Spatial : comment les équipementiers resserrent les rangs face à la montée de la concurrence

Le plan équipementier passe d'abord par l'élaboration d'une cartographie précise de cette filière.
REGIS DUVIGNAU

Le plan équipementier passe d'abord par l'élaboration d'une cartographie précise de cette filière.
REGIS DUVIGNAU
membre du comité directeur du groupement des équipementiers du Gifas et représentant des équipementiers spatiaux français auprès du Cospace, a dévoilé les contours d'un plan destiné à la fois pour protéger cette filière stratégique et la rendre plus compétitive.
"Le plan équipementier été approuvé par les ministères du Cospace (ministères de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, des Armées et de l'Economie, ndlr) et par les maîtres d'œuvre satellites (Airbus et Thales ndlr)", a expliqué le PDG de Sodern. La mise en œuvre de ce plan a déjà débuté et s'appuiera sur "l'expertise du CNES, de la DGA (direction générale de l'armement, ndlr) et des maîtres d'œuvres satellites", a-t-il précisé. Et d'avertir qu'"il appartient à nous tous de saisir de cette opportunité pour construire un projet qui bénéficiera à l'ensemble de la filière", qui représente entre 650 millions à 900 millions d'euros de chiffre d'affaires avec pour tête de gondole Safran Electronics & Defense, des ETI comme Saft, Sodern, Hemeria, des PME comme Pyroalliance etc...
Ce plan pour équipementiers spatiaux, qui s'articule en trois temps, va permettre à cette filière s'organiser et de définir une stratégie pour "anticiper dès maintenant la prochaine Conférence ministérielle afin de préserver et consolider nos intérêts essentiels tout en respectant les intérêts de nos partenaires", a expliqué Franck Poirrier. Aussi surprenant que cela puisse paraître, ce plan passe d'abord par l'élaboration d'une cartographie précise de la filière équipementière spatiale. Aucun ministère ni administration ne possède à ce jour ce type de documents pour un secteur pourtant considéré comme stratégique par la France.
Cette cartographie permettra à la fois d'identifier les produits critiques et de mesurer les flux financiers institutionnels des agences au sein de cette filière, ébranlée par la participation financière de la France lors de la conférence ministérielle de l'ESA à Séville. Elle permettra de "trier" les compétences que la France doit garder à tout prix et ce qu'elle peut partager. "Les domaines dans lesquels la souveraineté n'est pas négociable seront bien sûr concernés mais aussi des produits que la France entend conserver ou développer indépendamment des problématiques de souveraineté", a-t-il expliqué. Pour certains de ces produits critiques, il a proposé d'identifier des "champions", qui "constitueront officiellement les interlocuteurs privilégiés des maîtres d'œuvres et de l'État dans leur domaine".
"Ce modèle de champions peut en effet être gage d'efficience", a affirmé Franck Poirrier. Mais ce modèle devra relever le pari ambitieux de rester compétitif et innovant... Ce qui pourrait ne pas être évident dans les périodes de basses eaux, où les entreprises retrouvent les "vertus" de la diversification et/ou du chantage à l'emploi auprès des pouvoirs publics. Car, selon Franck Poirrier, ces champions doivent "bénéficier d'une attention particulière de la part de l'État, dont le soutien sera le bienvenu si la situation l'exige". Il a rappelé par ailleurs que "les financements institutionnels, notamment en termes de R&D (recherche et Développement, ndlr), sont indispensables pour compléter les investissements industriels". La filière demande également un assouplissement de l'accessibilité aux fonds publics par les PME et ETI, qui sont détenus à plus de 25% par des grands groupes.
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Pour autant, le PDG de Sodern n'a pas oublié les devoirs de ces champions. Ils devront "s'engager à tout faire pour demeurer à la pointe de l'innovation et de la compétitivité". Pour cela en s'appuyant sur leur assise nationale, ils devront notamment chercher à se développer à l'export. "Une partie du chiffre d'affaires généré à l'export devra être investi dans le R&D autofinancée, y compris au profit des projets nationaux commerciaux comme institutionnels", a expliqué Franck Poirrier. Enfin, "ils auront un devoir de transparence totale à l'égard de l'État", a-t-il souligné. Un plan nécessaire pour protéger une filière stratégique.
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