Carlos Ghosn est-il meilleur patron de Nissan que de Renault ?

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Carlos Ghosn est le patron opérationnel de Nissan depuis quatorze ans
Carlos Ghosn est le patron opérationnel de Nissan depuis quatorze ans
Depuis le mariage entre Renault et Nissan en 1999, le français a accru d'à peine 15% ses volumes de ventes, alors que le japonais les a doublés. Renault a perdu 10.000 emplois dans le même temps. Nissan les a augmentés de 80%. Un différentiel croissant.

Carlos Ghosn est-il un meilleur patron chez Nissan que chez Renault ? Cette question brutale mérité d'être posée, alors même que l'écart se creuse entre la firme japonaise en pleine croissance et un Renault à la traine. A l'heure où il prend tous les pouvoirs à la tête de la firme française puisque le poste de numéro 2 y est supprimé, peut-on affirmer que le PDG a jusqu'ici privilégié le constructeur automobile japonais au sein de l'Alliance Renault-Nissan ? Devenu patron opérationnel du groupe nippon il y a quatorze ans, Carlos Ghosn gagne d'ailleurs… deux fois et demie plus au titre de Nissan (7,7 millions d'euros de rémunération d'avril 2012 à mars 2013) que de Renault (2,88 millions en 2012) dont il est le PDG depuis 2005.

Deux fois plus de voitures chez Nissan

Un constat s'impose : le japonais est à présent deux fois plus gros que l'ex-Régie et autrement plus rentable. L'an dernier, Nissan a écoulé 4,94 millions d'unités (+5,8%) et Renault - qui détient 43,4% du capital du nippon - 2,55 millions seulement (-6,3% à cause du plongeon des marchés européens). Le japonais écoule aujourd'hui deux fois plus de véhicules que son actionnaire. Or, au moment de la prise de contrôle de Nissan par Renault en 1999, les deux constructeurs étaient à peu près de taille équivalente. Par rapport à 1998, dernier exercice avant l'alliance Renault-Nissan, Renault a donc à peine accru ses volumes de 15%. Dans le même temps, Nissan les a quasiment doublés.

 Disparité de profits et d'effectifs

Nissan, qui perdait 110 millions d'euros avant son mariage avec Renault, gagne aujourd'hui deux fois plus que Renault (bénéfice net sur l'exercice fiscal 2012). Et encore cette disproportion est-elle bien plus grave si l'on examine les comptes en détail. Car, dans le résultat imputable à Renault, il y a... 1,23 milliard généré par la contribution de Nissan.

Par rapport à 1998, le bénéfice net de Renault a progressé tout juste de 30%. Mais, à l'époque, le bénéfice net du français ne provenait que de ses propres activités ! Question effectifs, Renault a perdu 10.000 emplois par rapport à 1998 à 127.000 personnes fin 2012. Nissan a accru dans le même temps ses effectifs de 80% à 248.000.

Envergure mondiale de Nissan

On peut certes avancer des explications objectives à ces décalages. Stratégiquement, Nissan était, historiquement, présent dans toutes les régions du monde - sauf en Amérique latine -, ce qui n'était pas le cas de Renault. Facteur aggravant: Renault demeure centré par ses racines sur l'Europe, un continent où le marché automobile est en panne depuis plusieurs années. Par ailleurs, Renault pâtit des problèmes de compétitivité globaux intrinsèques à l'économie française... Mais, après tout, Nissan ne souffre-t-il pas d'un yen nettement plus fort aujourd'hui que naguère ? Ces constatations n'expliquent pas en tous cas à elles seules le différentiel croissant entre les deux entreprises.

Nissan à la rescousse

Puissant en Amérique du nord, Nissan s'est également fortement implanté en Chine et en Inde. Or, Renault n'est toujours pas présent outre-Atlantique, ni en Chine où il attend le feu vert des autorités locales pour son projet industriel. Et encore, la firme hexagonale s'est-elle associée en Chine au... partenaire de Nissan ! En Inde, Renault est aussi à la traine, installé dans l'usine de Chennai créé par le japonais.

Renault est certes "chef de file" chez Avotovaz en Russie et en Amérique du sud, où Nissan est toutefois en train de progresser fortement grâce à l'implantation d'une usine au Brésil. Mais, les volumes écoulés par Nissan en Amérique du nord ou en Chine sont largement supérieurs à ceux de Renault en Russie et en Amérique latine. Humiliation suprême pour Renault, Nissan va voler au secours des usines Renault en France en leur confiant sa future petite Micra, histoire de pallier - partiellement - le sous-emploi de l'outil industriel hexagonal du constructeur tricolore.

