La proposition de loi dite « Duplomb », qui vise à alléger la réglementation sur les pesticides, vient de commencer son chemin à l'Assemblée nationale. Pierre-Michel Périnaud, médecin généraliste et président de l'association Alerte des médecins, fait le point pour La Tribune sur ses effets sur la santé.Après quelques mois d'attente dans les couloirs du Parlement, la proposition de loi « visant à lever les contraintes à l'exercice du métier d'agriculteur », dite « Duplomb », votée par le Sénat le 27 janvier, vient de commencer son chemin à l'Assemblée nationale, où elle doit être examinée en séance publique à partir du 26 mai. Très attendue par les agriculteurs, elle vise à alléger la réglementation sur plusieurs « moyens de production » agricole, comme les pesticides.
Plusieurs instances de la société civile s'en inquiètent, et tentent de faire pression pour que ses principales dispositions voire le projet dans son ensemble soient abandonnés. Une « lettre ouverte à Mesdames et Messieurs les ministres de la Santé, de l'Agriculture, du Travail et de l'Environnement » vient notamment d'être adressée par des centaines de médecins et de scientifiques afin d'alerter sur ses risques. L'un des initiateurs du texte, Pierre-Michel Périnaud, explique à La Tribune pourquoi il le considère dangereux pour la santé. Médecin généraliste, il préside l'association Alerte des médecins sur les pesticides, créée il a plus d'une dizaine d'années .
La Tribune : Dans votre pétition, vous écrivez que « l'impact des pesticides sur le vivant n'est plus à démontrer ». Que sait la science de leur impact sur la santé humaine ?
Pierre-Michel Périnaud : - En France, la référence est une expertise collective publiée en 2021 par l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), qui a actualisé une précédente expertise de 2013. En 2013, l'Insern avait évalué, à partir d'études toxicologiques (menées sur les animaux ou les cultures cellulaires) et épidémiologiques (de grandes études sur l'homme), les liens entre les pesticides et la santé. Elle avait identifié une douzaine de pathologies pour lesquelles un lien avec les pesticides avait été prouvé chez les professionnels.
Pour certaines pathologies, le niveau de preuve était considéré comme « fort », c'est à dire reposant sur un nombre conséquent d'études. Il s'agit du Parkinson, du cancer de la prostate, du lymphome non hodgkinien et du myélome. Pour d'autres, comme certaines leucémies ou les troubles cognitifs, le niveau de preuve était considéré comme « moyen », ou « faible », comme pour les tumeurs cérébrales. Dans ces cas, soit les études n'étaient pas concluantes entre elles, soit elles étaient encore trop peu nombreuses.