Sous-marins : l'Australie verse 555 millions d'euros à Naval Group et se réconcilie avec la France

L'Australie clôt un chapitre sombre de ses relations avec la France. Canberra a trouvé un arrangement sur ce qu'il devait encore à Naval Group, qui va encaisser un joli chèque de 555 millions d'euros.
Michel Cabirol

4 mn

La France et l'Australie souhaitent rebâtir une relation bilatérale fondée sur la confiance et le respect, selon l’Élysée.
La France et l'Australie souhaitent rebâtir une relation bilatérale "fondée sur la confiance et le respect", selon l’Élysée. (Crédits : Naval Group)

"Nous sommes parvenus à un règlement juste et équitable de 555 millions d'euros (environ 830 millions de dollars) avec Naval Group", a annoncé dans la nuit de vendredi à samedi le Premier ministre australien Anthony Albanese. Avec la fin des négociations entre Naval Group et Canberra sur le "reste à payer" dans le cadre du programme de sous-marins franco-américains, l'Australie a clos ce samedi matin un chapitre très sombre dans ses relations avec la France.

"L'ancien gouvernement a pris la décision de résilier le contrat sur la base d'un avis sur les besoins en capacités des Forces de défense australiennes - avis qui a été accepté par les travaillistes de l'opposition", a toutefois rappelé le Premier ministre australien.

Après avoir annulé en septembre 2021 le contrat portant sur la fabrication de 12 sous-marins de la classe Attack, Canberra a trouvé il y a quatre jours un arrangement sur ce qu'il devait encore au groupe français. "Naval Group et le Commonwealth d'Australie ont signé un accord équitable mettant un terme au programme de futur sous-marin australien", a annoncé de son côté Naval Group dans un communiqué publié dans la nuit de vendredi à samedi. Le groupe naval français va donc encaisser un joli chèque de 555 millions d'euros, dont une grande partie du volume était encadrée par des clauses contractuelles. Ce qui lui permettra également d'indemniser ses sous-traitants français et australiens, qui toucheront une toute petite partie de cette somme. Le groupe a confirmé  avoir "également accompagné ses partenaires et sous-traitants français et australiens dans leurs démarches".

"Je tiens à remercier Naval Group pour la manière positive et professionnelle dont il s'est engagé avec les responsables australiens pour parvenir à ce règlement", a expliqué le Premier ministre australien lors d'une conférence de presse.

Une facture de 3,7 milliards d'euros

La résiliation du contrat par les Australiens a déclenché automatiquement un chapitre du Strategic Partnership Agreement (SPA) signé entre la France et l'Australie lors du lancement du programme de classe Attack. Il en découle un certain nombre d'obligations. Ce montant de plus de 500 millions d'euros s'ajoute aux 840 millions d'euros déjà payés au groupe naval depuis le lancement du programme au titre des travaux effectués entre 2016 et fin 2021. Au total, l'Australie a versé 1,340 milliard d'euros environ à Naval Group. Pour rien, pour du vent... C'est ce qu'a d'ailleurs reconnu Anthony Albanese lors de la conférence de presse cet arrangement financier avec Naval Group est "un gaspillage extraordinaire de la part d'un gouvernement qui a toujours fait beaucoup d'annonces mais pas en termes de livraison". L'ancien gouvernement "restera dans les mémoires comme le gouvernement le plus gaspilleur de l'histoire de l'Australie depuis la Fédération".

L'issue de ces négociations qualifiées de "correcte et de professionnelle" est vraiment une sortie par le haut pour Naval Group, qui encaisse cette somme de plus de 500 millions d'euros, "le haut de la fourchette" visée par le groupe, explique-t-on à La Tribune. La facture est très salée pour Canberra, qui va payer 3,7 milliards d'euros au total au profit essentiellement des maîtres d'oeuvre de ce programme hors norme (outre Naval Group, Lockheed Martin et les industriels du BTP australiens qui devaient construire le chantier naval accueillant la fabrication des sous-marins).

Retour à la normale des relations entre Paris et Canberra

Pour autant, la blessure est encore profonde en France même si la chute du gouvernement Morrison a été largement saluée à Paris. Le nouveau Premier ministre australien Anthony Albanese devrait prochainement être accueilli en France pour reprendre des relations normalisées avec Paris."Maintenant que la question est résolue, nous pouvons avancer dans la relation avec la France, a estimé Anthony Albanese. L'Australie et la France partagent des liens d'amitié historiques profonds, forgés dans le sacrifice commun de la guerre. Nous sommes deux démocraties dynamiques, engagées à défendre les droits de l'homme et les valeurs fondamentales. Nous respectons profondément le rôle et l'engagement actif de la France dans l'Indo-Pacifique".