Gamme complète chez le japonais

Technologiquement, le différentiel est tout aussi flagrant. Si Renault est "leader" dans les diesels, quasiment réservés à l'Europe, Nissan l'est dans les moteurs à essence, diffusés partout ailleurs. Le spectre des moteurs Nissan est d'ailleurs impressionnant, du trois cylindres au V8! A tel point que quand Renault veut faire rouler un véhicule sportif de marque Alpine - un label bien français -, il doit recourir à ... une mécanique nippone.Nissan est aussi le maitre d'oeuvre en matière de voitures électriques. 

Enfin, l'énorme gamme du japonais couvre tous les créneaux, de la « mini » au 4x4, du coupé à la limousine en passant par le pick-up. Nissan a même investi le haut de gamme avec son label Infiniti. Renault, lui, demeure globalement surtout le spécialiste des modèles à bas coûts d'entrée de gamme, les petites et les compactes...

Un bilan mitigé pour Carlos Ghosn chez Renault

Dire que Carlos Ghosn a privilégié une entreprise plutôt qu'une autre est évidemment très difficile à démontrer. Et on ne peut pas reprocher au PDG, qualifié de sauveur au Japon, d'avoir si bien réussi chez Nissan. Il n'en reste pas moins que, à en juger par les simples faits objectifs, si Carlos Ghosn a bien géré la firme nippone, on ne peut en dire autant de son travail chez Renault, en panne de croissance et dont les positions commerciales s'affaiblissent face à ses principaux concurrents depuis une dizaine d'années sur son marché intérieur européen. La faute notamment à des choix de produits pour le moins discutables avec des échecs flagrants comme celui de la gamme Laguna III.

 

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a écrit le 02/10/2013 à 21:29 :
Un beau torchon que cet article trouvé par hasard. En 1998, même si les sociétés sont de tailles similaires, Renault est quand même loin d'avoir le potentiel de son allié, pour une raison toute simple, éludée par l'auteur: l'implantation de Nissan qui est d'envergure mondiale quand celle de Renault, trop centrée sur l'Europe. 2eme coquille: la Laguna III élaborée par Scwheitzer et non par Ghosn (excepté l'avant). La première réa de Ghosn chez Renault est la Megane. Et depuis ce modèle, on ne peut pas dire qu'il fait une série d'échecs (Clio 4, Captur, etc...). Dernier point: quand on voit l'état dans lequel à laissé Schweitzer la marque Française, on peut vraiment affirmer que la tâche n'était pas facile, et qu'il relève le défi haut la main
a écrit le 05/09/2013 à 18:41 :
Enfin des articles de presse qui exposent cette évidence! Il y a eu des choix d'investissements (gammes-produits, pays, technologie...), et Nissan en a bénéficié, aux détriments de Renault. Pourquoi Renault mériterait-il ce sort actuel de jouer en 2ème division? Renault risque de devenir à terme Japonais dans la restructuration actionnariale...
a écrit le 05/09/2013 à 18:21 :
Vu que Ghosn fait tout pour liquider Renault, tout en continuant à se servir un salaire d'américain, je crois surtout qu'il roule pour sa pomme...
a écrit le 05/09/2013 à 17:53 :
mille excuses ça a été publié ;-)
a écrit le 05/09/2013 à 17:49 :
l ' énorme expansion de VW BMW MERCEDES AUDI NISSAN provient d' abord de la Chine, énorme vaches à lait depuis 1 décennie. Ghosn qui ne voulait pas partager la poule aux oeufs d' or a misson veto à l' installation de Renault. Les relations Chino-Japonaise étant depuis peu devenu mauvaises Ghosn veut maintenant un deuxième fer au feu, au cas ou...
C' est là, ou stratégie de Ghosn est volontairement dans la stagnation/déclin de Renault qui de plus lui rapporte nettement moins sur sa feuille de paye. C' est Pelata qu il fallait garder !! car Renault est le actionnaire majoritaire de Nissan.
Réponse de le 05/09/2013 à 18:24 :
C'est inexact. Ce que l'on ne vous a peut-être pas expliqué est que VW est le fournisseur étranger exclusif, c'est à dire unique, de l'administration chinoise qui est immense. S'ensuit un effet moutonnier que l'on imagine pour les véhicules allemands. la présence de Renault en tant que marque n'y aurait rien changé. Nissan s'est parfaitement tiré d'affaire et les dégradations violentes contres les marques japonaises l'ont plutôt moins impacté que d'autres. Fiat qui s'est implanté un temps dans le pays a eut le plus grand mal et a été obligé de partir. Les constructeurs américains qui y sont font moins bien que le groupe Renault Alliance au plan mondial. Ne soyez pas inquiet, la stratégie Renault est solide et le restera.
a écrit le 05/09/2013 à 17:48 :
tiens ça modère l'humour maintenant à La Tribune? Demander si les japonais ont des Commissaires Européens chez eux porte atteinte à qui?
a écrit le 05/09/2013 à 15:32 :
Carlos Gohsn est dirigeant de Nissan comme représentant du plus gros actionnaire, donc effectivement en qualité de dirigeant de Renault. Diriger Renault dans tous ses intérêts est évidemment ce qu'il fait de mieux. Le groupe vise à progressivement positionner ses marques de façon identique en fonction de leurs possibilités. Les opposants étant externes et non internes.
a écrit le 05/09/2013 à 14:55 :
Encore un article critiquant Renault rédigé par le dénommé Verdevoye. Par contre pas un mot de la baisse de 25% des ventes de VW en France en août. Comme c'est curieux!!!
a écrit le 05/09/2013 à 14:19 :
"Dire que Carlos Ghosn a privilégié une entreprise plutôt qu'une autre est évidemment très difficile à démontrer" et sans aucun intérêt. Les deux entreprises ne sont pas sur les mêmes marchés et les allocations de ressources du groupe se font sur les marchés les plus rentables à court terme et prometteurs à long terme. Clairement la branche Renault s'est lancée dans des investissements coûteux qui se révèlent peu prometteurs : ressusciter la marque "Alpine" en Europe.
a écrit le 05/09/2013 à 13:51 :
Il est clair que le simple fait d'être mondialisé est probablement l'une des principales explications... faut il rappeler que les places fortes de Renault étaient la France et l'Espagne !
Après, on pourrait penser, à la vue de la gamme Renault, que Nissan a été privilégié
mais, n'est ce pas là justement le génie de Carlos Goshn, qui finalement sauvé Renault en ne l'ayant, temporairement j'espère, pas privilégié pour assurer ses arrières dans les pays en croissance potentielle ?

