La Commission européenne a ouvert la voie, jeudi 29 avril, à une sortie des nouvelles techniques de modification du génome des plantes du cadre réglementaire des OGM, afin d'encourager l'essor de biotechnologies dans l'agro-alimentaire. Celles-ci permettent - sur le papier - de ne pas y insérer de gène étranger, comme c'est le cas pour les OGM « traditionnels ». Mais la question agite les scientifiques, les ONG et les agriculteurs, qui s'écharpent sur les risques possibles et les bénéfices réels de telles méthodes.Les techniques capables de modifier le génome d'une plante sans insérer intentionnellement de gène étranger relèvent-elles du cadre des organismes génétiquement modifiés (OGM) ? Non, répondait le ministre de l'Agriculture, Julien Denormandie, le 15 janvier dernier, suscitant l'inquiétude d'associations environnementales. Ce jeudi 29 avril, la Commission européenne semble lui emboîter le pas : « la législation actuelle sur les OGM n'est pas adaptée à cette technologie innovante [...] et doit être adaptée au progrès scientifique et technologique », écrit-elle dans un nouveau rapport.
De quoi déclencher la colère de certaines ONG : « Une réglementation plus souple pour les nouveaux OGM, comme le propose la Commission européenne, irait à l'encontre du principe de précaution », a immédiatement réagi Greenpeace France, qui avait mené deux actions le week-end dernier pour s'y opposer. La Confédération paysanne, de son côté, a fustigé l'« inaction quant à l'application de la législation OGM actuelle », et dénoncé « l'influence considérable des lobbys agro-industriels sur les résultats de cette étude ». Les scientifiques eux-mêmes s'écharpent sur le sujet, les uns vantant l'ampleur des bénéfices possibles, les autres alertant sur les nombreux risques cachés.
Modifier le génome grâce à des ciseaux génétiques
Mais de quoi parle-t-on exactement ? Dans son étude, la Commission s'intéresse aux NGT, des nouvelles techniques génomiques qui permettent d'intervenir sur une partie précise du matériel génétique d'un organisme. Elles renvoient notamment aux fameux « ciseaux génétiques », appelés CRISPR-CAS, inventés il y a près de dix ans par les Nobel Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna. Véritable outil révolutionnaire par leur simplicité de conception et leur faible coût unitaire, ils offrent la possibilité de couper les deux brins d'un ADN et de remplacer des séquences, ou de supprimer l'expression d'un gène, de manière à modifier certaines des caractéristiques d'un individu - hommes, animaux ou végétaux.