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Covid, 5 ans après : le monde est-il prêt à affronter la prochaine pandémie ?

latribune.fr

Publié le 09 janvier 2025 à 06:42 - Mis à jour le 26 février 2025 à 09:26

Le Covid tue encore, mais l'écrasante majorité des décès a été enregistrée entre 2020 et 2022.

Le Covid tue encore, mais l'écrasante majorité des décès a été enregistrée entre 2020 et 2022.

CLODAGH KILCOYNE

Le Quotidien Numérique

27 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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Cinq ans après l’arrivée du Covid-19, le monde, bien que mieux préparé, est loin d’être prêt à affronter une autre pandémie, selon l’OMS et des experts.

Cinq ans après son apparition, le virus à l'origine du Covid-19 a officiellement atteint quelque 777 millions de personnes et causé plus de sept millions de morts — beaucoup plus en réalité —, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Mais, au fil du temps et des vagues, la répercussion de l'infection respiratoire sur les décès et les hospitalisations s'est fortement amenuisée, grâce à l'immunité acquise par les populations via la vaccination et/ou les infections.

Le Covid tue encore (plus de 3.000 morts d'octobre à novembre 2024 dans 27 pays, selon l'OMS), mais l'écrasante majorité des décès a été enregistrée entre 2020 et 2022. La pandémie est terminée depuis le printemps 2023 et la levée, par l'OMS, du niveau d'alerte maximal. Le virus n'a, jusqu'ici, pas de saison spécifique, mais semble devenir progressivement endémique, avec des résurgences régulières, un peu à l'image de la grippe, observent divers experts.

Mais « le monde veut oublier ce pathogène qui est toujours avec nous, les gens veulent renvoyer le Covid au passé — et à bien des égards, faire comme si rien ne s'était passé — parce que cela a été si traumatisant », a observé mi-décembre le Dr Maria Van Kerkhove, responsable de la préparation aux épidémies et pandémies à l'OMS. L'ère d'Omicron se prolonge depuis l'automne 2021 : un sous-variant en remplace un autre, sans être plus sévère. Il ne faut cependant pas entièrement écarter, jugent certains scientifiques, le scénario de nouveaux variants plus virulents ou échappant à l'immunité. Dans tous les cas, le Sars-CoV2 restera parmi les humains.

Vaccins, traitements

Cruciale contre la pandémie, la vaccination a été massive depuis la mise au point, extraordinairement rapide, de sérums. Plus de 13,6 milliards de doses ont été administrées dans le monde, avec un accès très inégalitaire entre pays pauvres et riches. Les vaccins adaptés contre Omicron — dans sa version JN.1 — restent actuellement recommandés, notamment pour les plus vulnérables, car toujours protecteurs contre les formes graves et le risque de Covid long. Mais la couverture vaccinale est insuffisante, notamment chez les seniors et les soignants, a averti l'OMS. La quête de vaccins agissant plus longtemps et plus puissamment contre l'infection et la transmission continue, comme celle de nouveaux modes d'administration (nasal, oral)

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Côté traitements, la pharmacie s'est réduite depuis Omicron : quelques antiviraux directs et un anticorps monoclonal. Certaines innovations apportées ou accélérées par la pandémie, particulièrement les vaccins à ARN messager, restent source d'espoirs pour d'autres pathologies, comme le cancer.

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Covid long

Fatigue, toux, essoufflement, fièvre intermittente, perte du goût ou de l'odorat, difficultés de concentration, dépression... le « Covid long » se manifeste par un ou plusieurs symptômes, généralement dans les trois mois après l'infection, persistant au moins deux mois et ne s'expliquant par aucun autre diagnostic. Environ 6 % des personnes infectées par le Covid subissent ce syndrome complexe, a indiqué l'OMS fin décembre, constatant que cela demeure « un fardeau important pour les systèmes de santé ». Les femmes et les personnes ayant des problèmes de santé antérieurs sont davantage touchés. Et les réinfections semblent augmenter les risques. Les scientifiques ont progressé, mais pas totalement élucidé ses mécanismes, suivant plusieurs pistes : persistance du Sars-CoV-2 dans l'organisme, maintien d'un état inflammatoire post-infection, formation de microcaillots..

