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Sous-marins : comment DCNS joue sa chance en Norvège face à l'allemand TKMS

Photo de Michel Cabirol

Michel Cabirol à Oslo

Publié le 07 novembre 2016 à 12:42 - Mis à jour le 23 novembre 2016 à 08:29

Le Quotidien Numérique

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Photo d'illustration de l'article
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DCNS et son rival allemand ThyssenKrupp Marine Systems se livrent une guerre impitoyable pour remporter un contrat portant sur la vente de quatre à six sous-marins auprès de la marine royale norvégienne.

Dans les eaux glacées des fjords norvégiens, DCNS et son rival allemand ThyssenKrupp Marine Systems (TKMS) se livrent une guerre impitoyable pour remporter un contrat portant sur la vente de quatre à six sous-marins auprès de la marine royale norvégienne. Nom de code du  programme : P6346.

Profitant de la venue dans le port d'Oslo de la frégate multi-missions (FREMM) Languedoc, qui revenait d'un exercice dans les eaux du Grand nord, DCNS, en coopération avec Thales, a fait jeudi dernier le show en expliquant son offre aux journalistes locaux dans un grand hôtel de la capitale norvégienne. Le groupe naval va proposer un Scorpène survitaminé (2.000 tonnes, contre actuellement 1.700 tonnes), qui sera équipé des dernières technologies du Barracuda.

Des "espions" à la conférence de DCNS

TKMS qui ne recule devant rien pour marquer à la culotte son concurrent, a tenté d'assister ni vu, ni connu à la conférence de presse organisée jeudi dernier par le groupe tricolore. Manque de chance, trois de ses représentants - l'agent de TKMS en Norvège, le directeur de la chambre de commerce germano-norvégienne à Oslo et un amiral en poste à l'ambassade d'Allemagne - ont été rapidement identifiés et gentiment éconduits par DCNS.

Une petite anecdote savoureuse qui montre tout l'enjeu de cet appel d'offres de la marine royale norvégienne en cours de préparation pour DCNS et surtout TKMS, qui a largement perdu en avril dernier le contrat du siècle en Australie. Ce qui rend les Allemands très agressifs. Pour autant, ils ont été invités en fin de journée au cocktail à bord de la Languedoc, qui doit entrer à la fin de l'année en service opérationnel dans la marine nationale après un tir du missile Aster.

Décision attendue fin 2017

L'appel d'offres permettra de renouveler la flotte de six vieux sous-marins de fabrication allemande de la classe Ula. Mais pour le moment, "le dossier est dans une phase politique intermédiaire", a précisé à la Tribune, le PDG de DCNS, Hervé Guillou. Le 4 novembre, le ministère norvégien de la Défense devait déposer au Parlement le plan à long terme de la défense (LTP), qui devrait en principe être débattu à partir du 15 novembre. La recherche d'un consensus plus large qu'actuellement entre les différents partis norvégiens a toutefois retardé le dépôt de ce document, qui fait déjà l'objet d'une majorité au Parlement. Il pourrait être finalement déposé ce mercredi.

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L'achat des sous-marins fait partie du plan  long terme. Ce document va simplement indiquer le nombre minimum de sous-marins achetés (4) et donner une indication du montant du programme (vraisemblablement 4 milliards d'euros). La Marine royale, qui souhaite faire naviguer en permanence deux sous-marins pour surveiller les eaux du cercle arctique, et plus particulièrement les sous-marins russes en maraude, plaide pour l'achat de six sous-marins tandis que le Bercy norvégien n'en veut que quatre exemplaires. Du grand classique. Cette discussion pourrait faire l'objet d'un consensus sur l'achat de quatre sous-marins et deux en option, ou l'acquisition de cinq.

Enfin, c'est vers la fin de cette année que la Norvège va confirmer le processus compétitif entre les deux groupes ou se lancer dans une procédure de gré à gré. Puis, l'appel d'offres pourrait être lancé en février ou en mars 2017. "Le choix du vainqueur est attendu à la fin de l'année 2017", estime Hervé Guillou. Un peu avant le choix, les élections législatives prévues vers septembre ou octobre pourraient perturber le processus de sélection. C'est pourquoi le consensus doit prévaloir dans le débat parlementaire norvégien pour l'adoption du plan à long terme de la défense norvégienne.

