DÉCRYPTAGE. Pas d’embellie en vue pour les équipementiers automobiles en 2025. Pire, les suppressions de postes, déjà largement lancées cette année, devraient encore s’amplifier. En cause : la baisse des ventes de véhicules en Europe et la transition électrique du secteur automobile, mais aussi la structure même des entreprises sous-traitantes.Après le leader mondial du pneu Michelin, qui a annoncé le 5 novembre qu'il allait fermer ses sites de Cholet, dans les Pays de la Loire, et de Vannes, en Bretagne, l'an prochain, un autre équipementier de premier rang réduit aussi la voilure. L'équipementier Valeo fermera au premier semestre 2025 son usine de La-Suze-sur-Sarthe, également en Maine-et-Loire. Il réduira conjointement ses effectifs dans sept autres établissements de l'Hexagone, dont celui de Laval en Mayenne. À la clé, plus de 2.000 suppressions de postes pour ces deux seuls groupes.
«A l'échelle de la filière de la sous-traitance automobile, les projections indiquent une fourchette moyenne de 20.000 pertes d'emplois d'ici à deux ans, assure Alexandre Marian, directeur associé chez AlixPartners, chargé du secteur automobile.Ce chiffre pourrait même atteindre 65.000 postes en 2030, soit environ 30% de la totalité des effectifs qui représentent actuellement 200.000 personnes».
Parmi les secteurs de sous-traitance les plus impactés figurent les fonderies ainsi que les entreprises spécialisées dans l'emboutissage et le décolletage. Plusieurs experts de l'automobile estiment que l'activité pourrait être réduite d'environ 40% d'ici à 2030. Une perspective qui alimente l'inquiétude notamment des salariés de l'ETI GMD (900 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2023), en cours de cession à Montyon capital, holding du fondateur de Starbox Pierre-Édouard Stérin. Les sites de ses deux filiales Eurocast (fonderie) et Eurostyle Systems (garnitures intérieures) installés au Poinçonnet dans l'Indre s'attendent à des coupes dans leurs effectifs, respectivement de 130 et 370 collaborateurs. Signe du malaise, un débrayage y a eu lieu le 15 novembre dernier.
Six d'immatriculations en moins en huit ans
La baisse des volumes de ventes de voitures neuves en Europe, qui ont chuté de 18,3 % en septembre 2024 (par rapport à 2023), constitue la première explication des déboires des sous-traitants. De 19 millions en 2015, le nombre d'unités vendues est passé sous la barre des 13 millions l'année dernière. Ce décrochage continu est dû essentiellement à deux facteurs conjugués : le climat d'incertitude économique et politique, ainsi que la transition vers les véhicules électriques, sources d'attentisme chez les consommateurs.
Guillaume Fischer avec Florence Falvy (Nantes) et Olivier Mirguet (Strasbourg)