COP24 : cinq recettes pour nourrir le monde sans détruire la planète

22 solutions permettraient de satisfaire la demande croissante de nourriture prévue d'ici 2050 tout en "stabilisant le climat, promouvant le développement économique et réduisant la pauvreté", estime une étude publiée ce mercredi par six organisations françaises et internationales. Le document regroupe ces mesures en cinq "recettes".
Giulietta Gamberini

6 mn

Le potentiel de ces solutions, et notamment leurs avantages sociaux, économiques comme environnementaux, est souvent sous-estimé, souligne le rapport.
Le potentiel de ces solutions, et notamment leurs avantages sociaux, économiques comme environnementaux, "est souvent sous-estimé", souligne le rapport. (Crédits : Reuters)

L'ampleur du défi a déjà été relevée à plusieurs reprises : pour répondre à la demande des 10 milliards de personnes qui habiteront la Terre en 2050 (contre 7 milliards en 2010), l'offre de nourriture devrait augmenter de plus de 50%, et celle d'aliments d'origine animale même de 70%. Or aujourd'hui, alors que la faim dans le monde est loin d'avoir été éradiquée, l'agriculture est à l'origine d'un quart des émissions à effet de serre mondiales. Aussi, elle est gravement menacée par le changement climatique, puisque la sécheresse, les inondations et la montée des eaux rétrécissent les terres arables.

Afin de parvenir à nourrir la planète tout en améliorant l'impact environnemental du secteur, trois fossés doivent notamment être comblés, explique un rapport écrit par le think tank américain World Resource Institute (WRI), en partenariat avec la Banque mondiale, le Programme des Nations unies pour l'environnement, le Programme des Nations unies pour le développement, le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) et l'Institut national de la recherche agronomique français (Inra), dont une version résumée a été publiée le 5 décembre (la version longue est attendue pour le printemps 2019).

Tout d'abord un écart "alimentaire" : celui entre la quantité de nourriture produite en 2010 et celle "probablement" nécessaire en 2050, puisque le WRI estime que la quantité de calories produites devra augmenter de 56%. Ensuite, la disproportion entre la surface des terres cultivées en 2010 et celles qu'il faudra en 2050 "si les rendements des cultures et des pâturages continuent de croître au rythme du passé", de 593 millions d'hectares - deux fois la taille de l'Inde. Enfin, la différence entre les émissions annuelles de gaz à effet de serre (GES) prévisibles pour l'agriculture si rien de change, de 15 gigatonnes de CO2 équivalent, et celles compatibles avec l'objectif de limiter le réchauffement climatique à 2°C, de 4 gigatonnes de CO2 équivalent.

"Pour maintenir le réchauffement en dessous d'une augmentation de 1,5°C, il faudrait atteindre cet objectif de 4 gigatonnes plus libérer des centaines de millions d'hectares pour le reboisement", ajoute le rapport.

Des régimes davantage végétariens parmi les 22 solutions

Si faire face à ces trois défis simultanément est loin d'être simple, un ensemble de 22 solutions permettrait néanmoins de satisfaire la demande croissante de nourriture tout en "stabilisant le climat, promouvant le développement économique et réduisant la pauvreté", affirment le WRI et ses partenaires. Afin d'atteindre les "progrès considérables" nécessaires, elles exigent chacune "l'action de millions d'agriculteurs, entreprises, consommateurs, et de tous les gouvernements". Mais le potentiel de ces solutions, et notamment leurs avantages sociaux, économiques comme environnementaux, "est souvent sous-estimé", souligne le rapport.

