Aliments bio : la croissance de la demande entraîne celle de la production

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En un an, les consommateurs réguliers sont d'ailleurs passés de 10% à 15%.
En un an, les consommateurs réguliers sont d'ailleurs passés de 10% à 15%. (Crédits : REUTERS)
En 2016, le marché a encore augmenté de 20%, révèle l'Agence Bio. 5,7% du territoire agricole français produit ainsi désormais en bio. Mais le secteur continue de se percevoir comme fragile.

Dans le secteur sinistré de l'agriculture, c'est l'une des rares bonnes nouvelles. La demande de produits bio continue de croître, de manière apparemment inexorable. En 2016, le marché, qui avait déjà progressé de presque 15% en 2015, a encore augmenté de 20%, atteignant un chiffre d'affaires d'environ 7 milliards d'euros, a annoncé mardi 21 février l'Agence Bio, tout en soulignant que les données définitives ne seront disponibles qu'en mai. En 1999, les ventes d'aliments bio ne s'élevaient qu'à un milliard.

Des consommateurs motivés par leur santé et l'environnement

L'augmentation semble être le reflet d'un changement de fond dans les comportements des Français. Selon les résultats d'un sondage réalisé par l'Institut CSA pour l'Agence bio fin 2016, non seulement sept personnes sur dix affirment en effet consommer déjà des produits bio au moins une fois par mois, contre 50% il y a deux ans. Aussi, un tiers de la population compte augmenter sa consommation. En un an, les consommateurs réguliers sont d'ailleurs passés de 10% à 15%.

Comme les années précédents, les fruits et légumes, les produits laitiers et les œufs sont sans doute les produits les plus plébiscités. Mais "la viande enregistre aussi une très bonne progression", observe le directeur de l'Agence Bio Florent Guhl, qui ajoute :

"Pour un consommateur sur deux, l'entrée dans le bio induit un changement de comportement plus large, à savoir une consommation davantage orientée vers des produits de saison et frais et un plus grand engagement dans la lutte contre le gaspillage."

Si la santé et la protection de l'environnement sont les principaux moteurs de cette tendance, la qualité et le goût sont également des facteurs, souligne Florent Guhl, prenant notamment pour preuve la croissance de la consommation de vins bio. Le bien-être animal est également mentionné parmi les garanties que la production bio est censée apporter.

Les grandes cultures et les élevages bovins séduits

En conséquence, le secteur attire un nombre croissant de producteurs, qui s'engagent dans des processus de conversion. Le nombre d'opérateurs bio (transformateurs et distributeurs confondus) a augmenté de 11,5% entre 2015 et 2016, atteignant 47.185 - au net des personnes qui ont arrêté leur activité en 2016. Les surfaces bio, elles, ont crû de 16%, s'élevant désormais à 1,5 million d'hectares, dont un tiers en conversion. Aujourd'hui, 5,7% du territoire agricole français produit ainsi en bio, contre 4,9% en 2015.

"Les nouveaux engagements concernent d'ailleurs en particulier deux secteurs jusqu'à présent en retard : les grandes cultures et l'élevage bovin et la dynamique positive couvre l'ensemble de l'Hexagone", se réjouit par ailleurs Florent Guhl.

En matière de distribution, si les magasins spécialisés, qui ont vu leurs ventes augmenter de 25% en 2016, tirent sans doute le marché, les grandes surfaces alimentaires et la vente directe progressent également : un équilibre qui permet, selon l'Agence Bio, grâce au jeu de la concurrence, de préserver l'accessibilité des produits tout en garantissant la recherche d'un "prix juste". "La structuration de filière concerne aussi la grande distribution : la plupart des producteurs et distributeurs travaillent pour plusieurs réseaux", assure Florent Guhl. Et une forte demande de davantage de produits bio dans les commerces de proximité et en restauration hors domicile (y compris collective) ouvre d'ailleurs de nouvelles perspectives.

Les exportations rares

Mais malgré ces bons résultats, le secteur continue de se percevoir comme fragile. L'Agence Bio insiste notamment sur le besoin de soutiens. "Un bon exemple est celui du porc bio. Certes, le prix à l'achat payé aux éleveurs est de 300% supérieur à celui du porc traditionnel. Mais à court terme, sans aides publiques et financements privés fiables, les producteurs ne sont pas en mesure de faire face aux coûts supplémentaires que la conversion implique". Or, les agriculteurs attendent toujours des pouvoirs publics les versement des aides promises pour 2015, sur lesquelles ils n'ont obtenu encore que des avances. "Le Salon de l'agriculture sera donc l'occasion de signer un ensemble de conventions-cadres avec des investisseurs potentiels", promet le directeur de l'agence.

