Espionnage industriel chez Renault : la piste chinoise privilégiée

Le constructeur automobile français va porter plainte et pourrait licencier les trois cadres soupçonnés dans l'affaire d'espionnage, peut-être auprès d'un bénéficiaire chinois. Une hypothèse également étudiée par les services secrets français, selon Le Figaro.
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Dans l'affaire d'espionnage révélée ces derniers jours, "Renault soupçonne un acteur chinois, selon plusieurs sources internes", selon Le Figaro de ce vendredi.  "Les services secrets français, qui prennent cette affaire au sérieux, ont démarré une enquête qui privilégie également la piste chinoise, selon nos informations", poursuit-il.

Les soupçons d'espionnage industriel ayant conduit à la mise à pied de trois cadres de Renault sont qualifiés de "graves" par la direction du constructeur. De son côté, le ministre de l'Industrie a jugé cette affaire comme étant "sérieuse" après avoir évoqué une "guerre économique". Eric Besson entend renforcer la sécurité du secret industriel. Il souhaite notamment "que l'Etat renforce les obligations pour les entreprises bénéficiant d'argent public".

Trois hauts cadres du constructeur automobile, dont un membre du comité de direction, ont été mis à pied lundi à titre conservatoire. Ces derniers sont menacés de licenciement et le constructeur, qui reste muet sur la nature exacte des faits, a indiqué jeudi qu'il comptait porter plainte dans cette affaire.

"Sur un plan juridique, nous sommes en train d'étudier toutes les options qui conduiront inévitablement à un dépôt de plainte", a déclaré Christian Husson, directeur juridique du constructeur, dans une déclaration transmise par e-mail. Renault n'a pas précisé s'il pourrait s'agir d'une plainte contre les trois personnes visées, d'une plainte contre X ou d'une plainte contre une société tierce, indiquant que la décision n'avait pas encore été prise.

Les trois personnes mises à pied auraient toutes des liens avec le programme véhicules électrique, une technologie sur laquelle Renault mise beaucoup. D'ailleurs, il a décidé d'investir quatre milliards d'euros avec son partenaire Nissan dans ce secteur. "Cela paraît probable tel que je le comprends, puisque c'était au technocentre de Guyancourt", a déclaré le ministre de l'Industrie, Eric Besson, à des journalistes en marge du colloque Nouveau Monde, nouveau capitalisme au ministère de l'Economie.

Sur le véhicule électrique, les  constructeurs chinois talonnent Renault-Nissan, avec 1,36 milliard investi dans la batterie électrique, selon le cabinet Roland Berger. La Chine a lancé un ambitieux programme de développement des véhicules électriques regroupant 16 constructeurs publics. Elle prévoit d'investir environ 15 milliards de dollars en dix ans sur les véhicules verts, rappelle le Figaro.

Ce dernier a ajouté que la direction générale de Renault, avec laquelle il s'était entretenu, s'était montrée préoccupée. "Les faits qu'ils ont cités, s'ils sont avérés, sont des faits sérieux, sont des faits graves", a-t-il dit. "C'est toute la question de la protection de notre secret industriel, de notre innovation qu'il faut renforcer", a-t-il ajouté en précisant que les conventions passées entre l'Etat et les entreprises qui demandent des aides à l'innovation devront comprendre des engagements de protection des secrets.

"Actifs stratégiques"

"Il est probable que nous aurons d'autres mesures à prendre, je vais y travailler dans les jours qui viennent", a-t-il dit. "J'ai l'intention de faire de ce dossier un dossier majeur."

Christian Husson, directeur juridique de Renault, a expliqué de son côté que la mise à pied visait à protéger les actifs stratégiques de l'entreprise. "Cette enquête, qui a duré plusieurs mois, nous a permis d'identifier un faisceau d'éléments convergents attestant que les agissements de ces trois collaborateurs (...) mettaient en risque consciemment et délibérément des actifs de l'entreprise", a-t-il dit dans une première déclaration transmise jeudi par e-mail.

"Pour Renault, il s'agit de faits très graves concernant des personnes en position particulièrement stratégique dans l'entreprise. Ils justifient une décision conservatoire de cette nature dont l'objet premier est de protéger, sans attendre, les actifs stratégiques, intellectuels et technologiques de notre entreprise", ajoute-t-il.

Une source proche de Renault a estimé de son côté que les personnes mises en cause pourraient être licenciées d'ici la semaine prochaine. "L'enquête interne continue, mais la décision devrait être prise dans les jours à venir", a-t-elle déclaré. "Dans neuf cas sur dix, une mise à pied à titre conservatoire est suivie d'un licenciement."

"Une mise à pied conservatoire ne dure jamais très longtemps", a indiqué une autre source proche du groupe. "Je pense que malheureusement dans les jours à venir, la semaine prochaine, il risque d'y avoir effectivement des sanctions qui tombent, si tant est qu'il y a des sanctions."

Dans sa déclaration, le directeur juridique de Renault a simplement indiqué que la procédure avançait, sans autre commentaire.

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