ENTRETIEN. Alors que le Nutri-Score, ce système d'étiquetage définissant la valeur nutritionnelle d'un produit alimentaire, n'est, pour l'instant, appliqué que partiellement depuis 2016, plus d'un millier de scientifiques et professionnels de santé appellent à le rendre obligatoire en France. Pour La Tribune, Serge Hercberg, son concepteur et professeur de nutrition à l'université Sorbonne Paris Nord, justifie la nécessité d'une telle décision qui se joue également à l'échelle européenne.LA TRIBUNE - Un collectif de 1.142 scientifiques et professionnels de santé, dont vous faites partie, vient d'appeler publiquement le Premier ministre à rendre le Nutri-Score obligatoire en France, alors que depuis 2016 il n'y est appliqué que de manière facultative. Pourquoi une telle proposition juste au moment où le Parlement et le gouvernement réfléchissent à l'instauration de mesures pour taxer le sucre et l'alcool ?
SERGE HERCBERG - Parce que notre proposition va justement dans le même sens : elle vise à combattre les maladies chroniques dues à une alimentation non équilibrée, dont le coût social et économique est gigantesque. Il s'agirait d'une mesure synergique à la taxation du sucre dans les produits transformés, et à l'augmentation de la taxe sur les sodas, qui existe déjà depuis 2012.
La simple instauration de ces taxes vous semble-t-elle insuffisante?
Là où de telles taxes ont été instaurées, diverses études ont déjà prouvé leur impact positif tant sur le comportement des consommateurs que sur l'amélioration des produits par l'industrie agroalimentaire. Si elles sont suffisamment fortes pour être dissuasives, elles permettent d'éviter une consommation excessive des produits visés, et elles incitent les industriels à revoir leurs recettes. Mais pour qu'elles soient véritablement efficaces, il faut qu'elles s'accompagnent d'autres mesures complémentaires.
Elles ont déjà été proposées par le Haut Conseil de la Santé Publique dès 2019, et il faut aujourd'hui les rappeler au débat public : un Nutri-Score obligatoire, justement, ainsi qu'une interdiction de la publicité des produits mal classés et l'extension de la taxe aux produits trop sucrés et/ou trop gras et/ou trop salés. Et le Haut Conseil proposait d'utiliser les recettes de ces taxes pour subventionner et rendre plus accessibles les produits bien classés.