Pêche: l'UE réduit les quotas dans les eaux européennes
latribune.fr
Pour soutenir la filière, les Etats ont renforcé un mécanisme de compensation en allouant des jours supplémentaires de pêche aux chalutiers qui optent pour des engins plus sélectifs des espèces capturées.
Les États européens ont voté la réduction de 66% des quotas de pêche dans les eaux espagnoles et françaises et de 38% dans les eaux françaises et italiennes, avec des mesures compensatoires et des dérogations.
Satisfaction générale, ou presque, sur les nouvelles règles de pêche en Europe. Dans la nuit de mardi à mercredi, les États européens ont approuvé à l'unanimité les quotas de pêche autorisés en 2025.
« Tout le monde, Commission comprise, a dû faire des efforts », affirme un diplomate européen. En Méditerranée occidentale, les ministres ont convenu de réduire globalement les « efforts de pêche » (mesure de l'activité de pêche selon les navires et leurs caractéristiques) des chalutiers de 66% dans les eaux espagnoles et françaises (Golfe du Lion) et de 38% dans les eaux françaises et italiennes (Corse).
En échange, pour soutenir la filière, les États ont renforcé un mécanisme de compensation en allouant des jours supplémentaires de pêche aux chalutiers qui optent pour des engins plus sélectifs des espèces capturées. Les réductions demandées varient selon les États et les mesures déjà prises.
Le gouvernement français satisfait
Au nom du soutien aux pêcheurs, la France, l'Italie et l'Espagne contestaient la réduction drastique de la pêche en Méditerranée réclamée par la Commission européenne. Mais pour le ministre français démissionnaire chargé de la pêche, Fabrice Loher, l'accord trouvé est un « bon accord, gagnant-gagnant pour permettre de préserver la ressource et donner un avenir à nos pêcheries ». À ses yeux, la France est « récompensée des efforts » déjà consentis pour baisser le nombre de navires depuis 2022, tandis que la pression s'annonce plus forte pour l'Espagne et l'Italie.
Alors que le gouvernement a été renversé la semaine dernière, jeudi, le président du Comité Régional des Pêches des Pays de la Loire, José Jouneau, avait dit craindre que les pêcheurs français ne soient contraints d'« affronter une tempête sans capitaine à la barre », dans un communiqué de presse publié au lendemain de la censure du gouvernement.
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Pêcheurs et ONG divisés
Chez les professionnels français, le Comité national des pêches maritimes et des élevages marins (CNPMEM) s'est dit « soulagé » après « des décisions bien moins catastrophiques que les prévisions annoncées ces derniers jours ». En Atlantique, le résultat est « mitigé » pour les pêcheurs français dans le Golfe de Gascogne, nuance ce comité, avec une baisse du quota de langoustines de 25%. La négociation a été difficile, mais « nous avons trouvé un compromis constructif », a fait valoir le ministre hongrois István Nagy, dont le pays occupe jusqu'à la fin de l'année la présidence tournante du Conseil de l'Union européenne.
Chez les ONG environnementales, Oceana a salué un « pas dans la bonne direction » en Méditerranée. L'association s'inquiète toutefois des « incertitudes (qui) entourent » le nouveau mécanisme de compensation accordant des jours de pêche supplémentaires sous conditions. Plus alarmiste, l'association environnementale Seas At Risk a reproché aux ministres d'avoir « échoué à mettre fin à la surpêche, en ignorant les avis scientifiques ».
Le Marine Stewardship Council (MSC), organisme délivrant un label de pêche durable, a appelé jeudi les pays pêchant dans l'Atlantique Nord-Est à s'accorder d'urgence sur des quotas « face à l'effondrement » des stocks de hareng et de maquereau. « Cet appel fait suite à de nouvelles données scientifiques (...) qui révèlent une tendance inquiétante à la baisse des stocks de hareng atlanto-scandien et de maquereau, deux des stocks de poissons les plus emblématiques et les plus importants d'Europe sur le plan économique », souligne le MSC dans un communiqué de presse.
Selon les derniers avis du Conseil International pour l'Exploration de la Mer (CIEM), un organe scientifique chargé de conseiller les gouvernements, les stocks de maquereau, de merlan bleu et de hareng sont surpêchés, parfois depuis plusieurs années. Le stock de hareng de l'Atlantique Nord-Est et de l'océan Arctique a été divisé par deux en une quinzaine d'années et « se situe désormais sous le seuil critique de durabilité, c'est-à-dire le point à partir duquel la santé à long terme du stock est menacée », pointe le MSC.