L'étude résume ces solutions en cinq "recettes". Elle préconise tout d'abord de favoriser un ralentissement du rythme de croissance de la demande de produits agricoles, notamment en réduisant le gaspillage alimentaire et en promouvant des régimes davantage végétariens, mais aussi en "évitant toute nouvelle expansion de la production de biocarburants" et "en améliorant l'accès des femmes à l'éducation et à la santé afin d'accélérer la réduction volontaire de la fertilité". La diminution de la consommation de viande devrait surtout concerner celle de bétail ruminant (bovins, ovins et caprins), souligne la rapport, puisqu'il monopolise deux tiers des terres agricoles et est responsable d'environ la moitié des émissions de gaz à effet de serre de l'agriculture.

"Pour combler les lacunes en matière d'atténuation des émissions de gaz à effet de serre et de terres disponibles, il faudrait que, d'ici 2050, 20% de la population mondiale qui serait potentiellement une grande consommatrice de viande de ruminants réduise sa consommation moyenne de 40% par rapport à 2010", écrit le WRI.

Or, aujourd'hui on prévoit plutôt une hausse mondiale de la demande de 88% entre 2010 et 2050.

Augmenter les rendements des cultures, un enjeu fondamental

Le rapport insiste ensuite sur la nécessité d'améliorer la productivité du système agro-alimentaire, afin d'augmenter la production de nourriture sans étendre la surface des terres agricoles.

"Cela signifie augmenter les rendements des cultures à des taux supérieurs aux taux (linéaires) historiques, et faire croître d'une manière spectaculaire la production de lait et de viande par hectare de pâturage, par animal - en particulier pour les bovins - et par kilogramme d'engrais".

Cet enjeu est fondamental :

"Si les niveaux actuels d'efficacité de la production devaient rester constants jusqu'en 2050, alors nourrir la planète impliquerait de défricher la plupart des forêts restantes dans le monde, d'éliminer des milliers d'autres espèces et d'émettre assez de gaz à effet de serre pour dépasser les objectifs de réchauffement de 1,5 degré Celcius et de 2 degré Celcius inscrits dans l'Accord de Paris - même si les émissions de toutes les autres activités humaines étaient entièrement éliminés", met en garde le rapport.

Afin de réduire les émissions de GES et la perte de biodiversité, "les gouvernements doivent explicitement associer les efforts visant à accroître les rendements des cultures et des pâturages à la protection juridique des forêts, des savanes et des tourbières", ajoute l'étude, qui englobe sous cet objectif commun un troisième ensemble d'actions. Pour maintenir la hausse de la température en dessous de 1,5 degrés Celsius il faudrait notamment des centaines de millions d'hectares de reforestation, souligne-t-elle.

Pour nourrir la planète sans la détruire, il faudrait encore augmenter les ressources halieutiques en améliorant la gestion de la pêche et de l'aquaculture, rappelle le WRI, mais surtout inciter voire imposer "à grande échelle" la mise en place des mesures permettant de réduire considérablement les émissions de gaz à effet de serre provenant de leurs principales sources agricoles actuelles, à savoir la fermentation entérique des ruminants, le fumier, les engrais azotés et l'utilisation d'énergie.

L'innovation au centre de la transition

Afin d'atteindre l'ensemble des objectifs mis en avant par le rapport, l'innovation joue un rôle important, souligne le WRI. Parmi les "opportunités", l'étude cite notamment des engrais améliorés qui réduisent le ruissellement d'azote, de nouvelles cultures aux émissions de gaz à effet de serre réduites, des sprays organiques qui conservent les aliments plus longtemps, des substituts végétaux des protéines animales...

Mais "les progrès à l'échelle requise nécessitent d'importantes augmentations du financement de la R&D, ainsi qu'une réglementation flexible qui encourage le secteur privé à développer et à commercialiser de nouvelles technologies", note-t-elle.

"Bien que le défi soit énorme, un avenir alimentaire durable est réalisable si les gouvernements, le secteur privé et la société civile agissent avec rapidité, créativité et conviction", conclut le rapport.

