Renault : Thierry Bolloré sur la sellette, la crise de trop !

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Thierry Bolloré, 56 ans, a été promu directeur général en janvier 2019 pour seconder Jean-Dominique Senard qui venait d'être désigné président du groupe par le conseil d'administration. En novembre 2018, Thierry Bolloré avait été nommé DG délégué par intérim après l'arrestation de Carlos Ghosn, assurant ainsi la continuité opérationnelle. (Photo prise le 6 octobre 2017, lors d'une conférence de presse, avec Mouna Sepehri, proche de Carlos Ghosn, au second plan)
Thierry Bolloré, 56 ans, a été promu directeur général en janvier 2019 pour seconder Jean-Dominique Senard qui venait d'être désigné président du groupe par le conseil d'administration. En novembre 2018, Thierry Bolloré avait été nommé DG délégué par intérim après l'arrestation de Carlos Ghosn, assurant ainsi la continuité opérationnelle. (Photo prise le 6 octobre 2017, lors d'une conférence de presse, avec Mouna Sepehri, proche de Carlos Ghosn, au second plan) (Crédits : Reuters)
Le numéro deux de Renault pourrait être remercié dès vendredi, à l'occasion d'un conseil d'administration convoqué d'urgence au siège de Renault. Thierry Bolloré, considéré comme un vestige de l'ère Ghosn, restait pourtant le porteur d'une continuité opérationnelle et stratégique que Renault ne peut pas se permettre de rompre aussi brutalement surtout dans un contexte sectoriel extrêmement critique. En outre, la pérennité de Jean-Dominique Senard à la présidence de Renault pose également question.

Un an après la chute de Carlos Ghosn, Renault n'a toujours pas achevé sa transition managériale. D'après des rumeurs de presse, Thierry Bolloré, qui assurait jusqu'ici les fonctions de numéro deux du groupe automobile français, mais qui a surtout permis la poursuite opérationnelle d'une entreprise largement ébranlée par la décapitation de son chef charismatique, pourrait être débarqué très prochainement.

Après la publication de rumeurs par Le Figaro, Jean-Dominique Senard a décidé d'accélérer en convoquant un conseil d'administration ce vendredi. Dans son édition de jeudi, la quotidien indiquait qu le président de Renault s'apprêtait à engager le processus de recrutement d'un nouveau directeur général. Il semblerait que l'entreprise se dirige vers la nomination d'une direction tricéphale, à l'image de ce qui a été annoncé mardi chez son allié Nissan. D'après le site internet de Les Echos, Clothilde Delbos (directrice financière), Gaspard Gascon Abellan (directeur adjoint de l'ingénierie de l'Alliance) et José-Vicente de los Mozos (directeur de la production et de la logistique) prendraient les rênes opérationnelles du constructeur automobile français.

Mission: renouveler la gouvernance

Jeudi matin, interrogé sur ces rumeurs, le ministre de l'Économie a indiqué qu'il n'appartenait pas à l'État "de s'immiscer dans les choix de la gouvernance de Renault". Bruno Le Maire a cependant précisé qu'il faisait confiance à Jean-Dominique Senard pour mener cette réforme à bien.

Mais d'après Le Figaro, l'État pousse depuis longtemps au "renouvellement de la gouvernance" de l'entreprise dont il possède encore 15% du capital. C'était même l'une des deux missions de Jean-Dominique Senard quand il a été nommé à la présidence en janvier dernier, apprend-on par le quotidien.

L'éviction de Thierry Bolloré pourrait signer la fin de la purge menée depuis la chute de Carlos Ghosn en novembre 2018. Elle a été sévèrement menée chez Nissan sous la houlette de Hiroto Saikawa, et s'est achevée cette semaine par la nomination d'une nouvelle direction tricéphale.

Pour beaucoup, Thierry Bolloré passait pour l'un des derniers vestiges de l'ère Ghosn. Venu comme lui (et comme Jean-Dominique Senard) de Michelin, Thierry Bolloré est arrivé chez Renault en 2012. Il a pris en charge la direction de la productivité avant de devenir le dauphin de Ghosn, quelques mois seulement avant que celui-ci ne soit arrêté à Tokyo mi-novembre 2018.

Thierry Bolloré a assuré la continuité opérationnelle de Renault malgré "l'empêchement" de Carlos Ghosn. Ainsi, le constructeur automobile a pu dérouler sans encombre son plan stratégique dont la sortie de deux nouveaux modèles majeurs que sont les Clio et Captur.

