Quick commerce, nouveaux produits alimentaires : 2021, année faste pour la FoodTech en Europe

9,5 milliards d'euros ont été levés en 2021 par les startups qui innovent dans le domaine alimentaire, trois fois plus que l'année précédente. Le nombre de licornes a doublé : elles sont 13 désormais.
Giulietta Gamberini

5 mn

La croissance a été essentiellement portée par un segment émergent: les startups de livraison de courses
La croissance a été essentiellement portée par un segment émergent: les startups de livraison de courses (Crédits : Reuters)

Un tel niveau de croissance n'avait encore jamais été atteint. En 2021, les investissements dans la FoodTech européenne ont été multipliés par trois par rapport à 2020, en s'élevant à 9,5 milliards d'euros. Cela fait grimper la part du Vieux Continent dans l'écosystème mondial des startups innovantes du domaine alimentaire de 12% en 2021 au niveau record de 20% en 2022, relève le cabinet d'analyse stratégique DigitalFoodLab dans la cinquième édition de son rapport annuel sur le sujet.

Cette croissance est le résultat d'une augmentation des montants investis. Entre 2020 -année de stagnation- et 2021, le nombre de levées de plus de 1 million d'euros a crû de 59%, et l'investissement médian a doublé, en atteignant 1,8 million d'euros, note le cabinet, tout en soulignant que l'augmentation des investissements "n'est pas faite que par des 'levées géantes' mais aussi par de très nombreuses 'levées moyennes'".

Le nombre de startups actives continue de croître à un taux quasiment constant, de 8%, depuis 2017. Mais 2021 a vu plus que doubler le nombre de licornes, qui sont désormais 13.

2,9 milliards au quick commerce

Cette année faste a été essentiellement portée par un segment émergent : les startups de livraison de courses qui, avec les plus anciennes startups de livraisons de repas, constituent "l'élément central de l'écosystème FoodTech européen", en concentrant 60% des investissements.

Une grande partie de l'argent levé a été notamment accaparée par une poignée de nouveaux leaders du "quick commerce", spécialisés dans la livraison ultra-rapide de produits d'épicerie grâce à l'exploitation d'une myriade de petits entrepôts urbains. Alors que ce modèle était encore quasiment inexistant il y a à peine deux ans, en 2021 ils ont réussi à lever "exactement la même somme (2,9 milliards d'euros) que l'ensemble de l'écosystème FoodTech en 2020", note DigitalFoodLab.

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Un exemple significatif est celui de Gorillas, société de quick commerce fondée en Allemagne en 2020. Active dans plusieurs pays, elle a déjà levé 1,2 milliard d'euros et vient de racheter le livreur de repas français Frichti.

1,6 milliard d'euros a néanmoins aussi profité à une autre catégorie en croissance de la livraison : les "nouveaux distributeurs", des startups qui développent des plateformes d'e-commerce des courses pour livrer des produits de magasins ou même de la ferme. 1,4 milliard a enfin été empoché par des entreprises initialement orientées vers la livraison de restaurants, qui s'orientent toutefois elle aussi de plus en plus dans la livraison de courses.

 Des leaders potentiels dans tous les domaines

Mais toutes les composantes de la FoodTech européenne sont en plein essor, selon DigitalFoodLab, qui constate une différence "frappante" par rapport aux années précédentes : "la quasi-absence de tendances où l'écosystème européen de la FoodTech est à la traîne".

Tous les domaines (de l'agriculture du futur aux applis aidant les consommateurs à mieux manger, en passant par les nouveaux produits alimentaires, les services à la restauration, les innovations de la supply chain) comptent même des startups européennes susceptible de devenir en quelques années des leaders, parie le cabinet. Dix à vingt entreprises ont "le potentiel de devenir des licornes dans les 24 prochains mois".

"Toutes les pièces sont maintenant en place pour le développement d'un écosystème de classe mondiale", conclut DigitalFoodLab.

Un segment émerge toutefois particulièrement : "le secteur autour des nouveaux produits alimentaires (des disruptions sur les alternatives aux protéines aux innovations produit des marques 'direct to consumer') (qui) est peut être aujourd'hui celui avec le plus de potentiel de croissance en Europe".

Alors qu'"avant 2020 les investissements étaient concentrés en amont (autour de l'agriculture) et en aval (distribution), désormais, on assiste à une croissance soutenue des montants investis sur la transformation", analyse le cabinet.

Dans cette catégorie, qui "permet à la fois de se lancer rapidement sur le marché avec peu de moyens et aussi de viser les révolutions de long terme", tant le nombre de startups et les montants des investissements augmentent.

La France, un écosystème particulier

Quant aux zones géographiques, en revanche, le paysage est de plus en plus concentré. En 2021, plus de 50% des investissements ont bénéficié à des startups situées dans cinq pays ou régions : l'Allemagne, le Royaume-Uni, la France, les Pays-Bas et les pays nordiques (Danemark, Finlande, Norvège, Suède).

Pionniers de la FoodTech européenne, ils continuent de profiter de l'avantage venant de la maturité de leurs startups, qui attirent les investissements les plus importants. En dehors de ces principaux hubs, d'autres écosystèmes locaux peinent à émerger.

Dans ce contexte, la France se distingue des autres écosystèmes. Malgré les belles levées de Cajoo (40 millions) et la Belle Vie (25 millions), et bien que Paris soit l'un des marchés cibles pour les startups de l'e-commerce, la FoodTech française n'est pas portée par la livraison.

Les investissements les plus forts concernent les services à la restauration, et notamment la digitalisation du paiement, avec l'émergence de startups telles que Swile et Sunday qui frôlent la FinTech.

L'agriculture occupe aussi une place importante, en particulier avec le développement de startups produisant des insectes destinés à l'alimentation animale. Dans ce domaine, la France compte trois leaders : InnovaFeed, Ynsect et Micronutris, qui en 2021 a réalisé la plus grosse levée de fonds (100 millions d'euros) en dehors de la livraison.

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