Futures pandémies

Le Covid-19 n'est pas la dernière pandémie, les scientifiques en sont certains. La question est de savoir quand arrivera la prochaine, et si le monde sera mieux préparé. Environ 60 % à 70 % des maladies émergentes sont des zoonoses, découlant d'agents pathogènes transmis des animaux vertébrés à l'homme — elles se multiplient du fait de la déforestation, qui accroît les contacts avec la faune sauvage, réservoir de virus inconnus.

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La grippe aviaire est actuellement scrutée, spécialement depuis un premier décès humain lundi aux États-Unis. Il s'agissait d'un patient âgé qui souffrait d'autres pathologies et qui avait été contaminé via des oiseaux de basse-cour et sauvages. Depuis plus de deux ans, les pays membres de l'OMS qui négocient un accord pour prévenir les pandémies, patinent. Le souvenir des dommages du Covid s'estompe, les gouvernements changent, et un blocage persiste entre pays riches et pauvres.

L'ère Covid a également augmenté durablement la défiance envers les vaccins ainsi que la désinformation. Le président réélu des États-Unis Donald Trump veut ainsi nommer ministre de la Santé Robert F. Kennedy Jr, un vaccinosceptique.

Le monde est-il mieux préparé ?

Le monde est-il mieux préparé ? « La réponse est oui, et non », a récemment affirmé Tedros Adhanom Ghebreyesus, le chef de l'OMS, une organisation qui a été au cœur de la bataille contre le Covid-19.

« Si la prochaine pandémie survenait aujourd'hui, le monde serait toujours confronté à certaines des mêmes faiblesses et vulnérabilités, a-t-il dit. Mais le monde a également retenu de nombreuses et douloureuses leçons de la pandémie et pris des mesures importantes pour renforcer ses défenses », a-t-il estimé. Selon Maria Van Kerkhove, l'épidémiologiste américaine qui dirige le département Prévention et préparation aux épidémies et pandémies à l'OMS, « beaucoup de choses se sont améliorées grâce à la pandémie de grippe [H1N1] de 2009, mais aussi grâce au Covid ». « Mais je pense que le monde n'est pas prêt pour une nouvelle pandémie ou épidémie de masse », a-t-elle affirmé.

« Pas prêt »

Le groupe d'experts indépendants pour la préparation et la réponse aux pandémies, créé par l'OMS, le dit tout net : « En 2025, le monde n'est pas prêt à combattre une nouvelle menace pandémique », en raison des inégalités qui persistent en matière d'accès aux financements et aux outils de lutte contre les pandémies, tels que les vaccins. La virologue néerlandaise Marion Koopmans a expliqué que le succès et la rapidité de production des vaccins fondés sur la technique de l'ARN messager (ARNm) pouvait « changer la donne » lors de la prochaine crise sanitaire mondiale. Mais elle s'inquiète que leur utilisation face à une future menace ne rencontre des « problèmes majeurs » notamment en raison du niveau « stupéfiant » de désinformation.

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Et Tom Peacock, virologue à l'Imperial College de Londres, considère que la possibilité d'une pandémie de grippe aviaire H5N1 doit être prise « très au sérieux ». Pour l'heure, le virus ne se transmet pas entre humains, mais il circule massivement dans nombre d'espèces animales. « Je ne pense pas que nous soyons davantage préparés que nous ne l'étions avec le Covid », abonde Meg Schaeffer, épidémiologiste à l'institut américain SAS. Elle estime qu'il faudrait encore quatre à cinq ans aux autorités de santé publique pour détecter et partager des informations plus rapidement. Mais elle a « confiance » dans les leçons apprises par la population durant le Covid-19 pour se protéger, telles que la distanciation sociale et le port du masque.

Du concret et un signal d'alarme

Inauguré en 2021 à Berlin, le nouveau centre de l'OMS sur la prévention des pandémies est consacré à la collecte de renseignements pour mieux détecter les menaces et les atténuer. Né en 2022, le Fonds de lutte contre les pandémies de la Banque mondiale a jusqu'à présent approuvé des financements d'une valeur de 885 millions de dollars, alloués à près de 50 projets couvrant 75 pays.

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Un centre de transfert de technologie pour les vaccins à ARNm a été inauguré en Afrique du Sud en 2023 avec le soutien notamment de l'OMS, ainsi en 2022 qu'un centre mondial de formation à la biofabrication en Corée du Sud pour stimuler la production pharmaceutique locale. Le 30 janvier 2020, l'OMS a déclaré que le Covid-19 constituait une urgence de santé publique de portée internationale (USPPI), son plus haut niveau d'alerte, mais aux sonorités trop bureaucratiques.