Des relations conflictuelles à l'exécutif

Mais il semblerait que ses relations avec Jean-Dominique Senard soient complexes, voire franchement conflictuelles. En outre, Thierry Bolloré s'est également attiré une résistance en interne où il est accusé d'avoir évincé les cadres qui s'opposaient à lui, nous raconte une source anonyme.

Enfin, Thierry Bolloré passe surtout pour celui qui a porté le projet avorté de fusion avec Fiat Chryler Automobiles (FCA). Un projet très critiqué notamment par les termes d'un deal très déséquilibré. "Ce deal était une façon de sauver sa tête", nous lâche une source proche du dossier.

Sauf que le projet présenté fin mai ne s'est pas fait, même s'il a été défendu par Jean-Dominique Senard lui-même, et que l'État n'y a fait obstacle que parce qu'il menaçait l'Alliance avec Nissan. Cet échec a néanmoins discrédité le management de Renault dont les actions pour relancer l'Alliance ou fomenter un "plan B" ont, jusqu'ici, tous abouti à un échec.

Tout l'été, des rumeurs ont continué sur d'éventuelles discussions. Mi-septembre, Jean-Dominique Senard a tranché devant la commission des finances du Sénat, affirmant: "Le projet de fusion avec Fiat est enterré". Un mauvais présage pour Thierry Bolloré?

Mauvais timing

Avec le départ de Thierry Bolloré, c'est toute la stratégie industrielle et commerciale du groupe qui perd la dernière brique d'un leadership stratégique et sa cohérence opérationnelle. Or, compte tenu du contexte extrêmement tendu de l'industrie automobile, une vacance managériale et la perte d'une vision stratégique n'est absolument pas une option. Sans parler de la pérennité de Jean-Dominique Senard qui a failli démissionner en juin, lors du lâchage de l'État sur le projet de fusion avec FCA. L'ancien patron de Michelin s'est également pris les pieds dans le tapis dans ses négociations pour relancer les discussions avec Nissan. Il a tenté de passer en force en brandissant le rapport de force que lui confère la participation de 44% dans le capital du japonais.

Ainsi, un an après la chute de Carlos Ghosn, le groupe Renault pourrait se retrouver devant le pire des scénarios: se retrouver sans patron, sans alliés, sans projet... A la veille du Brexit, des nouveaux objectifs de CO2, de la nécessité de se relancer en Chine, ou plus largement à l'international, c'est toute une entreprise qui risque de se retrouver en situation de très grave fragilité... Et à la merci de n'importe quel prédateur...

Lire aussi : Thierry Bolloré prend l'intérim chez Renault, Ghosn reste PDG

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Commentaires
a écrit le 11/10/2019 à 11:35 :
Pas inquiet pour lui
Combien de jours avant que Mr Thierry Bolloré ne trouve un fauteuil chez le voisin PSA, où il retrouvera tous ses ex-collègues ?
a écrit le 10/10/2019 à 19:55 :
Reste que c'est peu inquiétant, Renault maitrise très bien l'électrique, cerise sur le gâteau, le marché de l'occasion fonctionne ce qui est essentiel en automobile (existence de pièces de rechange par exemple) la firme peut vivre 10 ans sur son petit nuage sans être ennuyée.
Il n'y a pas de concurrencé en Europe ni dans le monde.
Ce qui existe ne sont des versions bêta, avec ses colonies de bugs.
Réponse de le 10/10/2019 à 22:14 :
peu inquiétant... sauf si ça laisse le champ libre à une OPA... par exemple menée par Fiat (FCA)) !!! ... ou par NISSAN !!!
a écrit le 10/10/2019 à 17:28 :
Je vois une contradiction dans cet article. Vous dites que c'est TB a initié la fusion avec FCA et que JDS n'etait pas d'accord. Puis vous dites que JDS a failli demissionner car l'état a refusé cette fusion.
Pour ma part, l'état a bien fait d'empecher cette fusion car FCA (les Magnelis) aurait fini par demembrer Renault(leur actionariat est plus compact). Renault aujourdhui (ou celle d'hier), avait pour ambition de conquerir le monde. (Renault, Nissan, Mitsubishi, Lada, etc) et une grande ambition dans la voiture electrique ou ils sont leader grace a la vision precoce de Ghosn. Renault doit se battre pour garder ses acquis et continuer a concquerir le monde. Pas besoin de FCA(malade) mais de stabilité.
a écrit le 10/10/2019 à 15:12 :
Le problème de renault reste essentiellement la génération de free cash flow.
La marque s'est beaucoup trop reposée sur les dividendes versés par Nissan ces dernières années alors que le plan produit était relativement correct. Cela n'a échappé à personne, ni à Nissan ni à FCA qui tentent d'en profiter. Il est temps de se remettre au travail chez Renault pour éviter que la marque ne soit valorisée à 0, valeur proposée par FIAT. Mais seront-ils capables de faire gagner 1 ou 2 milliards de cash sur la division automobile RENAULT ? Cette question se pose depuis des années.
a écrit le 10/10/2019 à 14:58 :
Mr Le Maire veut faire le ménage....quand les politiques se mêlent de ce qui ne les regarde pas les pires catastrophes arrivent
Réponse de le 10/10/2019 à 20:09 :
Eh oui, c'est ce qu'il y a de pire dans une direction à deux têtes, l'état d'un côté et le pdg de l'autre... C'est totalement aberrant surtout par nos politicards qui ne connaissent rien des entreprises..
Des chefs d'entreprises comme Gohn ne sont pas légion.. ..
a écrit le 10/10/2019 à 12:03 :
En parallèle, il faut rétablir les communications entre Nissan et Renault. Le changement de gouvernance chez Nissan aurait été une occasion pour faire une échange de cadre haut placé.

