Fusion Pfizer-Allergan : les politiques américains crient au scandale fiscal

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Les 500 plus grandes entreprises américaines détiennent plus de 2.100 milliards de dollars (1.875 milliards d'euros) de profits hors du territoire américain.
Les 500 plus grandes entreprises américaines détiennent plus de 2.100 milliards de dollars (1.875 milliards d'euros) de profits hors du territoire américain. (Crédits : STAFF)
Cette fusion à 160 milliards de dollars permet à Pfizer de déplacer son siège social en Irlande afin de payer moins impôts. Démocrates et républicains, dans une belle unanimité, ont dénoncé ce qui "érode l'assiette de l'impôt", et certains promettant des représailles.

Le mariage à 160 milliards de dollars officialisé entre Pfizer et Allergan a fait réagir vivement la classe politique américaine. Le fabricant du Viagra est accusé d'inversion fiscale car il peut avec cette fusion, déplacer son siège social en Irlande où la fiscalité des entreprises est plus avantageuse qu'aux Etats-Unis.

Hillary Clinton, favorite dans la course à l'investiture démocrate pour la présidentielle de 2016, a accusé Pfizer de profiter des failles de la législation fiscale pour éviter d'acquitter sa "juste part" de l'impôt au détriment du contribuable.

L'ancienne chef de la diplomatie américaine a ajouté qu'elle proposerait des mesures pour empêcher de tels montages dits d'évitement ou d'inversion, sans donner de précisions.

"Nous ne pouvons retarder la répression des inversions qui érodent l'assiette de l'impôt", a-t-elle déclaré.

Bernie Sanders, représentant l'aile gauche des démocrates, est allé plus loin appelant Barack Obama à bloquer la transaction, rapporte le Financial Times.

"La fusion Pfizer-Allergan serait un désastre pour le consommateur américain qui paie déjà les prix les plus élevés au monde pour les médicaments prescrits."

Barack Obama lui même avait jugé très durement ce type manœuvres. Il les avait qualifiées d'"anti-patriotiques". Enfin, du côté des républicains, Donald Trump, candidat aux primaires, a estimé: "Nos politiques devraient avoir honte".

La réaction du Trésor américain jugée insuffisante

Du côté des institutions, le Trésor américain avait déjà réagi, le 19 novembre, souhaitant rendre les délocalisations de siège social plus difficiles. Il a annoncé des mesures qui "réduisent les bénéfices économiques" de ces procédures dites d'inversion fiscale.

Mais il s'agit de simples ajustements de la réglementation existante et ils n'empêcheront pas le mariage du fabricant du Viagra avec celui du Botox, estiment les spécialistes de la fiscalité.

Le patron de Pfizer, Ian Read, a adressé lundi une lettre à un certain nombre de sénateurs dans laquelle il précise que le siège "opérationnel" du nouveau groupe restera à New York et qu'il prévoit de pouvoir consentir des "investissements importants aux Etats-Unis". Mais le siège administratif de la nouvelle société restera bien en Irlande.

Fin octobre, déjà, Pfizer n'avait pas caché que son intérêt pour le fabricant du traitement anti-rides Botox tenait au fait que le siège était en Irlande où l'impôt sur les bénéfices est presque trois fois plus faible qu'aux Etats-Unis.

Des centaines de milliards de profits perdus

Si les politiques américains réagissent aussi vivement à cette fusion géante, c'est parce que les sommes en jeu sont considérables.

Ainsi, les 500 plus grandes entreprises américaines détiennent plus de 2.100 milliards de dollars (1.875 milliards d'euros) de profits hors du territoire américain. Si elles étaient amenées à rapatrier ces sommes considérables, comme le souhaite le président américain Barack Obama, elles devraient au fisc pas moins de 620 milliards de dollars, d'après le Center for Tax Justice et l'U.S. Public Interest Research Group Education Fund.

    Lire >> Optimisation fiscale : les États-Unis durcissent leur lutte

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Commentaires
a écrit le 25/11/2015 à 22:23 :
c'est assez jouissif de constater que ces chantres du libéralisme forcené que sont les politiques américains, qui ont amené leus propres citoyens au nnibeau d'un pays sous-développé (comme le font actuellement lrs politiques français ...), commencent à sentir le retour de bâton : qui sème le vent récolte la tempête ...
a écrit le 24/11/2015 à 23:21 :
Quel scandale? On ne fait pas tous pareil? On n'essaye pas tous de minimiser nos impots ?
a écrit le 24/11/2015 à 22:13 :
Comme souvent lea americains sont precurseurs et ont bien compris les vrais problemes qui se posent aujourd hui. Pendant ce temps la en France on glorifie nos oligarques et on donne nos plages publiques a ceux qui nous mordent la main....
a écrit le 24/11/2015 à 20:41 :
Il serait intéressant qu'un VRAI journaliste d'investigation enquête sur PFIZER ne serait qu'en France, il serait surpris de ce qu'il va trouver....
Réponse de le 03/12/2015 à 5:00 :
Et allergan donc!!! Lobbying éhonté, pratique de vente douteuses...
a écrit le 24/11/2015 à 15:46 :
"ce type manœuvres."
type de
a écrit le 24/11/2015 à 15:39 :
Rappelons nous que l'ue avec la France en première ligne a aidé financièrement l'Irlande pendant la crise, puis a organisé un défaut partiel... sans jamais exiger préalablement un alignement de l'IS sur le notre;

