Décharges sauvages : le BTP pointé du doigt

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Il n'existe que 500 décharges pour les 10 millions de tonnes de déchets du BTP
Il n'existe que 500 décharges pour les 10 millions de tonnes de déchets du BTP (Crédits : Reuters)
Le décès du maire de Signes (Var) le 5 août dernier, renversé par une camionnette venue déverser illégalement des déchets sur la voie publique a tragiquement remis ce fléau sur le devant de la scène. Premières incriminées, les petites entreprises du bâtiment manquent de solutions, une lacune qui devrait être en partie comblée par la prochaine loi anti-gaspillage.

Le phénomène des décharges sauvages n'est malheureusement pas nouveau. La Capucine, célèbre site du Castellet (Var), aurait ainsi accueilli pas moins d'un million de tonnes de déchets depuis...1991. Mais il ne cesse de s'amplifier. En 2018, ce serait 520.000 tonnes de déchets qui y auraient ainsi été déversées, ce qui coûterait selon la secrétaire d'Etat à la Transition écologique Brune Poirson de 340 à 420 millions d'euros aux collectivités.

Une part importante de ces déchets - comme c'était le cas à Signes - est issue d'entreprises du bâtiment. Pas de grands groupes, mais surtout des PME, TPE, voire d'artisans travaillant ou non dans la légalité.

Les deux-tiers des déchets inertes (gravats, béton, enrobés, etc.) sont recyclés et transformés en matériaux pour les routes ou en remblais de carrière. Mais la Fédération française du bâtiment (FFB) estime à quelque dix millions de tonnes les déchets de second œuvre (plâtre, verre, isolants, etc...) qui auraient besoin d'être recyclés.

500 points de collecte pour 10 millions de déchets

Or, alors que 4.500 déchetteries ont été ouvertes au cours des 20 dernières années pour absorber 10 millions de tonnes de déchets ménagers, elles sont de plus en plus nombreuses à refuser les déchets professionnels, qui ne bénéficient que de 500 points de collecte.

Plusieurs pistes sont à l'étude pour tenter d'enrayer cette pollution, par définition difficile à recenser précisément.

Aujourd'hui passibles en principe d'amendes pouvant atteindre jusqu'à 75.000 euros et deux ans de prison, la plupart de ces incivilités restent impunies. Les maires disposent d'un pouvoir de police mais manquent des moyens humains pour faire appliquer la loi. Comme l'a rappelé Brune Poirson dans un entretien avec l'AFP, le projet de loi anti-gaspillage prévoit un renforcement des pouvoirs du maire et la généralisation de systèmes de vidéosurveillance, comme certaines communes en ont déjà installés.

Pistes dans le projet de loi anti-gaspillage

L'association de collectivités locales Amorce plaide pour l'ouverture des déchetteries pour déchets ménagers aux déchets professionnels à des horaires et des tarifs adaptés mais aussi pour la mise en place de milliers de points de collecte de proximité qui serait financée par une éco-contribution sur les matériaux. La loi anti-gaspillage aussi prévoit la création d'une filière pollueur/payeur sur les déchets du BTP permettant de financer la création de nouvelles déchetteries et d'usines de recyclage. Mais des voix s'élèvent d'ores et déjà à la perspective du surcoût des matériaux qui en découlerait.

Brune Poirson a annoncé vouloir réunir à la fin du mois d'août les 14 organisations professionnelles représentant les artisans et entreprises du BTP, ainsi que des élus et des parlementaires, afin de mettre en place les conditions de mise en œuvre le plus rapides possible des dispositions de cette loi sur le volet des décharges sauvages.

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Commentaires
a écrit le 16/08/2019 à 13:30 :
Nous pouvons sans doute tous balayer devant notre porte, moi y compris : pourquoi les emballages plastiques remplacent-ils les emballages plus classiques, papier, cartons ou verre, moins polluants ou récupérables dans nos usages ? Nous trouvons cela plus pratique.
Pourquoi les matériaux non durables (laine de verre, de roche, placoplatres ...) sont-ils privilégiés dans la construction ? Leur prix est plus compétitif et les artisans sont maintenant bien formés pour la pose à un moindre coût ...
Du côté des pouvoirs publics, un manque de technicité et des incohérences peuvent être pointées du doigt : j'ai été verbalisé en mettant de la bonne terre en bord de Garonne ; la déchetterie ne peut utiliser cette terre pour le terrassement - trop peu porteur - et je dois dire que ça me faisait mal de mettre de la bonne terre en déchetterie. Elle nous manquera un jour, non ?
J'ai vu aussi des particuliers jeter des galets de la Garonne en déchetterie, en voiture à essence bien entendu. Nous perdons le sens des choses, s'pas ?
a écrit le 13/08/2019 à 23:02 :
2 choses simple à faire, créer des lieux de décharge officiels et prendre une redevance annuelle. Surtout ne pas faire payer au poids.
a écrit le 12/08/2019 à 21:27 :
Les personnes ou les autorités qui signent des contrats avec des entrepreneurs à des prix très bas, devraient également être conscient que ces entrepreneurs ne peuvent pas être sérieux. Dans un contrat d'entreprise l'élimination des déchêts en décharge devrait figurer avec la possibilité de vérification.
Réponse de le 14/08/2019 à 10:38 :
Pour résoudre les problèmes des décharges sauvages, liées elles mêmes aux travaille au noir des travailleurs détachés venant des pays de l'est,

il y a une solution qui consisterait à assermenter et rémunérer des chômeurs "es qualité de VIGILESqui assureraient des rondes dans les communes 7 jours sur 7 / 24h sur 24 en vue de prendre sur le vif les voyous qui déchargent leurs gravas dans les chemins ...

et en même temps de repérer les particuliers et les entrepreneurs qui organisent leurs travaux avec les travailleurs au noir ...

les amendes très lourdes seraient des sources de recettes pour payer ces "vigiles assermentés"
a écrit le 12/08/2019 à 14:20 :
Décharges sauvages : le BTP pointé du doigt ...

il convient de reformuler :

" Décharges sauvages : les pratiques courantes ...

