Spatial : comment les équipementiers resserrent les rangs face à la montée de la concurrence

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Le plan équipementier passe d'abord par l'élaboration d'une cartographie précise de cette filière.
Le plan équipementier passe d'abord par l'élaboration d'une cartographie précise de cette filière. (Crédits : REGIS DUVIGNAU)
Les pouvoirs publics (Enseignement supérieur, Armées et Bercy) ont approuvé un plan pour protéger et rendre plus compétitive la filière équipementière dans le spatial. Il passe par la création de champions dans leur domaine.

Les équipementiers français de l'espace s'organisent face à la montée de la concurrence intra-européenne et internationale. Et c'est tant mieux au moment où le concept de souveraineté, qui ne rime pas avec protectionnisme, n'est plus un "gros mot". Ainsi, lors de réunions au sein du Gifas et du Cospace, qui réunit l'Etat, le CNES et les principaux industriels de la filière, les équipementiers de la branche spatiale ont proposé un plan pour les équipementiers satellites. Lors du rendez-vous "Perspectives spatiales" le 20 février, le PDG de Sodern Franck Poirrier, qui est également membre du comité directeur du groupement des équipementiers du Gifas et représentant des équipementiers spatiaux français auprès du Cospace, a dévoilé les contours d'un plan destiné à la fois pour protéger cette filière stratégique et la rendre plus compétitive.

Lors de la conférence ministérielle de l'Agence spatiale européenne (ESA) à Séville, "nos partenaires ont réaffirmé leurs ambitions et vont augmenter leur contribution en conséquence. Ces ambitions se traduiront par une concurrence accrue sur le plan des équipements. En effet, à défaut de pouvoir concurrencer nos systémiers, plusieurs pays feront sans doute le choix de développer leurs équipementiers", a rappelé Franck Poirrier, qui s'exprimait en tant que vice-président de la commission Espace du Gifas.

"Le plan équipementier été approuvé par les ministères du Cospace (ministères de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, des Armées et de l'Economie, ndlr) et par les maîtres d'œuvre satellites (Airbus et Thales ndlr)", a expliqué le PDG de Sodern. La mise en œuvre de ce plan a déjà débuté et s'appuiera sur "l'expertise du CNES, de la DGA (direction générale de l'armement, ndlr) et des maîtres d'œuvres satellites", a-t-il précisé. Et d'avertir qu'"il appartient à nous tous de saisir de cette opportunité pour construire un projet qui bénéficiera à l'ensemble de la filière", qui représente entre 650 millions à 900 millions d'euros de chiffre d'affaires avec pour tête de gondole Safran Electronics & Defense, des ETI comme Saft, Sodern, Hemeria, des PME comme Pyroalliance etc...

Une cartographie précise des équipementiers

Ce plan pour équipementiers spatiaux, qui s'articule en trois temps, va permettre à cette filière s'organiser et de définir une stratégie pour "anticiper dès maintenant la prochaine Conférence ministérielle afin de préserver et consolider nos intérêts essentiels tout en respectant les intérêts de nos partenaires", a expliqué Franck Poirrier. Aussi surprenant que cela puisse paraître, ce plan passe d'abord par l'élaboration d'une cartographie précise de la filière équipementière spatiale. Aucun ministère ni administration ne possède à ce jour ce type de documents pour un secteur pourtant considéré comme stratégique par la France.

En s'appuyant sur le CNES et la DGA, "nous proposons de réaliser et d'officialiser une cartographie des équipements, de leurs fabricants, des marchés qu'ils adressent, et des solutions concurrentes ou alternatives", a indiqué Franck Poirrier.

Cette cartographie permettra à la fois d'identifier les produits critiques et de mesurer les flux financiers institutionnels des agences au sein de cette filière, ébranlée par la participation financière de la France lors de la conférence ministérielle de l'ESA à Séville. Elle permettra de "trier" les compétences que la France doit garder à tout prix et ce qu'elle peut partager. "Les domaines dans lesquels la souveraineté n'est pas négociable seront bien sûr concernés mais aussi des produits que la France entend conserver ou développer indépendamment des problématiques de souveraineté", a-t-il expliqué. Pour certains de ces produits critiques, il a proposé d'identifier des "champions", qui "constitueront officiellement les interlocuteurs privilégiés des maîtres d'œuvres et de l'État dans leur domaine".

"Chaque champion pourra bénéficier d'un effet volume engendrant des économies d'échelles, donc une plus forte compétitivité, a décrit le représentant des équipementiers spatiaux auprès du Cospace. L'augmentation des volumes produits renforcera également la capacité des équipementiers à auto-investir pour demeurer à la pointe de l'innovation. Nous avons là l'amorce d'un cercle vertueux. Ce gain en compétitivité des équipementiers champions bénéficiera également aux maîtres d'œuvres : la compétitivité intrinsèque d'équipements partagés entre plusieurs maîtres d'œuvre renforce naturellement la compétitivité du système".

Constitution de champions : un modèle efficient ?

"Ce modèle de champions peut en effet être gage d'efficience", a affirmé Franck Poirrier. Mais ce modèle devra relever le pari ambitieux de rester compétitif et innovant... Ce qui pourrait ne pas être évident dans les périodes de basses eaux, où les entreprises retrouvent les "vertus" de la diversification et/ou du chantage à l'emploi auprès des pouvoirs publics. Car, selon Franck Poirrier, ces champions doivent "bénéficier d'une attention particulière de la part de l'État, dont le soutien sera le bienvenu si la situation l'exige". Il a rappelé par ailleurs que "les financements institutionnels, notamment en termes de R&D (recherche et Développement, ndlr), sont indispensables pour compléter les investissements industriels". La filière demande également un assouplissement de l'accessibilité aux fonds publics par les PME et ETI, qui sont détenus à plus de 25% par des grands groupes.