En dépit de ces contraintes, les producteurs français arrivent encore à répondre à la demande interne : en 2015, ils ont couvert 76% des ventes dans l'Hexagone, les 24% restants étant essentiellement constitués de produits impossibles à cultiver localement (bananes, cacao, café etc.). "Et en bio, les importations sont inférieures de 5 à 10% à celle des aliments conventionnels", explique le président de l'agence Didier Perréol. La demande interne absorbant l'ensemble de la production, les exportations restent en revanche pour le moment rares. Avec une exception notable : le vin, dont 46% de la production est d'ores et déjà consommée à l'étranger.

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Commentaires
a écrit le 22/02/2017 à 20:19 :
De 70 à 100 % plus cher, il est clair que le pouvoir de l'argent frappe encore. D'ailleurs, cela est-il toujours justifié..? Et avec la crise débutée en 2007, ils ont raison d'avoir peur.
Réponse de le 22/02/2017 à 21:13 :
De 70 à 100 % plus cher ? Vous vous droguez pour sortir des âneries pareilles ? Quand on cherche bien, on trouve des produits soit au même prix, soit que légèrement plus chers.

Allez, une petite aide sur internet : greenweez.com.

On y trouve les mêmes marques que dans des magasins bio !
a écrit le 22/02/2017 à 18:20 :
Le Bio doit devenir la norme en France et a l'exportation, une spécialisation française a l'export et avec des marge plus importante pour les producteurs !
a écrit le 22/02/2017 à 12:57 :
Le bio fait du bien au secteur agricole dans son ensemble, notamment en allant dans le sens dune meilleure prise en compte des consommateurs de la qualité des produits, et de la nécessité d'accepter de mettre fin à la spirale déflationniste des prix agricoles et de l'alimentation (le consommateur qui dépense moins de 14% des revenus des ménages pour se nourrir est le grand responsable). Mais il n'est pas La Solution, la panacée des problèmes des filières. il a, lui aussi, des problèmes qualitatifs, et de traçabilité, et implique un tel contrôle qu'il est plus risqué aujourd'hui en terme de santé, en terme de volatilité des productions et des prix que les productions traditionnelles. Cette dernière affirmation pourrait être débattue.. In fine, ces problèmes sont aujourd'hui du même ordre de grandeur que ceux de l'agriculture raisonnée. Il faut trouver le bon équilibre. il y a évidemment encore de la place pour ce secteur.
a écrit le 22/02/2017 à 9:16 :
Les aliments bio sont souvent trafiqués car ils ne proviennent pas des circuits courts et sont issus de fabrications industrielles peu controlées, la régulation est encore une fois défaillante dans cette filiere.
Réponse de le 22/02/2017 à 11:14 :
C'est sûr que si vous achetez du "bio" Made In China ou de marques distributeurs style Carouf ...
a écrit le 22/02/2017 à 9:15 :
Encore faudrait-il définir ce qu'est le "Bio". On sent poindre l'intérêt de la grande distribution, des filières agricoles de production intensive pour le "Bio". Ne nous leurrons pas, le Bio ne peut pas être une production de masse, pour satisfaire la demande, les contraintes de la production Bio ont été et seront de plus en plus allégées. Le "Bio", c'est un producteur, une terre, une transformation et une distribution locale.
a écrit le 22/02/2017 à 9:09 :
Il est évident que le secteur agricole a besoin du soutien de l'état et de l'europe pour changer leur modèle, maintenant nous voyons que le plus grand empoisonneur du monde, Monsanto, a été racheté par une multinationale non moins sale, BAYER, européenne et sachant que l'ue est d'abord guidée par les intérêts des actionnaires majoritaires on la voit mal aider à générer une alimentation saine.

Les agriculteurs ont prit en plusieurs décennies de très mauvaises habitudes dans lesquels se sont glissés nombres d'acteurs intermédiaire amplifiant d'autant ces mauvaises habitudes, je pense notamment à tout ces représentants en produits chimiques que l'on voit régulièrement sur nos routes de campagne du genre "biolait".

Travailler dans le bio est plus difficile que de faire de l'agro-industrie et pourtant cette dernière est largement subventionnée par l'état mais pas cette première. Les mauvaises habitudes ne sont donc pas à éliminer que pour les seuls agriculteurs, ce qu'il s'est passé et se passe en matière d'agro-industrie est tout simplement aberrant à tel point que si nous étions en démocratie une enquêtes pour actions contraires à la santé publique aurait du être diligenté, mais forcément elle ferait très mal car impliquant tellement des gens "importants".

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