Comment (et à quel prix) l'usine SevelNord de PSA a été sauvée

Menacée de fermeture il y a à peine quatre ans, l'usine de SevelNord se retrouve aujourd'hui au cœur de la nouvelle stratégie véhicule utilitaire de PSA. Pour en arriver là, le groupe a imposé un accord de compétitivité, trouvé un partenaire industriel, mais également investi dans l'usine tout en améliorant les process industriels. Pour le meilleur et pour le pire, d'après les syndicats.
Nabil Bourassi
Une ligne d'assemblage dans l'usine SevelNord à Hordain.
Une ligne d'assemblage dans l'usine SevelNord à Hordain. (Crédits : PSA Groupe)

C'est un peu le Phœnix de l'industrie automobile française... Il y a tout juste quatre ans, l'usine SevelNord de PSA, basée à Hordain près de Valenciennes, était promise à la fermeture, condamnant 2.700 personnes. Le site avait tout perdu. Les grands monospaces, Peugeot 807 et Citroën C8, étaient en perte de vitesse, tant et si bien qu'ils ont été arrêtés. Les utilitaires, eux, voyaient les volumes nécessaires à leur rentabilité menacés par l'annonce du départ de Fiat de la coentreprise qui avait fondé le site en 1988.

Une équation économique viciée

"En 2011, la CGT avait révélé un document de la direction qui projetait de fermer trois sites dont Aulnay-sous-Bois, Madrid et SevelNord", se souvient Franck Terry, délégué syndical CGT de l'usine nordiste. Pour PSA, le site ne pouvait pas fonctionner sans Fiat, car le constructeur français avait beau être le numéro un européen des véhicules utilitaires légers (VUL) en terme de parts de marché (19,5%), le départ de Fiat altérait l'équation économique qui permettait de maintenir le site en France.

Le groupe a alors proposé un accord de compétitivité aux salariés de SevelNord. Il s'agissait d'optimiser le coût de revient du site afin d'attirer un nouveau partenaire. Le groupe n'a pas eu besoin d'aller très loin...A moins de 30 minutes de route d'Hordain, à Valenciennes, Toyota s'est montré intéressé pour nouer un partenariat dans les véhicules utilitaires.

Chantage?

Pour les représentants syndicaux, PSA s'est, en réalité, livré à un chantage. "En 2012, dans une interview à la Voix du Nord, Didier Leroy (patron de Toyota Europe à l'époque, NDLR) avait dit qu'il n'avait pas d'autre choix que SevelNord, donc accord de compétitivité ou pas, Toyota serait venu", explique à La Tribune Franck Terry.

Pour PSA, ces turpitudes font partie du passé. L'usine d'Hordain est désormais au cœur d'une nouvelle offensive stratégique dans les véhicules utilitaires légers définie par Carlos Tavares fin mars. Elle fabriquera les nouveaux fourgons Peugeot Boxer, et Citroën Jumpy, ainsi que le Toyota Proace. Ces modèles seront également déclinés en version "navettes d'aéroport", Peugeot Traveller et Citroën Space Tourer.

 Lire aussi : PSA: Carlos Tavares lance une offensive mondiale dans les utilitaires

"La conviction de PSA est que ce segment est un enjeu majeur s'il veut rester numéro un car c'est le segment le plus dynamique dans les VUL", explique Patrice Le Guyader, directeur du pôle industriel Nord de PSA, à La Tribune.

Pour l'usine, l'arrivée du K0 (nom industriel des futurs fourgons de PSA) est un véritable défi industriel pour l'usine SevelNord. En sortie de l'atelier de ferrage, ce modèle comportera plus de 650 configurations possibles, contre 250 pour le modèle précédent. "Nous avons réfléchi aux implications industrielles dès la conception du K0, ce qu'on appelle le « design to manufacturing » et le « same part same process »", explique Patrice Le Guyader. En d'autres termes, les ingénieurs se sont arrangés pour trouver le plus de pièces communes aux différentes configurations et s'assurer que des pièces de même nature se montent au même endroit sur la ligne de montage.

