Les biotechs plient, mais vont-elles rompre ?

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Lundi 29 septembre, l'indice Nasdaq Biotechnology a connu son pire jour depuis mai 2011.
Lundi 29 septembre, l'indice Nasdaq Biotechnology a connu son pire jour depuis mai 2011. (Crédits : Décideurs en région)
Dans le viseur des démocrates, les biotechs américaines ont plongé en Bourse ces derniers jours. Mais selon les acteurs du médicament, les politiques américains ne toucheront pas aux prix des molécules innovantes, nécessaire au bon fonctionnement et à la capacité innovatrice des biotechs.

Le monde de la santé a le regard tourné vers les Etats-Unis. Le pays qui représente près de 40% du marché mondial du médicament a connu quelques secousses ces derniers jours. Plusieurs voix démocrates se sont élevées pour dénoncer la cherté de certains médicaments ou l'augmentation vertigineuse de leur prix. Le 22 septembre, Hillary Clinton pointait le cas du Dataprim, molécule pour lutter contre une infection parasitaire potentiellement mortelle, passant de 13,50 à 750 dollars suite à son acquisition par une start-up appartenant à un hedge fund. Elle a annoncé un plan contre les prix des traitements conçus par les biotechs qu'elle juge "outranciers". Le 28 septembre, plusieurs élus démocrates ont sommé le président de Valeant de baisser le prix de deux de ses médicaments permettant de soigner des problèmes de cœur. Ces derniers avaient été augmentés de 525 et 212% le jour de leur acquisition par la société.

L'effet sur les marchés ne s'est pas fait attendre, les investisseurs craignant la mise en place de régulation des prix des médicaments proposés par les biotechs. Valeant a subit une chute de plus de 16% en Bourse, lundi 29 septembre. Les biotechs américaines ont perdu 15 milliards de dollars en valeur boursière, le 22 septembre, selon l'indice Nasdaq Biotechnology. Lundi 29 septembre, l'indice a même connu son pire jour depuis mai 2011, comme le souligne CBNC, avec une chute de 6,3%. Un revers cinglant pour un secteur dont la valeur a grimpé de 400% entre juillet 2010 et juillet 2015. Car les biotechs ont jusque-là attiré massivement les investisseurs pour les promesses annoncées de leurs produits innovants censés capter des marchés très importants. Les hedge fund, notamment misent beaucoup sur celles-ci. Plusieurs d'entre eux ont d'ailleurs beaucoup perdu d'argent ces derniers jours, comme Ackward avec la chute de Valeant, note le Financial Times.

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 L'indice Nasdaq Biotechnology

Une bulle en train d'éclater ?

Des économistes ont évoqué le début de l'éclatement d'une bulle. L'analyste Jesse Colombo assure dans Forbes que la "bulle des biotechs va finir mal". Il estime celle-ci va finir par exploser car elle a été encouragée par la politique monétaire accommodante de la Fed "faisant croire à l'illusion de la croissance et de la prospérité".

Car certaines entreprises du médicament innovantes et cotées en Bourse sonnent comme un pari très risqué. La biotech Axovant, par exemple, prévoit de mettre sur le marché une molécule (en essai clinique en phase 3 actuellement) contre la maladie d'Alzheimer. En juin, elle valait trois milliards de dollars sans chiffre d'affaires ni médicament sur le marché.  Sa valorisation a chuté à 1,3 milliard de dollars  en Bourse, aujourd'hui

Thierry de Catheu, directeur des investissements biotechs/santé de la plateforme de cofunding Hoolders.com, reconnait qu'il s'agit là " d'un coup de communication". La biotech Axovant "communique comme si elle détenait le médicament du siècle contre la maladie d'Alzheimer. Mais plus de 260 sociétés identifient et/ou développent de nouveaux médicaments pour cette pathologie. Les corrections pourront être violentes en cas de promesses irréalistes". Mais globalement, il ne veut pas croire à l'explosion d'une bulle estimant qu'Axovant est un cas relativement isolé dans l'univers des biotechs américaines. Selon Thierry de Catheu, la chute n'est donc que temporaire. "Cette baisse des valeurs a ramené le niveau des biotechs américaines à celui du début d'année. Dès qu'il y a un petit risque, les investisseurs sont prudents et préfèrent vendre en attendant que les titres puissent être rachetés".

L'évolution des valeurs depuis deux jours semble lui donner raison. La chute boursière continue dans le secteur du 17 au 29 septembre s'est arrêtée le 30 septembre: l'indice Nasdaq Biotechnology a alors grimpé de plus de 5%. Le 1er octobre, il a gagné 0,67%.

Régulation des prix: de simples annonces de campagne ?

Pour expliquer la chute du mois dernier, outre la crainte de régulation des prix des médicaments, Pierre-Olivier Goineau président de France Biotech, avance que le potentiel de hausse des valeurs des biotechs est inférieur à ces derniers mois. "Les investisseurs se retirent momentanément quitte à se repositionner" car le "contexte boursier général mondial est fait d'incertitudes avec la Chine et la croissance américaine", notamment et agit "sur un secteur de l'innovation médicamenteuse volatil". Il avance également un effet saisonnier. "Il est logique de prendre ses bénéfices en fin d'année".

En ce qui concerne la régulation des prix, il s'agit avant tout d'annonces de "campagne" pour Thierry de Catheu. Pour rappel Hillary Clinton s'est lancée en mars à la course à l'investiture pour représenter les démocrates lors de l'élection présidentielle américaine de 2016. Elle a fait de la lutte contre les dérives de la finance un des principaux axes de sa campagne. Hors maîtrise de l'"excès de certaines entreprises du médicament", le consultant stratégique estime que la régulation "ne se fera pas car elle risque de pénaliser les biotechnologies, nuire à l'innovation dans le médicament".

Eric Baseilhac, directeur des affaires économiques au Leem, organisation qui représente les entreprises du médicament en France, justifie lui aussi la fixation des prix:

"Le prix fixé pour le médicament doit permettre d'amortir les coûts très importants de recherche et développement et de réinvestir dans de nouvelles innovations. Pour les biotechnologies il faut rajouter à ce modèle économique des coûts et des risques plus élevés sur la chaîne de production".

Et de renchérir en assurant de leur valeur fondamentale pour le monde de la santé: "En plus des progrès qu'elles apportent pour les patients, les innovations thérapeutiques, notamment les biotechnologies, alliées aux solutions digitales, auront un impact structurant majeur sur l'organisation des soins. "

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Commentaires
a écrit le 04/10/2015 à 10:35 :
Nous voyons bien là la limite du capitalisme dans la santé. Mais quel système alternatif proposer? La réponse, si elle existe, n'est pas évidente...
Réponse de le 04/10/2015 à 17:39 :
Il ne faut pas confondre Capitalisme et Spéculation, sinon on jette le bébé avec l'eau du bain... Le capitalisme n'interdit en rien la régulation, au contraire selon Keynes. Par contre la spéculation a besoin de dérégulation pour une plus grande volatilité des prix, et donc des gains juteux...

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