Et la plupart des pays et le grand public n'ont réagi que quand le chef de l'OMS a utilisé pour la première fois le terme « pandémie », beaucoup plus évocateur, le 11 mars 2020. Afin de déclencher une collaboration internationale plus efficace, les pays membres de l'OMS se sont mis d'accord sur la notion d' »urgence due à une pandémie », désormais le plus haut niveau d'alerte mondiale.

Un traité ?

En décembre 2021, les pays membres de l'OMS ont décidé d'élaborer un accord sur la prévention des pandémies et la préparation à celles-ci pour éviter les graves erreurs du Covid. Mais des questions de taille restent en suspens, dont celle du partage des données sur les agents pathogènes émergents et les avantages qui en découlent, à savoir les vaccins, les tests et les traitements, mais aussi la surveillance des pandémies. Les négociateurs se sont donné mai 2025 comme date butoir pour arriver au consensus.

Par ailleurs plus de 200 scientifiques de plus de 50 pays ont évalué les données sur 1.652 agents pathogènes — principalement des virus - permettant à l'OMS de dresser cette année une liste d'environ 30 agents pathogènes susceptibles de provoquer de futures pandémies, tels que le Covid-19, la fièvre de Lassa et les virus Ebola, Zika et de Marburg.

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Chine : alerte au MPVh

Le Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies a annoncé en fin d'année mettre en place « une surveillance active d'une pneumonie d'origine inconnue », le MPVh. « Le taux de positivité du MPVh chez les enfants de 14 ans et moins a montré une tendance à la hausse », a indiqué le responsable Kan Biao, répondant à une question sur « l'entrelacement de plusieurs maladies infectieuses » depuis le début de l'hiver.

MPVh, qui signifie « métapneumovirus humain », provoque généralement une infection bénigne des voies respiratoires supérieures. Il se transmet par contact direct entre personnes ou après avoir touché une surface contaminée. Les symptômes courants comprennent une toux, une fièvre ou un écoulement nasal, des symptômes très similaires à ceux de nombreux types de rhume et de grippe. Les jeunes enfants, les personnes âgées et celles au système immunitaire affaibli peuvent présenter des symptômes plus graves.

Les conseils de santé publique pour le MPVh sont similaires à ceux pour la grippe, indique John Tregoning, professeur d'immunologie vaccinale à l'Imperial College de Londres. En cas d'infection, il faut « se reposer, boire et éviter de le transmettre à d'autres », précise le spécialiste. « Bien ventiler les espaces, se couvrir la bouche en toussant, ou se laver les mains » limitent les risques d'infection.

Contrairement au Covid-19 au moment de son apparition, le MPVh circule depuis des décennies, ce qui implique un certain niveau d'immunité. Le virus « fait partie du cocktail de virus auquel nous sommes exposés chaque hiver », rappelle John Tregoning. « Quasiment chaque enfant comptera au moins une infection au MPVh avant son cinquième anniversaire », affirme Paul Hunter, professeur de médecine à l'Université d'East Anglia, au Royaume-Uni. Et de nombreuses personnes seront contaminées plusieurs fois au cours de leur vie.

Des images de patients masqués affluant aux services d'urgence des hôpitaux ont largement circulé sur les réseaux sociaux chinois ces dernières semaines, même si de telles scènes ne sont pas inhabituelles en hiver. Ces informations ont suscité l'inquiétude dans le monde entier, certains rappelant le manque de transparence supposé de la Chine lors de la pandémie de Covid-19. Plusieurs citoyens chinois qui avaient alerté sur la gravité de la pandémie avaient notamment disparu. En décembre dernier, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a redemandé à la Chine de partager ses données sur la pandémie de Covid-19 afin de mieux se préparer à des crises sanitaires futures. Pékin a rétorqué avoir partagé ses informations « sans aucune restriction ». L'OMS a toutefois cherché à dissiper les craintes autour du MPVh : « Les niveaux signalés d'infections respiratoires en Chine restent dans un intervalle normal », c'est à dire conforme à ce qui est « attendu pour une saison hivernale », a déclaré mardi la porte-parole de l'OMS Margaret Harris.

(Avec AFP)

latribune.fr

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