Musk, Trump et les robotaxis : Tesla joue gros en Bourse
La Tribune (avec Reuters)

Evolution, mois par mois, du cours de Tesla depuis novembre 2024, qui épouse peu ou proue le profil du Cybertruck.
DR
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Evolution, mois par mois, du cours de Tesla depuis novembre 2024, qui épouse peu ou proue le profil du Cybertruck.
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Le début de l'année est décidément bien noir pour Tesla. L'action du constructeur automobile a chuté de près de 40 % depuis le 1er janvier. Ce lundi, à 17 heures, l'action continuait son chemin de croix en reculant de plus de 5 %.
Dans ce contexte, les investisseurs s'interrogent sur la « véritable » valorisation du groupe dirigé par Elon Musk. Malgré une baisse de sa capitalisation boursière de 45 % depuis son sommet de 1 500 milliards de dollars atteint en décembre, Tesla demeure l'une des entreprises les plus valorisées du secteur. « Combien de temps encore l'action pourra-t-elle rester détachée des fondamentaux ? », alertait dès janvier Ryan Brinkman, analyste chez JP Morgan, alors que Tesla venait de publier des résultats décevants.

[Comparaison du PER (Price Earning Ratio, cours de l'action divisé par le bénéfice net par action) des 10 constructeurs automobiles les plus valorisés et affichant plus d'un million de ventes par an, source LSEG)]
Les investisseurs et analystes continuent malgré tout d'adhérer à la vision d'Elon Musk, qui positionne Tesla non pas comme un constructeur automobile traditionnel, mais comme un pionnier de l'intelligence artificielle, misant sur l'essor des robotaxis et des robots humanoïdes. Selon une étude menée début mars par Reuters à partir d'une dizaine de d'études bancaires et financières, l'activité automobile de Tesla représente moins d'un quart de sa valorisation boursière. La majorité de cette valorisation repose sur l'espoir d'une percée technologique dans les véhicules autonomes, un domaine où Tesla peine pourtant à livrer des véhicules de série, malgré les promesses répétées de son fondateur depuis 2016.
L'implication politique d'Elon Musk, notamment ses décisions en tant que conseiller spécial du gouvernement Trump, ajoute désormais à l'incertitude. Certains investisseurs craignent que ses nouvelles responsabilités l'éloignent de Tesla, tandis que d'autres comptent au contraire sur son influence pour lever certains obstacles réglementaires aux États-Unis en faveur des véhicules autonomes.
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Elon Musk avait initialement promis que Tesla produirait des véhicules électriques abordables et vendrait 20 millions d'unités par an d'ici 2030, soit le double des ventes actuelles de Toyota. Le fondateur du groupe a finalement renoncé à cet objectif l'année dernière, privilégiant la stratégie des robotaxis. Ce pivot stratégique a séduit les investisseurs, entraînant une hausse du titre de 71 % entre avril et novembre 2024, malgré une stagnation des ventes et une baisse des bénéfices.
Après l'élection de Donald Trump pour un second mandat, l'action Tesla a presque doublé, les analystes pariant sur l'influence politique de Musk pour lever les restrictions réglementaires sur les robotaxis. Cependant, Tesla bénéficie déjà d'une surveillance limitée dans de nombreux États américains en matière de véhicules autonomes. Le Texas, où Musk veut lancer un service de robotaxis payant dès juin, interdit même aux municipalités locales de réguler ces véhicules. « Il n'y a absolument rien qui l'empêche de mettre cette technologie sur le marché dès maintenant », critique Gordon Johnson, analyste chez GLJ Research. « Si Tesla lançait ses robotaxis demain, ce serait en fait un désastre technique pour eux. » La société fait en effet l'objet de poursuites et d'enquêtes sur des accidents liés à ses systèmes d'aide à la conduite Autopilot et Full Self-Driving.

[Comparaison du PER (Price Earning Ratio, cours de l'action divisé par le bénéfice net par action) des « Sept magnifiques »]
À l'autre bout du spectre, sur l'activité historique de la vente de véhicules électriques, Tesla est désormais sous pression. Le Cybertruck, seul nouveau modèle lancé depuis 2020, a enregistré 38 965 ventes en 2024, bien loin des 250 000 unités prévues. Tesla a aussi dû réduire les prix des Model 3 et Model Y face au ralentissement de la demande mondiale et à une concurrence accrue, notamment en Chine, où les fabricants locaux proposent des modèles électriques à moins de 10 000 dollars.
Sur le marché européen, les ventes de Tesla chutent également, un phénomène aggravé par le soutien politique affiché d'Elon Musk à l'extrême droite dans certains pays comme l'Allemagne. Aux États-Unis, le groupe pourrait également souffrir des décisions de Donald Trump, qui critique régulièrement les véhicules électriques et menace de supprimer les subventions qui ont largement bénéficié à Tesla. Musk minimise l'impact potentiel de ces coupes budgétaires, affirmant qu'elles affecteront davantage ses concurrents.
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Malgré ces inquiétudes, de nombreux investisseurs restent convaincus du potentiel de Tesla. Brian Mulberry, gestionnaire chez Zacks Investment Management, estime qu'Elon Musk « tire la technologie vers le haut ». Ark Investment Management, un investisseur de longue date de Tesla, prévoit même que l'action atteindra 2 600 dollars d'ici 2029, avec les robotaxis représentant 88 % de la valeur de l'entreprise. Selon son analyse, Tesla pourrait produire des millions de robotaxis d'ici là et générer un chiffre d'affaires annuel de 760 milliards de dollars, surpassant Walmart. « C'est moins cher que de posséder une voiture », explique Tasha Keeney, analyste chez Ark. « Peut-être que les gens arrêteront même de conduire. »
La Tribune (avec Reuters)