La légende dit que les relations entre Henry Dangel et Peugeot n'ont jamais été faciles. Il y a quarante ans, l'inventeur alsacien passionné par la mécanique automobile aurait présenté au constructeur sochalien une version surélevée et à quatre roues motrices de la 504, capable d'affronter des mauvais chemins ou des pistes africaines. Pour recevoir l'aval de Peugeot, Henry Dangel alla rencontrer les ingénieurs à Sochaux. "Ça ne marchera jamais", lui répondit-on. Henry Dangel insista. "C'est impossible", estimèrent les techniciens. "Venez l'essayer, je suis venu à son volant", répondit Henry Dangel. Le coup de bluff a fonctionné. Dangel a monté son entreprise et ses 504 sont allées sur le Paris-Dakar.
Quarante ans plus tard, la PME s'est développée (115 salariés pour 25 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2020). Philippe Hébert, ancien cadre de PSA, a pris en 2017 le relais de la famille Dangel. Il vient de racheter l'entreprise valorisée 8 millions d'euros, en MBO (management buyout, ou rachat par les cadres). Le petit constructeur (4.000 véhicules produits en 2020) se lance sur la piste de l'électrique. Dans ses ateliers à Sentheim (Haut-Rhin), où il a établi des liens techniques et commerciaux privilégiés avec le groupe Stellantis, Dangel implantera un moteur électrique sur l'essieu arrière des utilitaires de Peugeot, Citroën, Fiat ou Opel. Dangel veut être prêt à transformer ces véhicules en 4x4 dès que les modèles à hydrogène arriveront sur le marché. L'échéance, pour ces deux produits en phase de prototypage, a été fixée à 2024 ou 2025. Sélectionnée par France Relance, Automobiles Dangel bénéficie de 800.000 euros de subventions pour mettre au point cette nouvelle chaîne cinématique, différente des transmissions 4x4 (arbre et pont arrière) greffés sur ses utilitaires depuis quatre décennies.
"Nous visons le leadership européen dans notre spécialité, qui consiste à donner de la motricité aux véhicules utilitaires appelés à circuler dans de mauvaises conditions", explique Philippe Hébert.