En couplant les deux changements, Bolloré aurait pu être remplacé par un cadre de chez Nissan, et dans l'autre sens un cadre de chez Renault aurait été nommé chez Nissan.

Mais pour le moment, chacun règle ses problèmes de gouvernance de son coté. Mais pour mieux intégrer les deux entreprises, ça passera forcément par des mobilités de cadres entre les deux groupes.
a écrit le 10/10/2019 à 11:47 :
Monsieur Bourassi semble ne rien connaitre sur ce sujet: le partenariat avec FCA a été mené par Jean Dominique Senard et non pas par Thierry Bolloré. Ce n'est pas non plus parce qu'un DG démissionne qu'une entreprise s’arrête. Elle continue à tourner. Last but not least, ça faire rire la fin de son article: Et à la merci de n'importe quel prédateur... qui allait se lancer à acheter une entreprise où l'Etat français a 15% avec droit de vote double, Nissan d autres 15%, et Daimler 3% ...
a écrit le 10/10/2019 à 11:36 :
Dans un contexte très incertain et très évolutif du secteur automobile, la vision stratégique est primordiale : les mutations du secteur vers les réglementations anti pollution de + en + contraignantes, l'électrique, l'autonomie, la mobilité et le partage des véhicules, les alliances et partenariats pour faire des économies d'échelle, l'évolution planétaire du low cost, le positionnement des gammes et des produits vis à vis des attentes des marchés automobiles.
Tt cela, Ghosn semblait le détenir avec brio et son DG de Renault également puisqu'il était son dauphin.
La ppale inconnue en matière de gouvernance : Senard a t il la carrure face à de tels défis ??
Si oui, a t il identifié la perle rare en interne pour remplacer Bolloré ??
Si non...
a écrit le 10/10/2019 à 11:20 :
sénard est un macronien donc pas grand chose à craindre, il est comme lemaire mais ce dernier est réellement incompétent, de plus il ment en permanence, dernier point connu, lemaire n'avait pas de contact avec macron avant les élections, dixit lemaire or kohler ex secrétaire général de macron, a dit que des réunions avec ce même lemaire avaient eu lieu avant ces élections, donc lemaire non seulement a trahi son parti, ses amis mais en plus il se moque de la vérité, le pire du pire.
a écrit le 10/10/2019 à 11:16 :
Que de catasrophisme, Renault ne pouvait de toute façon pas s'allier à un canard boîteux comme Fiat, déjà que Nissan n'est pas en trés bonne santé. En outre la conflagration auto qui s'annonce va grandement occuper les énergies. Enfin l'Etat a pleinement et pour une fois joué son rôle d'arbitre et c'est tant mieux.Surtout na pas se disperser par les temps qui courent.
a écrit le 10/10/2019 à 9:28 :
Le plus critiquable sur Renault, ce sont les déclarations intempestives de Le Maire qui avec les 18% d’actions que l’Etat possède, se croit encore le patron de cette maison en disant à chaque fois ce qu’il faut faire !!! L’Etat n’a jamais été réputé pour être un gestionnaire avisé des actifs qu’il contrôle......

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