L'IS payé par les entreprises françaises a financé l'IS non payé par les entreprises irlandaises.
Réponse de le 24/11/2015 à 20:41 :
Hé, oui ni les grecs, ni actuellement les portugais n'ont bénéficié de la même mansuétude. Sans compter le dénigrement à leur encontre (et à celui des espagnols et italiens, en attendant notre tour) du type club med ou autre de la part de leurs alliés d'Europe du nord et en particulier des anglais et qui frise la xénophobie voire le racisme.
a écrit le 24/11/2015 à 14:53 :
Les grandes entreprises américaines paient rarement le taux nominal de l'impôt, il faut compter sur la moitié environ. La question fiscale n'est donc pas l'unique raison et si l'on peut même dire, le problème secondaire. Durant des années cela n'a pas posé de problème. La réalité est que de nombreuses entreprises américaines sont en faillite comme je l'expose depuis plusieurs années maintenant. Pfizer par exemple a réalisé des acquisitions pour 400 milliards et ne vaut pourtant plus que 200 milliards, l'argent a été distribué aux actionnaires tout ce temps sans effet de levier. Il s'agit donc de se vendre en regroupant l'argent extérieur pour solder toutes les pertes, payer les pensions et faire évoluer le business model ou disparaître. Depuis l'Irlande, Pfizer peut acquérir toute société pharma du monde qui serait à vendre avec l'aide de l'argent des paradis fiscaux. Un rôle de voiture-balai le temps d'envisager un autre métier. En effet les "healths" du programme Obama, ces sociétés immenses et prescriptrices des médicaments vont verser vers le tout générique au moindre prix, voire en fabriquer. Plus de place pour les anciens géants qui n'inventent plus rien depuis des années. La solution est alors de se transformer progressivement en producteur "bionic" type coeur artificiel ou homme artificiel, peau artificielle, une autre face de l'univers immense de la chimie. Cependant de nombreux acteurs travaillent ce secteur comme J&J, 3M. Se placer en situation réactive est alors le meilleur choix de transition. En France nous devrons penser à privatiser rapidement notre sécurité sociale. Il ne sera pas possible qu'elle reste très longtemps obligatoire avec les engagement européïstes pris et elle ne peut évoluer si elle reste captive alors que les autres bougent à grands pas.. Une prise de conscience nécessaire.
Réponse de le 24/11/2015 à 17:16 :
le dada de certains de liquider l un des avantages du programme du conseil national de la Résistance fait froid dans le dos. privatiser les meilleurs risques ferait le beurre de nombreuses compagnies d ass
Réponse de le 25/11/2015 à 0:25 :
Excellente explication. Fin de votre commentaire : La Sécurité Sociale doit etre transformée en Entreprise Publique ou en Mutuelle, en concurrence avec toutes les autres. Obligation d'assurance comme pour l'Auto, à un niveau donné, cependant au choix de chaque Entreprise ou Personne, entre toutes les Mutuelles Agréées et habilitées.
Réponse de le 25/11/2015 à 22:41 :
On sait ce que ça a donné aux états-unis, d'imposer aux gens une assurance santé privée :
les prix des médicaments qui flambent, puisqu'il n'y a aucun contrôle de l'état entre le prix de revient et le prix de vente, ni, pour les médicements nécessaires à la survie des malades, un prix imposé pour permettre au plus grand nombre de se le procurer,
- seuls les plus riches ont accés aux soins : ceux qui n'ont pas d'emploi ou qui ont un revenu trop modeste peuvent crever comme des bêtes : refus de soin par les médecin, refus de prise en charge par les hopitaux, pas moyen de se procurer des médicaments de première nécessité
- ceux qui ont des maladies "longue durée" n'ont aucune chance de pouvoiir souscrire un contrat aupès d'une société d'assurance privée : pareil, ils peuvent crever
et seuls ceux qui sont en bonne santé pourront être remboursés : dès que la thérapie dépasse un certain seuil, les compagnies d'assurance trouvent toujours un tas de clauses pour refuser le remboursement
C'est vrai que la sécurité sociale coûte cher et est mal géré, grâce à nos politiciens qui en font une pompe à fric pour les laboratoires pharmaceutiques (grippe aviaire, H1N1, dépistage du cancer, ....) et pour les mandarins des hôpitaux, mais au moins je suis sûre d'être aidée si j'ai un problème de santé grave.
Si vous voulez savoir ce que donne un monde d'assurance maladie privée, regardez le film "Sicko" de Michael Moore

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