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Carlos Ghosn est-il meilleur patron de Nissan que de Renault?

Photo de Alain-Gabriel Verdevoye

Alain-Gabriel Verdevoye

Publié le 04 septembre 2013 à 17:44

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Depuis le mariage entre Renault et Nissan en 1999, le français a accru d'à peine 15% ses volumes de ventes, alors que le japonais les a doublés. Renault a perdu 10.000 emplois dans le même temps. Nissan les a augmentés de 80%. Un différentiel croissant.

Carlos Ghosn est-il un meilleur patron chez Nissan que chez Renault ? Cette question brutale mérité d'être posée, alors même que l'écart se creuse entre la firme japonaise en pleine croissance et un Renault à la traine. A l'heure où il prend tous les pouvoirs à la tête de la firme française puisque le poste de numéro 2 y est supprimé, peut-on affirmer que le PDG a jusqu'ici privilégié le constructeur automobile japonais au sein de l'Alliance Renault-Nissan ? Devenu patron opérationnel du groupe nippon il y a quatorze ans, Carlos Ghosn gagne d'ailleurs… deux fois et demie plus au titre de Nissan (7,7 millions d'euros de rémunération d'avril 2012 à mars 2013) que de Renault (2,88 millions en 2012) dont il est le PDG depuis 2005.

Deux fois plus de voitures chez Nissan

Un constat s'impose : le japonais est à présent deux fois plus gros que l'ex-Régie et autrement plus rentable. L'an dernier, Nissan a écoulé 4,94 millions d'unités (+5,8%) et Renault - qui détient 43,4% du capital du nippon - 2,55 millions seulement (-6,3% à cause du plongeon des marchés européens). Le japonais écoule aujourd'hui deux fois plus de véhicules que son actionnaire. Or, au moment de la prise de contrôle de Nissan par Renault en 1999, les deux constructeurs étaient à peu près de taille équivalente. Par rapport à 1998, dernier exercice avant l'alliance Renault-Nissan, Renault a donc à peine accru ses volumes de 15%. Dans le même temps, Nissan les a quasiment doublés.

Disparité de profits et d'effectifs

Nissan, qui perdait 110 millions d'euros avant son mariage avec Renault, gagne aujourd'hui deux fois plus que Renault (bénéfice net sur l'exercice fiscal 2012). Et encore cette disproportion est-elle bien plus grave si l'on examine les comptes en détail. Car, dans le résultat imputable à Renault, il y a... 1,23 milliard généré par la contribution de Nissan.

Par rapport à 1998, le bénéfice net de Renault a progressé tout juste de 30%. Mais, à l'époque, le bénéfice net du français ne provenait que de ses propres activités ! Question effectifs, Renault a perdu 10.000 emplois par rapport à 1998 à 127.000 personnes fin 2012. Nissan a accru dans le même temps ses effectifs de 80% à 248.000.

Envergure mondiale de Nissan

On peut certes avancer des explications objectives à ces décalages. Stratégiquement, Nissan était, historiquement, présent dans toutes les régions du monde - sauf en Amérique latine -, ce qui n'était pas le cas de Renault. Facteur aggravant: Renault demeure centré par ses racines sur l'Europe, un continent où le marché automobile est en panne depuis plusieurs années. Par ailleurs, Renault pâtit des problèmes de compétitivité globaux intrinsèques à l'économie française... Mais, après tout, Nissan ne souffre-t-il pas d'un yen nettement plus fort aujourd'hui que naguère ? Ces constatations n'expliquent pas en tous cas à elles seules le différentiel croissant entre les deux entreprises.

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Nissan à la rescousse

Puissant en Amérique du nord, Nissan s'est également fortement implanté en Chine et en Inde. Or, Renault n'est toujours pas présent outre-Atlantique, ni en Chine où il attend le feu vert des autorités locales pour son projet industriel. Et encore, la firme hexagonale s'est-elle associée en Chine au... partenaire de Nissan ! En Inde, Renault est aussi à la traine, installé dans l'usine de Chennai créé par le japonais.

Renault est certes "chef de file" chez Avotovaz en Russie et en Amérique du sud, où Nissan est toutefois en train de progresser fortement grâce à l'implantation d'une usine au Brésil. Mais, les volumes écoulés par Nissan en Amérique du nord ou en Chine sont largement supérieurs à ceux de Renault en Russie et en Amérique latine. Humiliation suprême pour Renault, Nissan va voler au secours des usines Renault en France en leur confiant sa future petite Micra, histoire de pallier - partiellement - le sous-emploi de l'outil industriel hexagonal du constructeur tricolore.

Gamme complète chez le japonais

Technologiquement, le différentiel est tout aussi flagrant. Si Renault est "leader" dans les diesels, quasiment réservés à l'Europe, Nissan l'est dans les moteurs à essence, diffusés partout ailleurs. Le spectre des moteurs Nissan est d'ailleurs impressionnant, du trois cylindres au V8! A tel point que quand Renault veut faire rouler un véhicule sportif de marque Alpine - un label bien français -, il doit recourir à ... une mécanique nippone.Nissan est aussi le maitre d'oeuvre en matière de voitures électriques.

Enfin, l'énorme gamme du japonais couvre tous les créneaux, de la « mini » au 4x4, du coupé à la limousine en passant par le pick-up. Nissan a même investi le haut de gamme avec son label Infiniti. Renault, lui, demeure globalement surtout le spécialiste des modèles à bas coûts d'entrée de gamme, les petites et les compactes...

Un bilan mitigé pour Carlos Ghosn chez Renault

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Dire que Carlos Ghosn a privilégié une entreprise plutôt qu'une autre est évidemment très difficile à démontrer. Et on ne peut pas reprocher au PDG, qualifié de sauveur au Japon, d'avoir si bien réussi chez Nissan. Il n'en reste pas moins que, à en juger par les simples faits objectifs, si Carlos Ghosn a bien géré la firme nippone, on ne peut en dire autant de son travail chez Renault, en panne de croissance et dont les positions commerciales s'affaiblissent face à ses principaux concurrents depuis une dizaine d'années sur son marché intérieur européen. La faute notamment à des choix de produits pour le moins discutables avec des échecs flagrants comme celui de la gamme Laguna III.

Alain-Gabriel Verdevoye

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