"Je suis impatient de répondre à l'invitation du président Macron à se rendre à Paris dès que possible et de continuer à travailler en étroite collaboration avec lui alors que nous approfondissons le partenariat stratégique entre nos nations", a expliqué Anthony Albanese.

Fin mai, Emmanuel Macron s'était déjà entretenu avec Anthony Albanese pour le féliciter à la suite de son élection. Après avoir pris note de la profonde rupture de confiance entre la France et l'Australie, les deux hommes au cours d'une conversation téléphonique étaient convenus "de rebâtir une relation bilatérale fondée sur la confiance et le respect pour surmonter ensemble les enjeux globaux, au premier rang desquels l'urgence climatique, et les défis stratégiques en Indopacifique", avait relaté l'Élysée dans un communiqué. Dans ce cadre, une feuille de route devra identifier "des coopérations stratégiques" entre les deux pays. Ce qui sera un véritable test pour solidifier les relations rompues entre les deux capitales.

Michel Cabirol

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Commentaires 12
à écrit le 18/06/2022 à 16:02
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555 millions d'euros (environ 830 millions de dollars) EUR/DOL = 1.04 (le 18-6-22)

à écrit le 12/06/2022 à 20:58
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L'Australie paie, tant mieux pour Naval Group. La proposition américaine étant beaucoup trop chère, et l'Australie n'ayant pas la moindre capacité industrielle, ce pays n'aura jamais de sous marins. En revanche l'Amérique va s'y installer, comme un...

à écrit le 12/06/2022 à 6:20
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C'est pas cher payé compte tenu que les australiens ont eu accès à nos bureau d'études, et ont pu pomper tranquillement nos technologies avec l'aide des USA. Et la France ose parler de priorité à la cybersécurité alors qu'elle ouvre ses systèmes à de...

le 12/06/2022 à 15:15
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Bonjour, J'espère que notre pays est capable de protéger ses savoir faire industries... Bien sûr cela est la basse de la souveraineté économique, militaire ... Bien sûr ils ne faut pas le dire...

le 14/06/2022 à 23:46
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555 millions pour un contrat de 56 milliards, c'est une goutte d'eau ! Les contrats internationaux prévoient systématiquement d'importantes indemnités de rupture, outre les dédommagements. La France est véritablement attractive pour les étrangers !

à écrit le 11/06/2022 à 17:20
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Expliquer moi comment l'Australie fait ami ami avec la France après le coup tordu de AUKUS. Autant penser qu'en europe on ne sait rien faire dans le nucléaire, que nos sous marins ne sont pas au top niveau, que Naval Group est une bande d'ingénieurs ...

à écrit le 11/06/2022 à 16:44
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Bonjour, Une guerre se prépare dans ce cotée du monde ... Les pays anglo-saxons risque d'avoir fort à faire... l'Union européenne sera une puissance militaire, individuel et peut être collective... La GB a choisi sont camps , dommage que l'Austra...

à écrit le 11/06/2022 à 15:18
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Bonjour, Certe l'argent remboursera les investissements, mais personnellement j'attendais plus de nos relations politiques d'un pays du bloc occidentale... Honnête, relations franche, un comportement autre que celui de voyous.... La confiance est ...

à écrit le 11/06/2022 à 12:26
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Quelle réconciliation ? L'Australie paie ce qu'elle doit payer, point. Elle ne nous aime pas. Et c'est partagé. On fait avec. C'est autre chose qu'une réconciliation : il n'y a pas de confiance

à écrit le 11/06/2022 à 10:29
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L'Australie se réconcilie !!!!! Moi j'veux bien mais la confiance n'est pas prête à revenir difficile de faire confiance à un Etat qui renie sa parole, ne respecte pas un contrat, bafoue sa signature

le 11/06/2022 à 12:31
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Depuis 1999 en acune annee la France a respecte les aspects du traite de Maastricht. Sa signature n'a acune valeur. Les hypocrites.

à écrit le 11/06/2022 à 10:23
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Voilà ou mène l activisme affairisme us.. et ses sbires néoconservateurs - Gb, Pays bas, Australie…- in fine c est un pays anglo saxon qui est pour une fois ke dindon de la farce : L Australie… outre la confiance cassée entre nos 2 pays, le monde de...

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