Des investissements, et une nouvelle organisation

Pour la direction de l'usine, l'accord de compétitivité n'a pas été le seul vecteur de rentabilité du site. "Nous avons investi 150 millions d'euros à SevelNord, rappelle-t-il. Mais nous avons beaucoup travaillé sur l'organisation pour nous permettre de mieux prendre en compte les écarts de temps de montage qui peuvent être supérieurs à 80 minutes selon le type de véhicules à fabriquer. Nous avons concentré les opérations les moins fréquentes sur quelques tâches si possible au même endroit afin d'assurer le bon niveau d'activité pour la majorité des opérateurs de l'atelier de Montage. Par ailleurs, nous avons développé le "full kitting", c'est-à-dire la mise à disposition des opérateurs d'une boite de l'ensemble des pièces nécessaires à leurs opérations de montage afin d'éviter les erreurs de choix de pièces et mieux gérer la qualité et la diversité inhérente à ce type de véhicule. En outre, chaque boite de pièce montée sur roues est indexée au véhicule afin de supprimer les nombreux aller-retours en bord de ligne pour se réapprovisionner en pièces", explique Patrice Le Guyader.

En clair, l'usine SevelNord s'est refait une beauté pour accueillir le K0, VUL hautement tactique pour PSA. Les salariés du site ont suivi près de 154.000 heures de formation cumulées. Les process industriels ont été améliorés. Et une équipe de nuit est promise. Bref, tout est beau dans le meilleur des mondes... Sauf que les syndicats ne partagent pas cet enthousiasme.

Des cadences infernales?

Sur les conditions de travail, Franck Terry dénonce une forte détérioration consécutive aux nouveaux process de production. "Les ouvriers sont beaucoup plus sollicités entre chaque tâche avec l'arrivée en flux tendu des différentes pièces à monter. Il n'y a plus de temps de pause entre chaque pièce", explique le délégué syndical. "Les camarades sont à bout, ils n'y arrivent plus, nous craignons pour leur santé avec des problèmes de type troubles musculo-squelettiques, or, il n'y a pas de reclassement pour les ouvriers atteints de ces syndromes", déplore-t-il. "La semaine dernière encore, les camarades ont débrayé parce que le rythme est devenu insoutenable", ajoute-t-il.

Des CDI pour soulager les équipes

Les syndicats réclament des créations d'emplois en CDI pour soulager les équipes. Pour l'instant, la direction n'annonce que la mise en place d'une équipe de nuit à partir de l'automne, soit environ 500 personnes en contrat intérimaire.

Pour PSA, l'usine SevelNord est sauvée et l'affectation d'un véhicule aussi stratégique lui assure une pérennité à long terme. En attendant un nouvel accord de compétitivité au niveau du groupe, puisque SevelNord appartient désormais à 100% à PSA.

Nabil Bourassi

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Commentaires 8
à écrit le 25/04/2016 à 13:47
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Une usine qui repart après réorganisation de la production, c'est l'exception nouvelle qui pré-figure le renouveau de la France. Notre code du travail antirépublicain n'a pas contraint à la fermeture comme cela se passe pour beaucoup d'autres entrepr...

à écrit le 20/04/2016 à 16:54
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Heureusement que le personnel et la direction n'ont pas écoutés la CGT ! Pour ce bassin d'emplois Sevel est indispensable . Les cadences ne sont pas si terribles que çà ! Bien sur le travail fatigue !

à écrit le 20/04/2016 à 16:38
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Ce n'est pas un article , c'est un tract syndical caricatural !!!

à écrit le 20/04/2016 à 15:01
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Les pauves pitchounes ils ont fait que quelques milliards de benef et distribué 2000€ de prime à tout le monde après avoir lessivé le site Site d'Aulnay. On va les feliciter de ne pas recommencer. C'est ca? Non mais quelle honte!

à écrit le 20/04/2016 à 11:20
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mérite donc son bonus. Faudrait peut être le remercier messieurs les syndicats.

à écrit le 20/04/2016 à 10:16
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L'article est intéressant. Merci. La reconduction de pièces vient aussi du VISBOM qui a été piqué chez GM en 2012. Mais à Mulhouse comme à Sevelnord, le full kitting en monoligne impose des cadences qui ont l'air au-delà du raisonnable tant en prod...

à écrit le 20/04/2016 à 9:38
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lean, kaizen, pokayoke.... ils decouvrent, ou quoi?

à écrit le 20/04/2016 à 8:58
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Je lis régulièrement les articles de l'auteur sur l'automobile mais je lui trouve une constance à dévaloriser nos constructeurs nationaux ....allez savoir pourquoi ?

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