Giulietta Gamberini

6 mn

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Commentaires 35
à écrit le 06/12/2018 à 23:36
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Comment peut-on croire un instant à la mise en oeuvre des recettes gravement énoncées par le gratin de la recherche agronomique et autres têtes pensantes? Evidemment le scénario du pire est le plus probable. L'humanité et toutes les autres espèces an...

le 07/12/2018 à 6:46
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Oui, les Chinois l’ont compris.

à écrit le 06/12/2018 à 14:32
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Pourquoi 3 milliards d'individus en plus ? Si l'on doit manger moins de bovins, de caprins et d'ovins, on pourrait manger plus de porcins? lesquels sont presque omnivores. Même si ça déplait à certaines populations.

le 06/12/2018 à 20:54
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Omnivores mais pas sans le ver solitaire...au choix Le mieux c’est de cultiver son potager soi même pour soi...😉

à écrit le 06/12/2018 à 12:52
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la permaculture semi automatisé operation victory pour les nuls!

à écrit le 06/12/2018 à 9:28
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Utopie. Le problème se réglera par la guerre.

le 06/12/2018 à 12:01
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plus que probable. Famine et guerre comme au moyen age. l etre humain preferera piller le voisin que se serrer la ceinture. PS: il est loin d etre evident que les pays occidentaux s en sortent le mieux. en Theorie ils ont des techno plus evolues ...

le 06/12/2018 à 20:51
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C’est un monde violent et les humains sont les premiers prédateurs sur l’échelle des violences devant les animaux sauvages.( études dans Sciences et Vie)

à écrit le 06/12/2018 à 9:15
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....et rien sur le contrôle des naissances, alors allons-y affamons

le 06/12/2018 à 20:49
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C’est vrai , c’est un sujet tabou. Pourtant sécuriser , éduquer, protéger, aider et permettre à des «  populations le choix d’être des parents responsables, sains, aimants, sécurisant... sont des fondements indispensables «  pour procréer «  Après ...

à écrit le 06/12/2018 à 9:13
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....et rien sur le contrôle des naissances, alors allons-y affamons

à écrit le 05/12/2018 à 19:31
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On peut faire des protéines à partir d'hydrogène et solaire c'est très simple et compétitif : https://solarfoods.fi/

le 05/12/2018 à 20:11
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Trois pilules et 3 gouttes d’eau... affaire réglée... L’innovation serait des solutions dans le respect de la loi de chaque organisme vivant , l’innovation ce n’est pas «  le fruit parfait , la bonne couleur , l’odeur.... » L’innovation serait de cu...

le 05/12/2018 à 21:40
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Cultiver la terre comme nos encetres le faisaient .....mais avec le rendement de nos encetres !Quelle rigolade ....

le 06/12/2018 à 9:20
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On peut faire des protéines à partir de CO2, un peu d'eau et solaire c'est très simple et compétitif : cela s'appelle une plante..

le 06/12/2018 à 13:54
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"Cultiver comme nos ancêtres" serait une véritable avancée, même si vous n'êtes pas assez intelligent pour vous en rendre compte. Mais personne ne vous en veut : comme quelques autres, vous êtes sans doute déjà attaqué par les effets nuisibles et tox...

à écrit le 05/12/2018 à 18:58
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"les progrès à l'échelle requise nécessitent d'importantes augmentations du financement de la R&D, ainsi qu'une réglementation flexible qui encourage le secteur privé à développer et à commercialiser de nouvelles technologies"... et bien, en ce qui c...

à écrit le 05/12/2018 à 18:29
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Pourquoi faire des études jusqu’en 2050 alors que «  MAINTENANT «  des humains crèvent de faim(!) et de maladies (!) Stop aux solutions «  long terme » qui ne servent à rien! Stop «  de nous vider » les poches pour l’écologie , l’agriculture, alors q...

le 05/12/2018 à 19:37
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Il est au contraire impératif d'anticiper à moyen et long terme et les humains disposent de beaucoup de solutions. C'est justement qu'ils n'anticipent pas les bonnes méthodes qu'il y a des problèmes. La météo çà aide à prévoir, idem pour d'autres tec...

le 06/12/2018 à 20:44
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L’écologie c’est une cohérence et une harmonie entre tous les éléments et tous les vivants avec leurs «  paramètres d’origines » Innover pour devenir riche et anticiper n’est pas la bonne «  intention » quand nous regardons que rien ne change au nive...