Coopérations franco-norvégiennes

Mais DCNS et TKMS ont déjà commencé à travailler en amont sur leur offre, notamment le volet concernant les retours industriels pour l'industrie norvégienne, le design et les prix. "Nous avons beaucoup anticipé le lancement de la compétition", fait valoir Hervé Guillou. Il y a un mois environ, DCNS a invité à Paris 35 industriels norvégiens, dont Kongsberg et Nammo, sous l'égide du Conseil des industries de défense françaises (CIDEF) dans le cadre de coopérations franco-norvégiennes. Les consultations vont se poursuivre dans les prochaines semaines pour affiner la participation des groupes norvégiens dans le programme P6346. "La Norvège peut profiter de la puissance de l'industrie de défense française, qui offre beaucoup plus d'opportunités que TKMS ne le fera jamais", estime le PDG de DCNS.

Présent en Norvège depuis 1915, Thales, qui emploie 220 personnes sur trois sites en Norvège pour un chiffre d'affaires de 700 millions de nok en 2015 (76,8 millions d'euros), est également un des éléments clés de l'offre française. L'électronicien est notamment déjà à bord de beaucoup de programmes navals norvégiens : frégates Nansen, chasseur de mines Alta sous-marins Ula et du NH90 naval (NFH). DCNS est également apprécié en Norvège où il a obtenu la modernisation de 14 patrouilleurs Hauk en 1998 puis la fabrication en 2003 de six patrouilleurs Skjod en étroite coopération avec Kongsberg, qui est lui à bord des frégates FREMM (systèmes de navigation). Enfin, l'armement des sous-marins n'est pas un sujet de court terme, a assuré Hervé Guillou. Notamment pour un éventuel missile de croisière.

Les quatre atouts de l'offre française

A l'image des États-Unis et de la Grande-Bretagne, la France possède une vraie supériorité stratégique dans l'équation acoustique, y compris quand le sous-marin navigue à vitesse moyenne, rappelle Hervé Guillou. Sous-entendu, ce n'est pas le cas de l'Allemagne. C'est d'ailleurs en partie pour cela que DCNS a remporté son éclatante victoire en Australie. La marine nationale, qui dispose d'une plus grande expérience, a l'habitude de faire la guerre. D'ailleurs, selon une information révélée par "L'Obs", un sous-marin nucléaire lanceur d'engins (SNLE) russe aurait été repéré par la Marine nationale dans le golfe de Gascogne en janvier dernier. Une supériorité acoustique qui sera nécessaire aux Norvégiens pour surveiller leur très vaste zone d'influence dans le Grand nord.

Par ailleurs, DCNS développe sur son site de Nantes-Indret un nouveau système de propulsion anaérobie (AIP, ou Air Independent Propulsion), qui va "tripler les capacités du sous-marin Scorpène en plongée", assure Hervé Guillou. Il a a déjà été qualifié à terre. C'est l'une des nouvelles armes du Scorpène. Son AIP va utiliser le même combustible que celui de la propulsion du sous-marin. "Cela va permettre d'adapter en permanence la mission du sous-marin en fonction des besoins opérationnels" de la marine royale norvégienne, explique le PDG de DCNS, qui estime que les batteries au lithium ne sont pas encore une technologie mature. Et donc, elles ne sont pas sures dans un sous-marin qui exige un maximum de sécurité.

DCNS souhaite également capitaliser sur son expérience dans le soutien, notamment dans l'entretien et la disponibilité des navires de guerre. Selon Hervé Guillou, la marine nationale utilise 240 jours par an ses sous-marins alors que la Norvège ne peut les employer que 100 jours par an. "Nous avons la capacité à assurer", note-t-il. Notamment en revoyant profondément les cycles de maintenance des navires de guerre.

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Enfin, la Norvège peut s'appuyer sur la marine nationale, une marine de premier rang, qui a elle aussi des missions dans le cercle arctique. La coopération entre la Norvège et la France est d'ailleurs exemplaire, autant sur le plan opérationnel, avec des escales régulières de bâtiments français en Norvège et des exercices militaires communs, que politique et stratégique, avec des positions très proches sur les grandes questions internationales. Ainsi, fin février, quelque part en mer de Norvège, le sous-marin nucléaire d'attaque (SNA) Casabianca a retrouvé le sous-marin norvégien Utstein pour deux jours d'entrainement opérationnel. Un exercice qui a renforcé la coopération entre deux forces sous-marines alliées.

Michel Cabirol à Oslo

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