Le fret vélique offre aux marques une nouvelle vision durable et éthique de l'export. Vins, spiritueux, cosmétiques, café, chocolat, maroquinerie : des armateurs comme Grain de Sail, Towt ou Windcoop misent sur le transport décarboné de produits haut de gamme.À l'automne dernier, le voilier-cargo breton Grain de Sail II, qui transporte à la voile des marchandises à forte valeur ajoutée lors de boucles transatlantiques entre Saint-Malo et New York, a renoué avec l'imaginaire des compagnies maritimes du XVIIe siècle. À son bord, six fûts de rhum de 225 litres chacun, assemblé pour la marque Armateurs de Rhum de Saint-Malo et issu de terroirs des Antilles françaises et de la Réunion, ont voyagé durant 50 jours sur le pont du navire, bien secoués et largement soumis aux éléments.
Destinée à favoriser, par la navigation, le vieillissement dynamique des rhums et la libération des arômes, cette traversée expérimentale illustre, de manière originale, le type de cargaison chargée à bord des nouveaux voiliers de fret maritime. Leur promesse de contribuer à la décarbonation de la filière et de réduire de 70 à 90% de l'empreinte carbone sur l'ensemble d'un trajet, s'appuie sur le transport de marchandises haut de gamme ou de luxe.
Valrhona, Charles Heidsieck, Vrancken Pommery
À l'instar d'autres entreprises comme Towt, Neoline ou Windcoop, l'activité de fret vélique de Grain de Sail est spécifiquement orientée vers le chargement de produits pour le compte de chargeurs et d'une quinzaine de clients extérieurs : chocolat Valrhona, cosmétiques (Expanscience), vins et spiritueux des marques Charles Heidsieck, Vrancken Pommery, Lime Venture...
« Le transport maritime classique permet de charger tout et n'importe quoi autour de la planète. Transporter par voilier-cargo, c'est au contraire sélectionner ce que la France fait de mieux : des produits, comme le Bourgogne ou les sacs à mains, difficile à reproduire à l'identique ailleurs », juge Jacques Barreau, co-fondateur avec son frère Olivier de l'entreprise Grain de Sail. Torréfacteurs-chocolatiers à Morlaix, ils ont, au départ, développé une flotte pour acheminer leur propre cacao bio et du café vert d'Amérique centrale et du Sud. Aujourd'hui, leur PME de 70 personnes, rentable sur la partie agroalimentaire, pas encore sur la partie navigation (14 millions de chiffres d'affaires en 2024) est lancée dans un projet global de développement durable.