Véhicule électrique : Solvay investit 300 millions d’euros pour renforcer sa souveraineté dans les batteries lithium-ion

Avec cet investissement majeur, le site de Solvay situé dans le Jura doublera d'ici 2023 sa capacité de production de PVDF, une "poudre" essentielle à l'élaboration de batterie électrique. De quoi limiter sa dépendance au marché chinois et contribuer à l'écosystème européen naissant.

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Jean-Louis Lorand, directeur du site Tavaux du groupe Solvay.
Jean-Louis Lorand, directeur du site Tavaux du groupe Solvay. (Crédits : Amandine IBLED)

« Le polyfluorure de vinylidène (PVDF) est un composant majeur des batteries électriques Lithium-ion, dites de deuxième génération. Cette poudre intervient à la fois dans le revêtement de la cathode et dans la composition de la membrane des batteries électriques », explique Jean-Louis Lorand, directeur du site de Tavaux de Solvay, près de Dole (Jura). Actuellement, les batteries sont essentiellement fabriquées en Chine et dans le Sud-Est asiatique. La volonté de localiser la production en Europe met en lumière l'absurdité de certaines chaines logistiques mondialisées.

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Solvay fabrique aujourd'hui le PVDF. Il est ensuite envoyé en Chine ou dans le Sud-Est asiatique pour fournir les batteries électriques. Celles-ci reviennent ensuite en Europe pour y être installées dans les véhicules, premier marché mondiale de la voiture électrique est l'Europe. L'Europe a dépassé la Chine en 2020, selon les données d'EV-volumes.com : les ventes ayant bondi de 137% en glissement annuel pour atteindre environ 1,4 million.

Jean-Louis Lorand relève trois types de producteurs de batteries : les clients asiatiques actuels de Solvay qui produisent en Europe, notamment en Pologne ; les équipementiers automobiles européens qui se lancent eux-mêmes dans la construction d'usines de batteries ; Les États (France, Allemagne, Belgique) qui constituent un consortium européen pour construire eux-mêmes des batteries, le fameux « Airbus de la batterie » dans les Hauts-de-France.

La tour de contrôle de l'unité PVDF

Le choix de la France

Investir à Tavaux n'a pas été une évidence dès le départ pour le groupe Solvay qui compte 23.000 employés dans 64 pays, pour un chiffre d'affaires de 9 milliards d'euros en 2020. « Nous disposons d'une autre usine en Chine, la petite sœur de Tavaux, qui continue à croitre mais elle restera ciblée sur le marché chinois », précise Jean-Louis Lorand.

Une autre possibilité aurait pu être les États-Unis qui sont en pointe sur le sujet avec Tesla et où le groupe Solvay possède une usine. La Corée du Sud faisait également des appels du pied au groupe belge. « Nous n'avons pas d'usine dans ce pays mais nous aurions pu partir de zéro en construisant une nouvelle usine dédiée au PVDF », assure Jean-Louis Lorand.

Malgré les contraintes règlementaires importantes, le choix s'est finalement porté sur la France. Tout d'abord, la localisation du marché de la batterie en Europe. « Il est intéressant que les produits qui vont rentrer dans la composition de la batterie soit fabriquer en Europe. C'est le cas de notre polyfluorure de vinylidène », souligne le dirigeant. Ensuite, Solvay possède un avantage technique important : « nous fabriquons nous-mêmes les polymères qui permettent de fabriquer le PVDF », précise-t-il. Le groupe de pétrochimie possède notamment une expérience de plus de vingt ans dans ce secteur, soutenue par une R&D mettant point des grades différents de PVDF. La localisation en Bourgogne de cette nouvelle unité de production a été également possible puisque l'État et la Région ont participé à hauteur de 10% pour ce projet d'extension de 300 millions d'euros.

Un investissement qui pérennise l'activité du site pour 20 ans

Cette nouvelle unité de production s'installera s'intégrera au site historique classé Seveso, de 200 hectares. « Nous allons y introduire beaucoup d'innovation que ce soit en termes d'impact environnemental ou de compétitivité de nos procédés », confie Jean-Louis Lorand. Mais qui dit doubler la production de PVDF, dit aussi doubler tous les processus en amont, notamment celui de la polymérisation du fluorure de vinylidène.

« Pour cela, nous allons grossir les unités existantes à l'intérieur avec notamment un nouveau réacteur et une nouvelle colonne de distillation », précise le directeur du site. Si l'entreprise jurassienne compte plus de 600 salariés et avait déjà recommencé à embaucher en 2020, ces nouveaux investissements promettent environ 150 emplois directs et une centaine d'emplois indirects via les sous-traitants.

Le groupe Solvay travaille déjà sur les produits chimiques qui entreront dans la composition des batteries de troisième et de quatrième génération. « Le site sera en mesure d'accueillir les premiers pilotes pour fabriquer ces fluides chlorés et fluorés qui nécessitent des usines de pointe. Autant de compétences dont nous disposons et développons sur le site de Tavaux ». De quoi pérenniser l'activité du site pour les quinze à vingt ans à venir. La finalisation des travaux est prévue pour fin 2023.

Vue de la plateforme de 200 hectares

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