A mon sens, l'étape suivante est la prise de position claire de Renault dans la gamme produit de l'Alliance. Cela passera forcement par des choix complexe à réaliser. La direction de Renault n'étaient peut etre pas prête et la suppression du n°2 me parait aller dans ce sens.
Car la gamme généraliste tout segment pas vraiment entrée de gamme, pas vraiment haut de gamme, n'est plus dans l'air du temps, c'est un fait. La cohabitation d'une voiture à 55 k? à côté de celle à moins de 10 k?, même si celles-ci seraient pour leur segment, d'excellentes voitures ne fait plus recette (cf la chute vertigineuse modèle après modèle R25, safrane, vel satis, latitude...), alors que, je ne suis pas certain que la qualité marginale de ces autos se soit degradée par rapport à leur environnement (la vel satis etaient une auto tout simplement exceptionnelle mais sans ecusson, etoile ou anneau, point de salut).
a écrit le 05/09/2013 à 13:45 :
Les chiffres sont effectivement réels et éloquents! Cependant, Nissan n'est pas le maître d'oeuvre en matière de véhicules électriques... La comparaison de la Nissan Leaf et de la Renault Zoe est bien plus flatteuse pour Renault. Nissan est tout de même venu chercher les GMP électriques de Renault pour leur Nissan Leaf! De plus, le choix de prendre les moteurs Diesel de Renault et les moteurs Essence de Nissan est un choix pris à l'époque de Louis Schweitzer et n'est pas lié à une quelconque supériorité technologique de Nissan!! N'est ce pas Renault qui concoit les moteurs champions du monde en Formule 1?
a écrit le 05/09/2013 à 13:40 :
les patrons et actionaires japonais sont patriotes, ils mettent l'interet national avant l'individuel contrairement a nos nos patrons et leurs actionaires qui ne pensent qu'a leurs pommes en delocalisant les usines(qui finiront par ne plus vendre puisqu'il n'y aura aucun pour les acheter ), et leurs suffisances a se croire les meilleurs au monde .
les syndicats japonais sont plus souples que les francais en comprenant les sacrifices qu'il faut faire pour redresser l'entreprise( en renoncant a certains avantages acquis)
l'un dans l'autre fait que ca se casse la gueule chez renault et pas chez nissan
a écrit le 05/09/2013 à 13:26 :
Renault réussira en se donnant les moyens de développer sa gamme, une gamme créative, clio 4 captur, donnent le ton. Le prochain SUV remplaçant de l'Espace se doit d'être un canon.
a écrit le 05/09/2013 à 13:09 :
Ils ont des commissaires européens au Japon? Non, c'est bien ce qu'il me semblait.
a écrit le 05/09/2013 à 11:42 :
Nissan est structurellement mieux doté pour toutes les raisons évoqués (gamme,mondialisé,etc). C'est intelligent de renforcer des atouts pour mondialiser l'alliance. Renault va mettre du temps mais son postionnement dans les émergents (dacia badgé Renault) et l'image très utilisée de la F1 dans ces pays va dans le bon sens. En Europe, le travail sera très long à cause de son positionnement encore trop floue dans l'esprit des gens.
Réponse de le 05/09/2013 à 13:39 :
Un meilleur positionnement aurait pu être fait depuis 2005 et je ne pense pas que du Dacia rebadgé Renault permette de réhausser l'image de Renault...

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