Pesticides : un risque de perturbateurs endocriniens dans l’eau, alerte l’UFC-Que Choisir

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Herbicides, fongicides ou insecticides : en France, près de 750 molécules de pesticides et leurs dérivés sont susceptibles d'être trouvées dans l'environnement.
Herbicides, fongicides ou insecticides : en France, près de 750 molécules de pesticides et leurs dérivés sont susceptibles d'être trouvées dans l'environnement. (Crédits : © Joe Skipper / Reuters)
Alors que plus d’un quart des analyses d’eau potable en France sont soupçonnées de contenir des perturbateurs endocriniens dus à certains pesticides, l’association demande l’interdiction de ces derniers, en vertu du principe de précaution. Une position « irrationnelle » et « alarmiste » en l’état des connaissances scientifiques, fait valoir le syndicat des entreprises de produits phyto-sanitaires.

Il y a moins d'un an, l'UFC-Que Choisir critiquait vivement Générations Futures, lui reprochant de « surjouer l'alerte » au sujet de la présence de pesticides dans nos robinets, « semant une belle panique » sur son passage, du fait d'un « combat militant » - pour le plus grand bonheur des vendeurs de bouteilles en plastique.

Depuis, de l'eau a coulé sous les ponts : c'est aujourd'hui l'Union des industries de la protection des plantes (UIPP) - syndicat représentant les entreprises productrices de pesticides -, qui s'étonne du « ton alarmiste » employé par l'UFC-Que Choisir en la matière.

En effet, ce mardi 21 avril, l'association de défense des droits des consommateurs a publié une étude pour le moins inquiétante - menée conjointement avec Générations Futures -, afin d'alerter les consommateurs sur les traces de produits phytosanitaires dans l'eau potable. Elle révèle que près de 450.000 Français, notamment en zone rurale, peuvent retrouver ces molécules « particulièrement nocives » dans leurs verres. Et même parmi les analyses considérées comme conformes à la réglementation, plus d'un quart (28%) sont soupçonnées de contenir des perturbateurs endocriniens.

« On ne dit pas qu'il est dangereux de boire au robinet. 98% des consommateurs ont accès à une eau respectant la totalité des critères sanitaires, et le chiffre est en hausse, comme on peut le voir dans notre carte interactive sur le sujet. Mais, alors que l'on progresse dans la baisse de la toxicité « traditionnelle » des pesticides, la réglementation n'a pas pris en compte cet autre type de problème, assez nouveau, que sont les perturbateurs endocriniens », s'inquiète Olivier Andrault, chargé de mission agriculture-alimentation à l'UFC-Que Choisir.

Quand, pour évaluer la toxicité d'un produit, la question de la dose est déterminante - ce qui permet de protéger le consommateur en-dessous d'un certain seuil -, ce n'est pas le cas pour les perturbateurs endocriniens. « Il suffit en fait de très peu de cette substance capable d'interférer avec notre système hormonal, pour potentiellement générer des conséquences sur l'organisme », explique Olivier Andrault.

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Des modalités d'action connues, des effets encore difficiles à appréhender

Mais les données scientifiques manquent sur le sujet, regrette le chargé de mission. Ce qui « empêche leur véritable prise en compte par les pouvoirs publics ». Les modalités d'action des perturbateurs endocriniens sont pourtant connues, et font l'objet d'un large consensus : en altérant les fonctions du système endocrinien, ils peuvent imiter l'action d'une hormone, la bloquer ou perturber sa production naturelle, par exemple - en se fixant sur des récepteurs dans notre corps. Mais les effets sur la santé sont encore difficiles à appréhender, allant de certains cancers à une augmentation du risque d'obésité, de troubles thyroïdiens ou de diabète, jusqu'à une altération possible de la capacité reproductive.

« Aujourd'hui, on ne peut pas faire d'arbitrage, tout simplement parce qu'on ne sait pas. Il est urgent de savoir si ces pesticides identifiés sont bel et bien des perturbateurs endocriniens, et ce que ça implique », avance Olivier Andrault.

Parmi ceux visés par l'étude, on peut retrouver l'atrazine, le terbuthylazine ou encore le métolachlore, des herbicides utilisés en défense des cultures. « De plus en plus d'éléments laissent à penser qu'ils pourraient être classés comme perturbateurs endocriniens », souligne-t-il. Alors, « sans méthodologie éclairée » en la matière, l'UFC-Que Choisir et Générations Futures demandent l'application du principe de précaution - c'est-à-dire leur interdiction pure et simple.

Stratégie européenne

Des propos « incompréhensibles », estime Eugénia Pommaret, la directrice de l'UIPP. « Ce n'est pas juste de dire qu'il n'y a pas d'encadrement scientifique. La problématique des perturbateurs endocriniens est transversale, et fait l'objet d'une stratégie spécifique. Ce n'est pas parce que cette étude dresse une liste de produits potentiellement perturbateurs endocriniens qu'il est avéré qu'ils le sont », souligne-t-elle.

Et la directrice l'assure : les pesticides subissent un contrôle plus strict encore que les autres produits chimiques suspectés d'agir sur nos hormones. « Tous les dix ans en moyenne, les produits phyto-pharmaceutiques doivent être réévalués. S'il s'avère qu'ils ont été classés comme perturbateur endocrinien, ils ne seront pas homologués à nouveau », explique-t-elle.

Mais comment savoir lesquels sont concernés ? Pour mieux les identifier, un règlement européen définissant ces substances pour les produits phyto-sanitaires et les biocides avait été adopté en 2017. Dans la foulée, l'Agence Nationale Sécurité Sanitaire Alimentaire Nationale (Anses) avait conduit une évaluation de l'époxiconazole, un fongicide, et confirmé son caractère perturbateur endocrinien. Depuis, la substance a été retirée du marché. Et l'Anses ne compte pas s'arrêter là : « Les États-membres dont la France évalueront les propriétés perturbatrices endocriniens d'environ 300 substances phyto-pharmaceutiques d'ici à 2025, dont des dizaines par l'Anses », assure-t-elle sur son site.

