La crise de l'automobile pousse les entreprises à se spécialiser dans la défense
Amandine Ibled

Stockage de matière chez Bléneau Industrie, dans l'Yonne
Bléneau Industries
Amandine Ibled

Stockage de matière chez Bléneau Industrie, dans l'Yonne
Bléneau Industries
La crise se poursuit dans l'automobile. Un phénomène qui touche également la Bourgogne-Franche-Comté où le secteur compte 400 entreprises qui emploient près de 4 000 personnes.
Pour répondre à cette crise, cette dernière a mis en place une Force d'intervention mutations automobile (FIMA) qui mobilise les services de l'État et de la Région pour aller à la rencontre de tous les sous-traitants automobiles et les aider à diversifier leurs activités.
Avec près de 400 entreprises représentant près de 40 000 emplois, le secteur automobile est vital pour l'économie locale. Nicolas Soret, vice-président de la région en charge des finances, du développement économique, de l'économie sociale et solidaire et de l'emploi, souligne : « Nous avons mis en place un dispositif d'accompagnement pour aider les entreprises à se repositionner face à cette mutation historique. » La région a ainsi investi 24 millions d'euros pour soutenir les entreprises dans leur transition vers des marchés d'avenir, notamment l'aéronautique et la défense. Ce soutien comprend des aides à l'investissement, à la formation et au conseil, permettant d'accompagner les entreprises dans leur mutation. « Le secteur de la défense représente une voie de diversification forte. Notre région a les savoir-faire nécessaires pour contribuer à l'autonomie stratégique de l'Europe », assure Nicolas Soret.
Parmi les entreprises qui prennent le virage de la diversification, Eurocade (8 millions de chiffre d'affaires, 50 salariés), située dans le Doubs, spécialisée dans le câblage électrique, connaît une baisse significative d'activité estimée entre 25 et 30 %. Denis Rezé, PDG d'Eurocade, souhaite adapter ses compétences en câblage pour pénétrer le marché de la défense. « Nous pouvons fabriquer des faisceaux pour la mobilité dans la défense, tels que les véhicules blindés, grâce à nos compétences acquises dans le sport automobile, où les connectiques sont similaires », explique-t-il.
Il n'est pas le seul à y songer à l'instar de Bléneau Industries, située dans l'Yonne, spécialisée dans la découpe-emboutissage du métal (une trentaine de salariés et un chiffre d'affaires de plus de 6 millions d'euros). « Dans le contexte actuel, c'est de l'opportunisme pur et dur », déclare Brice Mainetti, PDG de Bléneau Industries, au sujet d'une potentielle diversification dans le secteur de la défense. Le chef d'entreprise a ainsi adhéré au cluster PMT qui vise à mettre en relation les entreprises de la région avec les acteurs nationaux de la Défense. Bléneau Industries - qui avait déjà travaillé avec Nexter - pourrait proposer ses compétences pour la fabrication de siège de Tank, par exemple.
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Cette transition est perçue comme une opportunité stratégique par la région. « Le secteur de la défense doit être une piste de diversification forte à creuser dans notre région », affirmait Marie-Guite Dufay, présidente de la région, lors du dernier conseil régional.
Pour autant, cette mutation n'est pas sans difficultés. Notamment parce que le processus de qualification dans le secteur de la défense est long et complexe. Eurocade a déjà engagé une première approche avec un constructeur de Arquus, situé en Bourgogne, mais la concrétisation de ce projet prendra du temps. Avec pour objectif, à moyen terme, d'atteindre 10 % de chiffre d'affaires provenant de nouveaux marchés, notamment la défense.
De son côté, Brice Mainetti se montre dubitatif quant à l'apport que cela pourrait représenter pour son activité. « Je ne laisse rien passer, mais je ne suis pas convaincu que ce soit un secteur qui sera porteur pour nous », témoigne le PDG de Bléneau Industries. Et pour cause, la taille des séries dans la défense est souvent plus petite que les moyennes séries visées par l'entreprise. Il y a 3 ans, l'entreprise réalisait un peu plus de 50 % de son chiffre d'affaires dans l'automobile. L'idée n'est donc pas d'arrêter totalement la fabrication de pièces pour ce secteur. « Nous souhaitons garder nos grands donneurs d'ordre dans l'automobile, pour environ 25 % de notre activité, afin de préserver notre niveau de qualité et notre crédibilité », confie le dirigeant.
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Les entreprises doivent passer par des certifications rigoureuses et des investissements significatifs pour s'adapter aux exigences de ces nouveaux marchés, admet Denis Rezé. Mais, « Nous sommes conscients que cela prendra du temps, mais nous sommes déterminés à saisir ces nouvelles opportunités pour assurer notre avenir. », assure-t-il.
Amandine Ibled