* des travailleurs détachés payés au noir les week end ... et aussi la semaine soit 7 jours sur 7

* et des autoentrepreneurs dans la misère qui ne peuvent pas payer les décharges communales "

in finé, voilà le résultat des politiques européennes ... FAUT ENVISAGER UN FREXIT, ca ira mieux après
Réponse de le 12/08/2019 à 18:27 :
s'agissant des décharges sauvages, les Maires subissent les conséquences de la politique désastreuse des Parlementaires LaREM Modem et leurs affidés PS LR,

c'est bien Macron et le gouvernement Philippe, ensuite de Hollande Valls et Sarkozy Fillon qui appliquent les ordres venant de Bruxelles ...

peut être qu'il faudrait renvoyer les gravas des décharges sauvages à Bruxelles sur leurs gazons et dans leurs bureaux
Réponse de le 13/08/2019 à 7:40 :
Que vient faire le FREXIT dans ce débat ? C'est de la pollution d'idées !
Réponse de le 13/08/2019 à 15:26 :
OuiOui aux pays des merveilles. Le pb du traitement des déchets est un pb mondial, qui touchent tous les pays, à des degrés divers. Sortir de l'Europe ne résoudra rien.
Vous pourriez aussi proposer la sortie de l'ONU si vous voulez.
a écrit le 12/08/2019 à 12:51 :
3 millions d'entreprises pour 5000 point de collecte de déchets en tout genres, qui vont des piles usagées en passant par le mobilier daclassé, les cartouches d'encre, les résidus de fabrication en tout genre, les gravats, les pots de peinture et Dieu sait quoi encore...

Une fois de plus on a mis la charrue avant les bœufs et avant d'obliger les entreprises à passer par un circuit de collecte séparé (qui ne se justifie que pour les déchets spéciaux et les très gros volumes) encore eu t'il fallut que ces points de collecte existent.

Une fois de plus, l'Etat a été totalement irresponsable en ne vérifiant pas que le réseau existe et qu'il a la capacité suffisante pour absorber le volume des déchets.

Le résultat c'est le retour des décharges sauvages, accentué par une taxation des déchets mal comprise.

Toujours le problème de ces ronds de cuir élus et technocrates qui s'imaginent qu'il suffit de pondre une loi, un règlement, un décret pour que la réalité physique rejoigne leur souhaits.
Et quelque chose me dit qu'on n'en a pas fini avec Macron et consorts.
Réponse de le 13/08/2019 à 0:26 :
En effet, si les entreprises du BTP n'ont plus le droit d'emmener leurs déchets en déchetterie, il est logique de se demander ce qu'elles sont censées en faire... Le jour où l'administration s'organisera pour avoir quelques "hommes de terrain"' dans chaque service pour vérifier la "faisabilité" des projets, peut-être que les choses iront mieux.
A la limite, puisque la France adore les comités en tout genre pléthorique, il suffirait d'en créer, pour avoir des professionnels du privé qui seraient "de garde" pendant quelques temps à tour de rôle pour siéger auprès des services de l'administration publique pour donner un avis, mais gratuitement. Le jour où le revenu universel sera mis en place, ce sera un exemple d'obligations en échange à offrir à l'Etat.
a écrit le 12/08/2019 à 11:21 :
Ainsi va la France, des textes de Lois à ne plus savoir qu'en faire, mais nous sommes incapables de les faire respecter. Que l'on commence par cogner sur ces entreprises (il faut fermer les entreprises qui ont de telles pratiques, -le chantage à l'emploi est une plaisanterie car on voit mal l'impact que de telles mesures auront sur le volume des commandes-), et on verra l'intérêt de compléter les dispositifs existants!
a écrit le 12/08/2019 à 9:39 :
Un exemple tout simple dans lequel des habitants d'une petite commune avertissaient des élus locaux du fait que containers attribués aux administrés pour les poubelles étaient systématiquement remplies de déchets visiblement venant d'une boite de BTP. L'avantage c'est qu'en local ils ont facilement trouvé le coupable...

En ce qui concerne ces déchets il faut penser à cet architecte chinois qui utilise des matériaux de ce genre pour construire de très belles maisons neuves, avec un peu de créativité et d'imagination on peut en faire des bâtiments bien plus beaux que ceux qui ont généré ces déchets.

Et c'est là du coup qu'est peut-être le problème, une activité du BTP complètement liée à la finance imposant de bâtir tout et n'importe quoi le plus vite possible et le moins cher possible plutôt qu'un BTP se reposant sur des PME et des architectes voir des artistes. Alors que nos paysages urbains et ruraux seraient en plus bien plus beaux.

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