Ventes d’actions Nissan, scission de Renault… Luca de Meo lève tous les tabous

Alors que le groupe automobile français commence à recueillir les premiers fruits de son plan de redressement, il reste encore fragile face à une conjoncture qui ne cesse de se détériorer. Luca de Meo qui cherche des fonds pour financer son plan d'investissement doit retrouver la confiance des marchés, quitte à lever tous les tabous, y compris les plus politiques...
Nabil Bourassi

4 mn

Luca de Meo.
Luca de Meo. (Crédits : Renault)

Luca de Meo n'avait pas exagéré lorsqu'il avait annoncé sa "Renaulution", contraction des mots révolution et Renault. Après avoir bousculé les équipes de design, la branche commerciale, la production.... L'Italien, arrivé à la tête du groupe automobile français en juillet 2020, s'attaque désormais au morceau le plus dur mais aussi le plus politique: sa structure actionnariale.

Une scission de Renault, stupeur et interrogations

Il y a deux semaines, alors qu'il recevait le prix de l'Homme de l'Année dans l'automobile, attribué par le Journal de l'Automobile, il confirmait à des journalistes qu'un groupe de travail avait été créé pour réfléchir à une scission du groupe Renault entre ses activités électriques et thermiques, suscitant la stupeur. Il a assuré que si scission il y avait, le Renault canal historique garderait évidemment le contrôle de la partie électrique. Mais pourquoi une telle opération ?

"Ce projet de scission arrive à un moment critique pour Renault : un bilan dégradé, des coûts qui augmentent avec l'inflation des matières premières, etc. Le groupe traverse d'importantes difficultés qui le contraignent à trouver des solutions pour retrouver des marges de manœuvre et se réinventer", explique Benjamin Sacchet, directeur associé et gérant de fortune chez Avant-Garde Investment.

Renault qui sort de plusieurs années de crise financière a pourtant annoncé des résultats positifs en 2021, mais le groupe est encore en convalescence. Il est loin d'atteindre les ratios de rentabilité du secteur et reste encore fragile. Son retrait de Russie a d'ailleurs mis du plomb dans l'aile au groupe français puisqu'il représentait son deuxième marché au monde. Le marché russe était également promis à d'importants projets de croissance et de rentabilité qui devait être porté par une nouvelle gamme dédiée. Cet épisode a achevé en Bourse le titre Renault qui a encore plongé de plus de 20% depuis le déclenchement du conflit russo-ukrainien. "Dans sa configuration bilancielle, le titre Renault est sous pression et offre peu de marges de manœuvre à la direction", observe Benjamin Sacchet. Autrement dit, impossible de se refinancer sur les marchés, d'où l'idée de la scission.

"Les marchés ont déjà montré qu'ils valorisaient davantage les pure players. Renault veut tirer profit de l'excès des multiples de valorisation qui entoure actuellement les valeurs des constructeurs 100% électriques pour lever des fonds", avance l'expert de Avant-Garde Investment.

Des start-ups valorisées dix fois plus que Renault

Il est effectivement stupéfiant de voir que des "start-up" de la voiture électrique sont capables d'être valorisées entre 50 et 100 milliards de dollars sans même avoir produit la moindre voiture. Tesla est valorisé près de 32 fois ses profits là où Ferrari est coté sur un multiple de 19, BMW de 5 et Renault de... 2,3. Un Lucid Motors dont on attend toujours les premiers modèles s'est introduit en Bourse en juillet dernier pour la somme astronomique de 44 milliards de dollars. En novembre, c'est au tour de Rivian d'entrer à Wall Street pour la somme de 77 milliards de dollars. Le lendemain, la société qui compte Amazon dans son capital, était valorisée plus de 100 milliards.

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De son côté, Renault dispose de plus de dix ans d'expérience dans l'électromobilité avec sa Zoé, mais pas seulement (Kangoo Z.E., Twizy...), détient des brevets, des retours de datas grâce à son parc roulant de centaines de milliers de voitures, ne vaut que 6,5 milliards à la Bourse de Paris.

Le trésor Nissan

Pour se refinancer, Renault dispose d'un autre levier... Sa participation dans le capital de Nissan: 44%, qui vaut environ 7,5 milliards d'euros. D'après Bloomberg, le Français est prêt à vendre une partie de ses titres afin de récupérer du cash. S'il procède à une telle opération, Luca de Meo fait sauter un verrou hautement politique, puisque l'Etat français, premier actionnaire de Renault, tient à cette participation de contrôle. Il remet également en cause le pacte qui le lie au groupe japonais dans le cadre de l'Alliance. En outre, il peut potentiellement perdre la contribution de Nissan dans ses profits. Cette contribution a longtemps été significative et même majoritaire. Enfin, il risque de perdre ses droits de vote auprès du constructeur, s'il devait baisser en-dessous d'un certain seuil.

"La question de l'indépendance des Japonais est un sujet latent dans l'Alliance. Que Renault cède des parts du capital de Nissan semble aller dans le sens de l'histoire tant les dissonances se font régulières. Cela ne serait pas pour autant une bonne nouvelle pour les deux constructeurs qui perdraient alors le bénéfice de leurs synergies industrielles", souligne Benjamin Sacchet.

Luca de Meo a toujours rappelé que l'Alliance avec Nissan était fondamentale pour le redressement de Renault. Les synergies entre les deux constructeurs dépassent les 5 milliards d'euros par an. Il juge toutefois qu'il n'est pas nécessaire de posséder 44% du capital de Nissan pour consolider l'Alliance. La révolution de Luca de Meo ne reculera devant aucun tabou. Quelle sera la prochaine étape ?

Nabil Bourassi

4 mn

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Commentaires 2
à écrit le 29/04/2022 à 9:53
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Nissan ne souhaite pas s'intégrer dans le groupe Renault (pas la peine de revenir sur l'affaire Ghosn). C'est son droit. Il faut juste en tirer les conséquences et vendre Nissan. Si cela n'est pas fait, c'est tôt ou tard Nissan qui prendra l...

à écrit le 29/04/2022 à 9:53
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Ne pas oublier que c'est Le Maire qui a fait capoter le projet de fusion entre Renault et FCA. Tant que le management de Renault sera contraint d'en référer chez son Président de fait à Bercy, rien n'avancera chez Renault.

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