Renault, Nissan et Mitsubishi se dotent d'un plan stratégique à 23 milliards d'euros pour remporter la bataille de l'électrification

L'impulsion donnée par Luca de Meo promet l'ouverture d'une nouvelle ère pour les trois constructeurs, celle d'une Alliance post-Ghosn, qui verra l'avénement du "meilleur des trois mondes". Traduire: les trois constructeurs ont réussi à définir une stratégie industrielle commune pour affronter ensemble la bataille de l'électrification. L'autre message: l'Alliance est de retour. Et, soit dit en passant, s'agissant de Renault la Bourse apprécie.
Jérôme Cristiani

6 mn

Luca de Meo, présentant la nouvelle feuille de route de l'Alliance 2030 des trois constructeurs Renault, Nissan et Mitsubishi Motors, le jeudi 27 janvier 2022.
Luca de Meo, présentant la nouvelle feuille de route de l'"Alliance 2030" des trois constructeurs Renault, Nissan et Mitsubishi Motors, le jeudi 27 janvier 2022. (Crédits : Olivier Martin-Gambier pour l'Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi Motors)

[Article publié le 27.01.2022 à 13:27, mis à jour à 15:23 avec cours de Bourse]

C'est encore un peu tôt pour célébrer des noces d'argent, mais l'argent est quand même bien là. En l'occurrence, une enveloppe de 23 milliards d'euros (un peu plus que les 20 milliards subodorés lundi) que va mettre sur la table l'Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi Motors pour financer un méga plan d'électrification de ses véhicules sur les cinq prochaines années. Objectif: réussir à sortir 35 nouveaux modèles électriques d'ici à 2030. Telle est la nouvelle feuille de route que s'est assignée l'alliance de ces trois constructeurs automobiles, selon un communiqué commun publié ce jeudi.

Et c'est un message adressé à toute la planète automobile où se bousculent depuis des mois les annonces de plans d'électrification chiffrés en milliards : l'Alliance est de retour, et l'heure de la contre-attaque a sonné.

À la Bourse de Paris, la nouvelle est appréciée. En ce début d'après-midi, autour de 15h20, le cours de l'action dépassait les 36 euros (après avoir tutoyé les 37 euros vers 11 heures) affichant une hausse de +1,81%. Il faudra attendre l'ouverture des Bourses asiatiques pour connaître l'évolution des groupes Nissan et Mitsubishi Motors.

Coopération industrielle redynamisée pour mutualiser les coûts

Dans le détail, cette "Alliance 2030" compte renforcer l'utilisation de plateformes communes entre les trois constructeurs: en 2026, il faudra que 80% du total de leurs modèles, contre 60% aujourd'hui, en soient équipés.

La création de plateformes réalisées en commun vise bien sûr d'abord à réaliser des économies grâce à la mutualisation des R&D des constructeurs -encore faut-il véritablement utiliser lesdites plateformes -, mais d'autres économies d'échelle en mobilisant plus de ressources sur les questions stratégiques, marketing et commerciales.

"Cela permettra à chaque entreprise de se concentrer davantage sur les besoins de ses clients, ses modèles emblématiques et ses marchés clés, tout en étendant à moindre coût les innovations à l'ensemble de l'Alliance", selon les trois constructeurs.

Ainsi, l'Alliance espère, au plan mondial, que 90% des nouveaux modèles électriques seront produits sur cinq plateformes communes.

La toute dernière de ces plateformes, CMF-BEV, doit être lancée en 2024 sur le site ElectriCity, le nouveau pôle industriel électrique du constructeur français dans le nord de la France.

Cette plateforme équipera 250.000 véhicules par an sous les marques Renault, Alpine mais aussi Nissan. Outre la nouvelle R5 électrique de Renault, un nouveau véhicule électrique compact du groupe japonais sera fabriqué sur place pour remplacer la Nissan Micra, qui était produite dans l'usine Renault de Flins (Yvelines).

Une Alliance post-Ghosn, pour renouer des liens de confiance

Il s'agit des premiers objectifs chiffrés de l'Alliance depuis le renouvellement des dirigeants de Renault et Nissan après la chute de Carlos Ghosn fin 2018, laquelle avait provoqué une grave crise de confiance entre les deux groupes.

|Lire: La méthode de Luca de Meo pour enterrer le Renault de Carlos Ghosn

L'Alliance était repartie sur de nouvelles bases il y a deux ans, en se dotant d'un nouveau schéma de collaboration avec un constructeur "référent" pour chaque grande zone géographique et chaque grand domaine technologique, afin de mieux exploiter les points forts de chacun.

|Lire: Renault et la Renaulution, le plan de la dernière chance

Ce système de fonctionnement va être encore enrichi: Nissan va piloter le développement de sa technologie des batteries électriques solides "au bénéfice de tous les membres de l'Alliance", tandis que Renault sera "leader sur le développement d'une architecture électrique et électronique commune", selon le communiqué.

Électrification des gammes à coups de milliards

Pour rappel, les leaders mondiaux de l'automobile se sont lancés dans de vastes plans d'électrification de leurs gammes de véhicules afin de réduire leur empreinte carbone et surtout continuer à vendre des véhicules dans un environnement législatif de plus en plus contraignant pour les motorisations thermiques fonctionnant aux énergies fossiles.

Le pionnier des voitures hybrides Toyota, qui ne croyait pas aux voitures à batterie, a finalement enfoncé l'accélérateur et compte lancer 30 modèles 100% électriques d'ici 2030. En retard par rapport à ses concurrents en matière d'électrification, le japonais s'est engagé en décembre 2021 à consacrer 62 milliards d'euros à l'électrification de sa flotte automobile d'ici 2030, la moitié étant dédiée au développement d'une gamme de véhicules électriques à batterie.

Le groupe Stellantis a décidé lui aussi d'investir massivement dans l'électrification mais aussi le développement logiciel: plus de 30 milliards d'euros d'ici à 2025. D'ici 2030, les véhicules à faibles émissions devraient représenter plus de 70% des ventes du groupe en Europe et 40% aux États-Unis.

En mars dernier, BMW a annoncé prévoir 30 milliards d'euros pour l'électrification. Sur les dix prochaines années, il veut désormais écouler dix millions de modèles 100 % électriques, contre plus de 4 millions annoncés précédemment.

Le groupe Daimler va dédier 40 milliards d'euros pour électrifier sa marque automobile Mercedes Benz entre 2022 et 2030. Il prévoit que 50 % de ses ventes mondiales seront électrifiées (contre un objectif de 25 % précédemment), avant d'atteindre 100 % en 2030.

En juin, le géant américain General Motors annonçait rehausser son plan d'électrification à 35 milliards de dollars, s'engageant à ne plus fabriquer d'ici 2035 de voitures à moteur diesel ou essence.

En mai dernier, son challenger américain Ford portait à 30 milliards de dollars (contre 25 annoncés en début de l'année) son investissement pour la production de véhicules électriques d'ici à 2025, visant non plus 40% de véhicules zéro émission à horizon de 2030 mais désormais 50%.

Quant à Volkswagen, il investira 73 milliards d'euros en cinq ans pour électrifier ses gammes: il compte vendre 1 million de voitures électriques en 2025, et atteindre une part électrique dans ses ventes européennes de 60% d'ici à 2030 (50% pour ses ventes mondiales).

Jérôme Cristiani

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