à écrit le 05/12/2018 à 16:54
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Mes 5 recettes : Moins d'humains Moins de bovins Moins de porcins Moins d'ovins Moins de volailles

le 05/12/2018 à 20:46
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qui décide de fixer les limites ? vous ? et sur quels critères ? Réponse : la planète en a vu d'autres depuis qu'elle existe et se moque bien de ce que nous pouvons penser !!!

le 05/12/2018 à 23:37
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Vous avez raison, au moins sur le premier point... Mais c'est difficile d'avoir raison avec 20 ans d'avance!

le 05/12/2018 à 23:39
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Les Humains seraient doués de raison pourtant ils n'ont jamais été raisonnables. Ce n'est que contraints et forcés qu'ils agissent autrement que dans le sens de leur plaisir. En plus, ils sont insatiables et envieux donc veulent "toujours plus". Le...

à écrit le 05/12/2018 à 15:26
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Avant de parler de la nécessité d'augmenter de 50 % la production mondiale alimentaire, si on commençait par faire le nécessaire éviter qu'entre 30 et 50%" des 4 milliards de tonnes de nourriture produites annuellement dans le monde "n’atteigne jamai...

à écrit le 05/12/2018 à 15:24
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Marrant, cet article ne parle pas de l'épuisement des sols dû à l'agriculture industrielle intensive. La meilleure solution connue à ce jour, ne nécessitant pas d'investissement aléatoire en R&D : la permaculture et source d'emplois. Mais bon, il fau...

le 05/12/2018 à 16:44
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Tout a fait d'accord, le carbone doit retourner dans le sol et le problème se résoudra de lui même!

le 05/12/2018 à 19:00
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Vous êtes bon à la binette?

le 05/12/2018 à 21:46
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La permaculture ,Vous savez ce qu'est la permaculture!Sur Wikipedia il y a un excellent article là dessus !Les rendements de la permaculture sont à la fois minables et aléatoirestout l'oposé de ce qu'il faut pour demain ..

le 05/12/2018 à 23:44
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La permaculture peut être utilisée à petites échelles pour nourrir une famille... mais pour nourrir une ville comme Paris. A moins de revenir au début du 20ième siècle et remettre la moitié de la population au travail dans le seul but de se nourrir....

le 06/12/2018 à 13:52
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Bravo pour votre commentaire ! Vous venez de faire en quelques mots la preuve éclatante d'une totale ignorance, d'un obscurantisme moyenâgeux et d'un manque de courage sans nom. Contrairement à ce que vous tentez de faire croire à plus intelligent et...

à écrit le 05/12/2018 à 15:23
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Il est depuis plusieurs années largement démontré et prouvé, sur base d'études scientifiques fiables et indépendantes de l'agrochimie, consultables sur divers sites Internet non inféodés aux plus puissants groupes industriels de l'agroalimentaire et ...

à écrit le 05/12/2018 à 14:17
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Les humains sont à «  réinventer «  Pour «  réinventer «  un nouveau monde plus sain.( c’est un concept dénudé d’hypocrisie)

le 05/12/2018 à 20:50
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pour les "réinventer" il faut commercer par les faire disparaître avant qu'ils renaissent sous une autre forme .....la planète s'en chargera toute seule tôt ou tard !!

à écrit le 05/12/2018 à 8:36
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LEs solutions existent et sont nombreuses mais les intérêts des actionnaires milliardaires seraient fortement amputés si jamais un processus de sauvegarder de la planète et de l'humanité était amorcé. Du coup ben tandis qu'ils parlent beaucoup, t...

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