DÉCRYPTAGE. Bordeaux, Cognac, Alsace : les vignobles tricolores sont confrontés à des crises profondes. Malgré des décisions inédites, notamment sur l'arrachage, les interprofessions viticoles sont pointées du doigt pour leur manque d'anticipation, et leur excès de confiance. Le champagne fait figure d’exception.« Ne laissons pas mourir la viticulture dans l'indifférence ! Dans nos vignes, dans nos fermes, nous crevons. Et tout le monde semble s'en accommoder. » Stéphane Gabard, le président du Syndicat des Bordeaux, atteste de la détresse profonde du vignoble bordelais. 18 000 hectares de vignes y ont été arrachés depuis 2023. Un mouvement d'une ampleur sans précédent, mais qui ne suffit pas : bien que la récolte 2024 soit la plus faible depuis dix ans, le potentiel de production reste encore au-dessus des volumes commercialisés, avertit le Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB).
Dans ce contexte, l'interprofession est devenue une cible prisée de la colère des vignerons. « La déconsommation de vin est structurelle, on ne reviendra jamais au monde d'avant. Le CIVB a trop tardé à voir cette situation en face et s'est contenté de campagnes de communication puisqu'il ne sait faire que ça », attaque Dominique Techer, viticulteur à Pomerol (Gironde) et porte-parole de la Confédération paysanne, tandis qu'un autre vigneron du Blayais juge que « le CIVB justifie son inutilité en expliquant que tout est compliqué ».
« Un plan d'arrachage unique en France »
Mais l'interprofession refuse de tenir le rôle du bouc émissaire : « On a réussi à monter avec l'État un plan d'arrachage unique en France en mobilisant toutes les réserves du CIVB depuis 1948. Alors, on l'a peut-être fait tard, mais on l'a fait avant tous les autres et avec des moyens décuplés ! », tance Fabien Bova, son directeur général. « Le CIVB est une vieille machine très conservatrice avec peu d'idées nouvelles. Ils ont mis du temps à réagir mais ils ont fait le job sur l'arrachage », juge de son côté Renaud Jean, viticulteur dans l'Entre-Deux-Mers et porte-parole du collectif de vignerons en colère Viti33.
Pierre Cheminade, Maxime Giraudeau et Olivier Mirguet