PSA rénove son pacte social et réaffirme son engagement industriel en France

Un nouvel accord de compétitivité a été signé entre la direction du groupe automobile français et cinq syndicats représentant 80% des salariés. Seule la CGT s'est distinguée par son refus. Les représentants syndicaux veulent voir à travers cet accord la possibilité pour le groupe d'être de nouveau à l'offensive et de ne plus revenir à la situation périlleuse de 2013, un souvenir encore douloureux.
Nabil Bourassi

4 mn

Les salariés devront être plus flexibles, mais la direction promet de dégeler les salaires et de mettre en place des parcours de sécurisation de l'emploi.
Les salariés devront être plus flexibles, mais la direction promet de dégeler les salaires et de mettre en place des parcours de sécurisation de l'emploi. (Crédits : © Darley Shen / Reuters)

La révolution Tavares continue ! Le groupe automobile français PSA vient de signer un nouvel accord de compétitivité avec les partenaires sociaux en vue d'accompagner le plan stratégique Push to Pass. Cette fois, ils sont cinq syndicats, soit près de 80% des salariés représentés, à parapher cet accord négocié en deux mois seulement. FO, CFDT, CFE CGC, CFTC et GSEA ont salué un accord "historique", d'après le qualificatif unanimement scandé par les représentants réunis vendredi 8 juillet au siège du groupe, avenue de la Grande armée à Paris.

Seule la CGT s'est abstenue. "Une posture politique", critiqueront certains. Car les syndicalistes signataires ont reconnu une grande écoute de la direction, et un dialogue constructif. "La direction a eu le souci d'apporter des réponses à toutes nos questions et nos propositions", raconte Christine Virassamy, réprésentante de la CFDT.

Le climat s'est radicalement transformé depuis 2013

Pour les représentants syndicaux réunis autour de Xavier Chéreau, Directeur des ressources humaines du groupe, cet accord permet de tourner la page des années crise. "En 2013, nous avons eu très peur pour l'entreprise, nous avons eu peur qu'elle disparaisse tout simplement", se souvient un représentant syndical avec un brin d'amertume. Car l'accord précédent avait été accouché dans la douleur ! A l'époque, la CFDT avait refusé d'entériner l'accord, se mettant au diapason de la CGT.

Mais le climat s'est heureusement radicalement inversé chez PSA : les profits sont de retours et les projets d'investissements avec. Sans compter une conjoncture européenne favorable en matière automobile. Dès lors, la direction était en mesure de proposer un dégel des salaires, garantir la production d'un million de voitures en France et affecter un lancement de nouveau modèle par usine. Enfin, la R&D sera maintenue en France. Un plan de sécurisation de l'emploi sera également mis en place. Le groupe va encourager le télétravail et s'engage à œuvrer pour le bien-être au travail.

En contrepartie, l'accord de compétitivité prévoit une plus grande flexibilité du temps de travail des salariés, y compris sur des horaires de nuit, ce qui s'appelle la modulation du temps de travail. Cette flexibilité doit permettre à l'entreprise d'ajuster les effectifs en fonction de l'activité. "Il s'agit d'améliorer l'agilité de l'entreprise dans un environnement économique instable", justifie Xavier Chéreau et d'améliorer "la performance opérationnelle des sites industriels français".

Un fort engagement industriel en France

"Cet accord marque l'engagement majeur du groupe en France", a surenchéri Xavier Chéreau, comme pour montrer que le temps de la fermeture douloureuse du site d'Aulnay-sous-Bois était bien révolu. PSA a, d'ailleurs, promis d'embaucher 1.000 CDI sur trois ans, et 2.000 emplois jeunes par an pendant trois ans. "Dès le départ des négociations, nous avons indiqué que le recrutement de 1.000 CDI était un incontournable, sans cela, nous n'aurions pas signé cet accord", a affirmé Christian Lafaye, représentant syndical de Force Ouvrière Métaux.

Mais l'enthousiasme syndical va encore plus loin avec la promesse de la direction d'entamer une relation nouvelle de "co-construction". Le groupe veut associer plus en amont les partenaires sociaux afin de refonder le pacte social. Pour la CFTC, ce principe est un excellent intermédiaire entre le modèle français de dialogue social, et le modèle allemand de "co-gestion". Du côté de la CFE-CGC, on affiche un enthousiasme prudent : "chiche", a lancé Jacques Mazzolini à l'adresse de la direction du groupe.  La CFDT, elle, souligne un "équilibre acceptable". Christine Virassamy s'est réjouie de la baisse des inégalités dans le système de calcul de l'intéressement.

Pour les syndicalistes, la crise de 2013 a été vécue comme un traumatisme. Chacun a voulu voir dans ce nouvel accord une façon de "ne plus se retrouver dans la situation de 2013". Ils estiment que cet accord doit permettre au groupe de reprendre l'offensive dans le cadre du plan Push to Pass élaboré par Carlos Tavares.

Préparer l'avenir

"Je m'apprête à fêter 40 ans de maison, et ces dix dernières années ont été probablement plus fulgurantes que les 30 premières...", se souvient Christian Lafaye. Les syndicalistes le savent, PSA ne sera pas épargné par les 10 prochaines années. "L'usine du futur va perturber nos process industriels, mais l'entreprise devra pourtant intégrer cette nouvelle forme d'industrie. Nous avons décidé qu'il était préférable d'être à l'intérieur du processus de transformation plutôt qu'à l'extérieur", a, de son côté, affirmé Christine Virassamy de la CFDT. Les syndicalistes et la direction veulent croire en un dialogue social rénové à travers une nouvelle relation de confiance : une maturité acquise par les uns et les autres au prix d'une douloureuse expérience sociale.

Nabil Bourassi

4 mn

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 5
à écrit le 11/07/2016 à 19:05
Signaler
Tout ce qui est bon pour l'industrie Française, La CGT n'en veut pas ; étonnant ,????

à écrit le 11/07/2016 à 11:53
Signaler
Bref depuis que la famille Peugeot n'est plus à sa tête, Peugeot va mieux.

le 11/07/2016 à 15:04
Signaler
La présidence de PSA n'a jamais été assurée par un membre de la famille Peugeot depuis 1966: Gautier, Parayre, Calvet , Folz , streiff ,Varin et aujourd'hui tavares qui par contre est le seul issu du monde de l'automobile ( ancien de chez Renault) .

le 11/07/2016 à 18:37
Signaler
Parce que le vrai patron c'est pas l'actionnaire majoritaire peut-être ? Vous voulez donc dire que le vrai patron de canal plus c'est pas bolloré ? C'est donc pas lui qui décide ??? Vous confondez sous fifres et décideurs, pour moi les "grand...

le 12/07/2016 à 10:02
Signaler
Vous risquez d'être déçu , actuellement vous avez trois actionnaires principaux égalitaires avec chacun 14% des actions: la famille Peugeot, l'état français et les chinois ( pour rappel l'état français détient 15% du capital de Renault) .....mais la ...

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.