Du chasseur-cueilleur à la ferme digitale : une histoire de l'agriculture
Laurent-David Samama
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Au commencement, il y a, comme souvent, un changement de paradigme. De 14 000 à 7 000 avant J.-C. se produit la première révolution agricole. De chasseurs-cueilleurs, les premiers hommes deviennent progressivement des agriculteurs-éleveurs. Cela paraît peu signifiant, mais il s'ensuit un bouleversement qui changera, à jamais, le destin de l'humanité. Au cours de ce processus long de plusieurs millénaires, les hommes du Néolithique vont se sédentariser peu à peu, se regrouper en de petites communautés au sein desquelles ils vont cultiver la terre et domestiquer des animaux. C'est ainsi que naît l'agriculture qui, plus loin encore que le simple fait, pourtant essentiel, de nourrir les hommes, va également leur permettre de socialiser, de croître et de progresser. Et l'on comprend alors, même si l'art n'en est qu'à ses balbutiements, combien l'agriculture fait système et comment elle constitue une norme qui organise la vie sociale. En d'autres termes, combien elle est, intensément et intrinsèquement, économique et politique ! Encore aujourd'hui on peine à comprendre comment l'homme invente précisément l'agriculture. Plusieurs thèses sont avancées, dont celle d'une soudaine montée des températures à l'échelle du globe, mettant fin à une longue période d'ère glaciaire. À la suite de la fonte des glaces auraient alors poussé des céréales sauvages qui sont découvertes par hasard avant que l'homme n'ait l'idée d'en récupérer les graines pour les semer. Dans un même réflexe, et d'une curieuse concordance, sur tous les continents, on s'empare de variétés locales (du maïs en Amérique, du sorgho en Afrique, du blé au Proche-Orient, du riz en Asie) pour n'en sélectionner que les meilleures tiges, les meilleurs grains et épis. Et voilà que la géographie et les paysages se transforment. Pour cultiver, l'homme du Néolithique a besoin d'espace. Mais à cette époque, la forêt est partout. Que faire ? Pour créer des champs, on abat des arbres, on brûle des forêts. « C'est la technique des abattis-brûlis, on abat à la machette, puis on brûle. Cela se pratique depuis le Néolithique et, encore aujourd'hui, c'est la première forme d'agriculture dans l'histoire, à côté des élevages pastoraux. Une forme qui continue d'exister. Mais le processus est long. Largement imparfait » précise Marcel Mazoyer, ingénieur et successeur de René Dumont à la tête de la chaire d'agriculture comparée de l'Institut national agronomique. C'est ainsi que l'Europe demeure, pour quelques siècles encore, un territoire vierge. Avant de céder lui aussi à cette révolution inédite dans l'histoire de l'humanité. Des fèves, des lentilles, des pois mais aussi des céréales telles que l'orge, le blé ou le millet sont mises à contribution, testées, plantées, replantées. Reste que pour l'heure les rendements sont faibles et l'on cultive d'abord pour soi, sans grande possibilité de stocker ni d'exporter le fruit des récoltes. Mais tout va changer au cours de l'Antiquité.
Laurent-David Samama