« On dispose d'un des systèmes les plus encadrés au monde en la matière. Le nier peut conduire à des comportements irrationnels des consommateurs, alors que des milliers de prélèvements sont réalisés chaque année pour évaluer l'eau potable », insiste la directrice de l'UIPP.

Distorsion des données selon les départements

Pourtant, en France, le manque de certaines données interrogent. Même si 750 molécules de pesticides et leurs dérivés sont susceptibles d'être trouvées dans l'environnement, seulement 206 en moyenne sont recherchées dans l'eau que l'on boit, pointent l'UFC que Choisir et Générations Futures. Et le chiffre recouvre d'immenses disparités locales, selon la méthodologie appliquée par les différentes Agences Régionales de Santé (ARS). « Alors qu'en région parisienne on recherche entre 400 et 500 molécules, dans l'Aisne, seulement douze sont étudiées, malgré la présence d'une agriculture intensive dans la zone ! », s'étonne Olivier Andrault.

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Une distorsion que le chargé de mission ne s'explique pas. « Dans près de vingt départements, le spectre des analyses est clairement insuffisant pour garantir aux consommateurs l'absence de pesticides au-delà des teneurs autorisées », considèrent les auteurs de l'étude. Pour y remédier, ils demandent au ministère de la santé d'intervenir, de manière à définir un nombre de molécules à étudier plus exigeant dans l'eau potable, en fonction du type de cultures environnantes.

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a écrit le 21/04/2021 à 18:57 :
Hâtons nous lentement !
a écrit le 21/04/2021 à 10:28 :
"fait valoir le syndicat des entreprises de produits phyto-sanitaires."

A savoir celui qui se fait du fric, loin d'être le seul, en nous refilant le cancer, on se demande bien pourquoi on demande aux empoisonneurs leur avis quand même hein. Il est dommage que nous n'entendions pas plus parler de ce méga procés de la mafia calabraise et surtout de la défense de ses centaines d'avocats, à mon avis nous retrouverions de nombreux points communs avec les déclarations des destructeurs de la vie sur terre. Même si nous avons dans les archives du procès de Nuremberg de quoi également nous informer sur leur morbide sémantique.

Et tant que nos politiciens ne s'attaqueront pas aux méthodes agroindustrielles dont les preuves accablante du massacre qu'ils ont occasionné à la planète et à l'humanité s'accumulent, ceux-ci n'auront aucune crédibilité. Mais bon c'est pas une nouveauté...
a écrit le 21/04/2021 à 9:11 :
Il faut se passer de ces molécules et les jardiniers du dimanche savent que c'est possible il existe dans la nature la majorité des éléments de régulation des espèces. PB, une monoculture sur 360° d'horizon et une terre morte. Autre exemple nous assistons à une invasion de pigeons et de choucas mais nous n'avons plus de rapaces.
a écrit le 21/04/2021 à 8:37 :
Si vous regardez la signification du mot "pesticide" , vous avez deux suffixes :
"cide" qui vient du latin "cida" ("tuer") et "pestis" (maladie, pestes,...) .
Tout est dit.
Les pesticides sont conçus pour tuer le vivant et les premières victimes sont … les agriculteurs puis les riverains , les consommateurs mais également les contribuables puisque nous payons de plus en plus pour dépolluer l'eau mais également pour soigner les individus malades des suites de facteurs environnementaux comme on dit poliment.
Il suffit de voir se qui se passe dans aux Antilles avec le scandale du chlordécone...
a écrit le 20/04/2021 à 21:31 :
Nous ne sommes qu'au début des révélations, les problèmes ont par contre débuté depuis ( en gros) le développement industriel de la chimie. C'est enfoncer une porte ouverte de dire que toute molécule synthétique pose un risque pour l'environnement, le vivant. Il faut en être conscient en sachant que nous ne pourrons pas tout éviter parce que nous ne fermerons pas demain toutes les usines productrices de chimie.
a écrit le 20/04/2021 à 20:40 :
Le mal est déjà fait, mais ce ne veut pas dire que qu'on ne doit pas essayer de corriger le tir.

Du fait de la contamination des eaux de consommation, par les hormones notamment, la densité de spermatozoîdes chez les humains à chuté de moitié en 40 ans. Le quart des couples dans les pays occidentaux rencontre des difficultés à procréer et doit avoir recours à la médecine.

Vu que notre espèce est à la fois nuisible est proliférante, ça ne peut que faire du bien à la biosphère.

On a transformé la planète en porcherie, bien fait pour nous.
Réponse de le 21/04/2021 à 9:32 :
vous revez. La population humaine s accroit rapidement. Dans les annees 70 il y avait 4 millards d humains. on est pres de 8 millards et c est pas fini !

Un seul spermatozoide suffit a faire un bebe et l homme en produit des millions. donc meme une baisse de 90 % ne serait pas dramatique. Les probleme de fertilité viennent surtout du fait que les gens ne font plus des enfants quand ils ont l age optimum biologiquement parlant (autour de 20 ans). Vu les conditions economiques, le cout des enfants (on est plus a debut du XX sciecle ou a 14 ans un enfant commencait a travailler), le carrieres feminines, les gens font des enfants de plus en plus tard. Et oui, une femme a plus de mal a avoir un enfant a 35 ans qu a 20 !

PS: regardez la chute de la natalité grace a corona. Les jeunes payant le prix fort pour proteger la vie des retraités, ca se traduit par une chute des bebes 9 mois plus tard

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