Pour autant, le PDG de Sodern n'a pas oublié les devoirs de ces champions. Ils devront "s'engager à tout faire pour demeurer à la pointe de l'innovation et de la compétitivité". Pour cela en s'appuyant sur leur assise nationale, ils devront notamment chercher à se développer à l'export. "Une partie du chiffre d'affaires généré à l'export devra être investi dans le R&D autofinancée, y compris au profit des projets nationaux commerciaux comme institutionnels", a expliqué Franck Poirrier. Enfin, "ils auront un devoir de transparence totale à l'égard de l'État", a-t-il souligné. Un plan nécessaire pour protéger une filière stratégique.

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Commentaires
a écrit le 04/03/2020 à 10:24 :
En maintenant notre filière équipementiers souveraine, on se met à l'abri des diktats et des oukases de pays "amis" possédant ou pillant des technologies essentielles à notre autonomie. Avant tout il faut agir sur la formation qui est un rouage essentiel au bon niveau de cette filière et bien appréhender les futurs besoins du secteur sans exclusive.
a écrit le 03/03/2020 à 22:55 :
S'il est un domaine spatial où la France doit à tt prix conserver sa souveraineté sans partage, c'est bien le spatial militaire avec des fournisseurs nationaux systemiers et équipementiers ciblés "secret défense", ds le domaine des satellites espions et bientôt tueurs, des lanceurs balistiques furtifs ou à faible signature, des communications cryptées très HT débit, de la cyber guerre ds le domaine spatial, des systèmes optiques et optroniques de pointe, des systèmes de brouillage ou durcis contre le brouillage, des systèmes anti Missile balistiques, de l'IA spécifique d'analyse des données couplée à la RD sur les systèmes quantiques (ordinateurs et algorithmes)..Tout cela, piloté par la DGA qui impulse les cibles en matière de R&D en puisant les ressources financières ds le budget militaire et les crédits alloués à la recherche tt particulièrement s'il y a des retombées civiles importantes ( cyber défense, hardware et software quantiques, spatial civil...etc).
Donc, maîtriser et mettre en œuvre tout un ensemble de technologies très pointues pour conserver une autonomie militaire spatiale reconnue et respectée sur la scène internationale.
Là, on est très loin des programmes civils de l'ESA médiatisés à tt va sur la scène européenne ou ailleurs sur les lanceurs, les satellites de Telecom et d'observation, le New Space et ses nvelles constellations, et appuyés à coup de commentaires + - avertis sur les contributions et participations de chacun.
Là, on évolue ds une sorte de "Dark Net", une guerre de l'ombre où ts les coups sont permis pour à la fois espionner sans être découvert tt en cherchant à éviter l'espionnage des parties adverses.
Là, la France doit continuer à œuvrer sans partage comme elle le fait avec succès depuis 60 ans, au gd dam des US qui s'interrogent depuis tjrs sur l'efficacité de cette "gde muette nationale".
Réponse de le 04/03/2020 à 0:28 :
Vous délirez ! Chacun de vos satellite à un satellite renifleur russe, comme jadis vos avions, au cul.
Réponse de le 04/03/2020 à 15:14 :
A voir !!
La parano c'est pas bon pour la santé.
En ts cas, vaut mieux être vigilant et indépendant que d'être à la ramasse comme les brit vis à vis des US sur le plan militaire depuis tjrs et le reste...avec le Brexit.
Réponse de le 05/03/2020 à 11:03 :
Que c'est beau cette envolée lyrique. Malheureusement le marché du spatial est trop petit pour que des PME survivent sans support étatique. C'est bien là le problème. Quant aux retombées vers le civil cela relève du pur fantasme, c'est plutôt le spatial qui bénéficie des avancées du civil. Ceci dit il est toujours plaisant de constater à quel point ce domaine stimule l'imaginaire....
Réponse de le 05/03/2020 à 11:06 :
"Chacun de vos satellite à un satellite renifleur russe, comme jadis vos avions, au cul." Mais oui bien sûr, vous imaginez sans doute qu'un satellite se pilote comme un karting....On n'est pas dans starwar....Ceci étant, il ne faut pas négliger l'aspect militarisation de l'espace en contradiction avec la plupart des traités internationaux....Mais la France n'est pas totalement inactive sur ce sujet....
Réponse de le 05/03/2020 à 13:52 :
@Fred06: Si vous avez le tps, relisez le commentaire : j'ai parlé de retombées civiles au conditionnel sur des recherches militaires pointues ds les transmissions cryptées, la cyber défense qui peuvent faire appel aux outils du domaine quantique, contribuant ainsi à faire avancer la recherche civile et dt les acquis peuvent avoir des débouchés ds le spatial civil.
@sherlock: avec les minisatellites à propulsion électrique, les transmissions HT débit cryptées, les lasers anti satellites, on n'est plus très loin d'un jeu vidéo. Ça existe malheureusement déjà avec la technologie des drones tueurs depuis plus de 10 ans.
a écrit le 03/03/2020 à 19:53 :
Les arbres ne montent pas jusqu'au ciel comme on dit dans la finance !
Les armes si !

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