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Entreprises & FinanceAutomobile

Fiat en crise retarde la sortie de tous ses nouveaux modèles

Alain-Gabriel Verdevoye

Publié le 02 octobre 2012 à 13:09 - Mis à jour le 02 octobre 2012 à 13:15

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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La Fiat Punto ne sera pas remplacée avant 2015, avec deux ans de retard au moins. Même chose pour l'Alfa Romeo Giulia. Le constructeur laisse planer le doute sur des fermetures d'usines en Italie.

Etrange Sergio Marchionne. Le célèbre patron de Fiat adore manier le paradoxe. Connu pour ses foucades provocatrices, il a ainsi affirmé au Mondial de l'automobile: «on doit investir au bon moment. La crise européenne ne peut être ignorée. Nous avons constaté chez les concurrents que, lorsqu'ils mettaient sur le marché des nouveaux modèles, ils ne les vendaient pas plus cher que ceux qu'ils remplacent». Conclusion: il ne sert à rien de lancer des  modèles inédits en période de crise... Résultat: tous les nouveaux modèles du groupe sont reportés ou annulés depuis 2008. Seulement, voilà, le consortium turinois économise peut-être des sous, mais il creuse inexorablement son retard sur la concurrence! Un cercle vicieux et... dangereux.

Fiat Punto remplacée en 2015?

La Fiat Punto, un des «Best Sellers» traditionnels du turinois sorti en 2005, devait être remplacée en 2013, juste après ses rivales Renault Clio IV ou Peugeot 208. Mais las. Faute de partenaire pour partager les coûts, Sergio Marchionne a reporté le projet. Pas de successeur, désormais, à l'horizon avant...2015! Dur, alors que la Punto actuelle est de plus en plus dépassée par ses concurrentes plus jeunes. Même chose pour le petit 4x4 Fiat prévu pour être co-produit à Mirafiori (banlieue de Turin) avec Jeep. Il aurait dû sortir l'an prochain. Or, il arrivera en 2014 au plus tôt. Quant à la grande berline Alfa Romeo Giulia, qui aurait dû marquer le cinquantième anniversaire de la fameuse Giulia de 1962 tout en annonçant le retour de la marque aux Etats-Unis, elle est reportée de 2012... à 2014. Et encore! L'Alfa Giulietta compacte comme la petite Lancia Ypsilon actuellement sur le marché sont déjà sorties avec au moins une bonne année de retard.

Ventes en chute libre

Aïe. Ce n'est pas ça qui va relancer les ventes du groupe en chute libre. Ses immatriculations dans l'Union européenne ont fléchi de 17% sur huit mois. Avec une part de marché de 6,6% à peine (9,5% il y a dix ans). Il est vrai que l'écroulement du marché italien n'arrange rien. Celui-ci a encore chuté de 25,7% le mois dernier. Il s'agit «du plus mauvais résultat pour un mois de septembre depuis 1984» en Italie, assure Fiat, qui détient 30,3% de son marché intérieur. Sur neuf mois, le marché transalpin recule de 20,5%. Mais les marchés n'expliquent pas tout. La dégringolade de Fiat tient aussi à ce trop lent renouvellement des modèles et à un manque flagrant de nouveautés, face au feu d'artifice du groupe Volkswagen ou du coréen Hyundai-Kia, mais aussi des marques françaises, de Ford, de Toyota...

Faiblesse d'Alfa Romeo et  Lancia

Les marques spécialisées du groupe turinois ne se portent pas mieux que la marque Fiat elle-même. Voire pire. Car Fiat profite au moins de certains marchés extra-européens comme le Brésil où il est le numéro un. Alfa Romeo, la marque sportive du piémontais à l'histoire glorieuse, n'a écoulé que 130.000 unités dans le monde l'an dernier, contre 220.000 à la fin des années 80 juste après sa reprise par Fiat! Pas terrible, soit trois fois moins que Volvo, dix fois moins que BMW. Lancia, l'ancien label raffiné du groupe, vivote à 110.000 unités annuelles seulement.

Engagements vagues

Cette chute des ventes combinée au rythme de nouveautés trop pauvre, dont elle est en partie le corollaire, pose le problème de l'avenir des sites italiens du groupe, qui tournent en moyenne à la moitié environ de leurs capacités. La fameuse 500, elle, est produite à Tychy, en Pologne. Et le tout dernier minispace 500L sort du site serbe de Kragujevac. Les dirigeants de Fiat se sont certes engagés, le 22 septembre dernier, à "sauvegarder la présence industrielle du groupe en Italie", à l'issue d'une réunion à Rome avec le chef du gouvernement Mario Monti. Mais, en fait, Fiat a juste confirmé «investir en Italie, au moment opportun, dans le développement de nouveaux produits pour profiter pleinement de la reprise du marché européen». Une formule vague, alors que l'administrateur délégué du groupe estime lui-même que la crise va durer.

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Abandon de "Fabbrica Italia"

Segio Marchionne avait créé la consternation fin juillet en suggérant que les activités de Fiat en Italie, où le groupe est le premier employeur privé, pourraient être restructurées. Devant des analystes, l'administrateur délégué avait évoqué "la fermetures d'usines" en Europe, avec des décisions qui devraient  "être examinées après le troisième trimestre, quand nous aurons une meilleure visibilité de l'évolution du marché européen". Le constructeur avait ensuite annoncé, le 13 septembre, l'abandon de son plan «Fabbrica Italia» (l'usine Italie). Présenté en avril 2010, ce plan prévoyait initialement 20 milliards d'euros d'investissements et la production de 1,4 million de véhicules en Italie à l'horizon 2014. Mais, on n'en est plus là.

Recherche d'alliances

Chantage? Peut-être. Sergio Marchionne est en effet passé maître dans l'art des petites phrases sibyllines et menaçantes, pour exiger de meilleures conditions de compétitivité en Italie. Un prélable il est vrai indispensable. Sergio Marchionne cherche notamment des alliances, en particulier avec les japonais Suzuki et Mazda, avec qui il est déjà lié, pour partager les coûts. Il serait prêt ainsi à proposer à ces constructeurs une production conjointe dans la péninsule, qui contribuerait à sauver le "made in Italy". Mais, pour cela, il faut que fabriquer en Italie soit compétitif. Logique.

Profits tirés de Chrysler

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Si Fiat va plutôt mal, Chrysler se porte en revanche comme un charme et Sergio Marchionne n'arrête pas de donner la firme du Michigan en exemple. Fiat détient aujourd'hui 58,5% du capital de Chrysler. Le constructeur italien avait signé en 2009 un accord avec l'administration américaine lui permettant de prendre le contrôle opérationnel de Chrysler en pleine crise, passé sous la protection de la loi américaine sur les faillites (Chapitre XI) qui lui a permis de sabrer dans les usines et les emplois... sous le regard bienveillant de Washington. A la faveur de la reprise américaine, Chrysler cartonne aujourd'hui... outre-Atlantique où il fait la quasi-totalité de ses ventes. Et c'est lui qui génère les profits du constructeur. Le bénéfice net du consortium atteignait les 737 millions d'euros  au premier semestre 2012 avec le groupe américain... Mais, sans Chrysler, Fiat affichait une perte de 519 millions. Fiat dispose d'une option l'autorisant à racheter les 40% restants de la firme d'Auburn Hills d'ici au 30 juin 2016. Le constructeur transalpin a d'ailleurs annoncé mercredi dernier qu'il avait saisi la justice américaine pour trancher un litige l'opposant au syndicat américain UAW sur le prix des 3,3% du capital de Chrysler que Fiat souhaite lui racheter.

Alain-Gabriel Verdevoye

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