La moutarde de Dijon, bientôt un luxe ? Les agriculteurs ukrainiens ne pourront pas dépanner la Bourgogne
Amandine Ibled
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Avant même la guerre en Ukraine, les quatre producteurs de moutarde de la région - qui représente 90% du tonnage français - était déjà en situation de pénurie de 50% de leurs besoins en graines.
Se dirige-t-on vers une pénurie de moutarde ? En y regardant de plus près, l’offre dans les rayons des supermarchés a considérablement diminué… Fortement impactés par la sécheresse de l’été dernier au Canada et la faible récolte bourguignonne, les producteurs de moutarde envisageaient de se tourner vers l’Ukraine pour combler leur approvisionnement à l’automne prochain. Une solution alternative qui tombe à l’eau et pas de plan D à l’horizon…
En dehors de la Bourgogne, où la graine de moutarde brune (la Brassica Juncea est la seule autorisée dans la recette de la moutarde de Dijon) est semée l'hiver (car l'Association Moutarde de Bourgogne (AMB) et les organismes de recherche qui travaillent sur la diversité variétale ont lancé une variété d'hiver plus productive), partout ailleurs dans le monde, la graine de moutarde est une culture de printemps.
La récolte 2022 est en cours d'être semée au Canada. Cela aurait dû également être le cas en Ukraine. Habituellement, les agriculteurs ukrainiens sèment de la graine jaune (Sinapis alba) qui sert à alimenter le marché de l'Europe de l'Est. Une graine dont les industriels français n'ont pas besoin.
L'Ukraine ne pourra pas dépanner la Bourgogne
Mais, cette année les pratiques auraient pu changer. « Les agriculteurs ukrainiens, connaissant la pénurie de la graine brune chez nous, étaient prêts à en cultiver », confie Luc Vandermaesen, directeur général de Reine de Dijon (40 millions de chiffre d'affaires; 160 salariés). Autre avantage : le délai de transport avec l'Ukraine est plus court qu'avec le Canada. « Ce troisième fournisseur de graines nous aurait permis de faire le joint entre octobre et novembre 2022 et de continuer à livrer nos moutardes, en se basant sur ces graines de dépannage », souligne Luc Vandermaesen.
Autre impact quasi immédiat : l'absence de culture de graines jaunes sur le marché actuel entraîne un report des besoins de graines jaunes non satisfaits sur la récolte canadienne (qui fournit aussi cette variété). D'où une tension des prix sur les deux variétés de graines. « Non seulement, nous n'aurons pas assez de graines brunes, mais elles seront plus chères. C'est la double peine ! », constate Luc Vandermaesen.