplémentaires à la marine allemande.

Pour contrer l'offre de DCNS qui était extrêmement séduisante, l'allemand ThyssenKrupp Marine Systems, avec l'aide de la chancelière Angela Merkel, a été contraint d'aller au-delà de ce que permettait le dialogue compétitif norvégien. C'est-à-dire, très clairement ne pas le respecter en proposant à Oslo un achat groupé avec l'acquisition de deux sous-marins supplémentaires à la marine allemande. Bonne pioche pour les Allemands qui ont remporté le marché norvégien. "Cette offre était imbattable", explique-t-on en France, qui n'a que des sous-marins nucléaires dans sa flotte. DCNS ne pouvait donc pas proposer une offre similaire à TKMS.

C'est d'ailleurs ce que suggère DCNS dans son communiqué sans le dire très clairement : la Norvège a interrompu "le processus compétitif avant sa conclusion pour sélectionner une solution alternative sous forme d'un achat groupé intergouvernemental avec un autre pays européen (Allemagne, ndlr)" . Comme quoi la prime a été donnée à celui qui ne respecte pas l'appel d'offres. C'est d'ailleurs une réelle surprise pour un pays comme la Norvège qui était  jusqu'ici considéré comme un partenaire fiable et sérieux dans le processus des appels d'offres. La France, qui s'est battue aux côtés des Norvégiens à Narvik face aux Allemands en 1940, devra se souvenir de ce coup de poignard.

Des économies d'échelle pour la Norvège

Curieux Norvégiens. Dans les années 80, les Allemands avaient proposé ce même type d'accord aux Norvégiens. Oslo avait acheté six sous-marins Ula (type 210 allemand) mais Berlin n'avait pas confirmé par la suite son achat. En tout cas, l'offre allemande est aujourd'hui encore imbattable sur le papier. Berlin propose ni plus ni moins de partager entre deux pays les coûts d'acquisition, de développement d'un nouveau sous-marin à partir du U212, d'approvisionnement, de logistique, et des opérations aux Norvégiens. C'est-à-dire des économies et des synergies inespérées pour la Norvège.

Il faut donc être fous pour refuser une telle offre mais l'histoire bégaye de temps en temps... Oslo devra donc négocier son accord intergouvernemental au plus serré avec Berlin, qui n'avait pas de son côté prévu il y a peu de temps encore d'acheter deux sous-marins supplémentaires.

Un acteur clé Kongsberg

Entre les deux rivaux, la compétition a été âpre, dure et extrêmement serrée. Surtout depuis la gifle retentissante de TKMS en Australie, qui a sélectionné fin avril 2016 le Shortfin Barracuda de DCNS. En dépit de l'agressivité commerciale des Allemands en Norvège, considérée comme une de ses chasses gardées par le groupe de Kiel et la marine allemande, DCNS avait surmonté son retard même si l'Allemagne a frappé un grand coup en sélectionnant le missile NSM (Naval Strike Missile) de Kongsberg, l'industriel norvégien incontournable, pour les corvettes K130 de la marine. C'est le deuxième coup de pouce, qui a permis aux Allemands de l'emporter.

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Les Français n'ont pas voulu entendre, ni comprendre que Kongsberg était un acteur clé. dans cette compétition, et plus précisément le système d'armes du futur sous-marin norvégien. DCNS devait travailler avec Kongsberg pour intégrer le missile anti-navire Naval Strike Missile (NSM) d'une portée de 200 km mais la France a préféré privilégié une offre avec le missilier MBDA. Et pourtant Kongsberg a développé ce missile en partenariat avec EADS (devenu depuis Airbus).

Proximité de la marine norvégienne et allemande

Dans cette compétition, DCNS a fait longtemps figure d'outsider face à TKMS avant que son offre inquiète vraiment les Allemands, qui ont compris que le groupe tricolore séduisait vraiment Oslo. Car jusqu'ici TKMS et Berlin considéraient la Norvège comme une chasse gardée, la marine norvégienne étant culturellement proche de l'Allemagne. Surtout le chantier allemand a fabriqué puis entretenu les six sous-marins Ula norvégiens (type 210 allemand) mis en service entre 1989 et 1992 et qui devraient être retirés du service autour de 2025. D'où une certaine proximité avec l'état-major de la marine norvégienne. "La Norvège et l'Allemagne entretiennent une coopération couronnée de succès", avait expliqué dans un communiqué le ministère de la Défense norvégien en mars dernier.

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Et pourtant, il y avait beaucoup à redire dans cette coopération. Faut-il rappeler simplement que la marine nationale utilise 240 jours par an ses sous-marins alors que la Norvège ne peut employer ces bâtiments de fabrication allemande que 100 jours par an. Enfin, la Norvège peut s'appuyer sur la marine nationale, une marine océanique de premier rang, qui a elle aussi des missions dans le cercle arctique. Dommage pour DCNS dont l'offre va profiter à d'autres marines plus axées sur la performance de leurs sous-marins.

Michel Cabirol

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