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Le "large brevet" revendiqué par Amgen "peut nuire à l'innovation" Jay Edelberg, Sanofi

Photo de Jean-Yves Paillé

Jean-Yves Paillé

Publié le 13 avril 2017 à 04:30

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Sanofi connaît quelques remous concernant son activité maladies cardiovasculaires avec l'attaque d'Amgen en justice sur le brevet du Praluent, un potentiel blockbuster, et avec les offensives régulières de scientifiques estimant que le cholestérol n'est pas ou peu lié aux maladies cardiovasculaires. Jay Edelberg, vice-président de l'unité développement et lancement, évoque les enjeux autour de cette activité historique du groupe, qui pèse encore plusieurs centaines de millions d'euros.

LA TRIBUNE - Régulièrement, des scientifiques ou des médecins montent au créneau pour alléguer qu'il existe peu de liens entre les maladies cardiaques et le cholestérol, voire aucun...

JAY EDELBERG - Certaines personnes se rendent moins compte de l'importance de la place du cholestérol dans les risques cardiovasculaires, et se focalisent sur autre chose. Pourtant, nous savons depuis des années que les personnes ayant un fort taux de cholestérol développent de très importants risques de subir des attaques cardiaques et des accidents vasculaires cérébraux, notamment.

Les études ont montré qu'un défaut des récepteurs des lipoprotéines de basse densité (LDL), que l'on appelle aussi le mauvais cholestérol, entraîne un haut niveau de cholestérol. Le fait que nous ayons découvert ces mécanismes nous permet de mieux prévenir ces attaques.

Informer les patients, les professionnels de santé et le système de santé à propos des facteurs pour les maladies cardiovasculaires est très important. Et la plupart des cardiologistes, généralistes ou autres étudiants en sciences vous montreront les hauts niveaux de risque dus au cholestérol.

Sur quelles études vous fondez-vous pour affirmer l'étroit lien entre cholestérol et risque cardiovasculaire?

Nous nous basons sur de nombreuses études publiées ces dernières décennies pour le prouver. Et, récemment, l'étude Fourrier menée par Amgen a confirmé les résultats obtenus lors de nos précédentes recherches. Elle démontre que faire baisser les lipoprotéines de basse densité, avec des anticorps bloquant l'enzyme PSCK9, produit des bénéfices pour les patients, et principalement la réduction des risques cardiovasculaires. Nous menons nous-même une étude clinique sur ce sujet: l'Odyssey (elle a démarré début en octobre 2012 et devrait se terminer en décembre 2017, Ndlr). Celle-ci devrait démontrer l'efficacité du Praluent pour réduire le risque d'événements cardiaques chez les patients.

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Ces études portent sur vos médicaments respectifs. Mais Amgen estime que le Praluent de Sanofi et Regeneron enfreint le brevet du Repatha. Les deux molécules fonctionnent sur des anticorps bloquant l'enzyme PSCK9. Vous estimez pourtant être dans votre bon droit...

Sanofi a travaillé avec Regeneron pour mettre au point cette nouvelle molécule. Nous l'avons découverte, développée, testée et brevetée. C'est notre molécule. Elle fonctionne effectivement sur des anticorps bloquant l'enzyme PCSK9, afin d'aider le corps à se débarrasser du mauvais cholestérol présent dans le sang. Mais cette molécule est différente de celle d'Amgen. Avec le Praluent, nous avons un mécanisme spécifique par rapport à la molécule d'Amgen, nous ciblons des lipoprotéines de basse densité spécifiques.

Le brevet en question revendiqué par Amgen est excessivement large. Nous ne sommes pas d'accord avec cela. Une couverture large du brevet peut nuire à l'innovation et à la sortie de nouveaux médicaments, et donc au patient. Prochainement, la Court fédérale, composée d'experts, va statuer à ce sujet. Nous sommes confiants quant à l'issue de cette affaire.

Si Amgen gagne, cela peut-il vous poser des problèmes dans votre stratégie de développement de solutions contre les maladies cardiovasculaires ?

Nous avons développé des innovations dans notre activité maladie cardiovasculaire, et nous en développerons dans le futur. Par ailleurs, cette bataille juridique est inhérente aux Etats-Unis. Le Praluent est approuvé dans 47 pays et sera présent dans 33 pays cette année.

Sanofi accélère dans les vaccins et cherche à développer de nouveaux anticancéreux. L'activité maladies cardiovasculaires va-t-elle toutefois se développer ?

Elle restera une activité forte pour Sanofi. Nous avons une longue histoire dans la recherche contre les maladies cardiovasculaires, avec des médicaments historiques comme le Plavix ou le Lovenox. Nous travaillons sur de nouveaux médicaments. En plus de Regeneron, nous travaillons en collaboration avec Myokardia, une société spécialisée dans la médecine de précision. On se focalise également sur la biologie vasculaire pour mieux s'attaquer au cholestérol dans le sang.

Enfin, on sait qu'un haut taux de cholestérol est un important facteur de risque pour développer des maladies cardiovasculaires, mais que le diabète est aussi un facteur aggravant.  Nous intégrons une unité pour travailler sur la synergie naturelle entre les maladies cardiovasculaires et le diabète.

Quels sont vos principaux marchés pour les maladies cardiovasculaires ?

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Les Etats-Unis, l'Europe et le Japon sont des territoires clés pour nous. La Chine est également un marché de plus en plus important. Le pays connaît un accroissement important des risques de maladies cardiovasculaire précoce, et les patients ont besoin de solutions pour contrôler ce facteur de risque.

Jean-Yves Paillé

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