En vue de la présidentielle 2017, les laboratoires pharmaceutiques veulent pousser l'Etat à développer l'automédication, avec l'appui de l'Afipa, un lobby favorable au déremboursement de molécules dédiés aux problèmes bénins. Sans craindre une baisse des revenus issus de ces produits. Analyse.
Pousser en faveur du déremboursement de certains médicaments et dispositifs médicaux, cela peut sembler paradoxal quand l'initiative vient des industriels du secteur pharmaceutique eux-mêmes. C'est pourtant ce que prône l'Afipa, un lobby français qui regroupe 35 laboratoires pharmaceutiques, dont Sanofi, Merck ou encore GSK. L'organisation tente de convaincre les politiques de l'intérêt de développer le marché de l'automédication, une pratique consistant pour un individu "à soigner sa maladie grâce à des médicaments autorisés, accessibles sans ordonnance, sûrs et efficace dans les conditions d'utilisation indiquées",selon la définition de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).
Ce lobbying est mené à coups de sondages, notamment. Selon une étude commandée à l'institut Ipsos fin 2015 par l'Afipa, 60% des Français sont "prêts à accepter une charge individuelle de dépenses de santé pour les problèmes bénins". Ou encore: "45% des médecins estiment que leur patients sont capables de se soigner grâce à des médicaments sans ordonnance et sans l'intervention du médecin".
Concrètement, l'Afipa réclame le déremboursement de 173 molécules associées à 66 indications.
Peu de médicaments vendus en automédication en France
Actuellement, la part de l'automédication dans le marché français par unité de consommation est faible comparée à d'autres pays européens. Selon l'Afipa, elle grimpe à 15,4% en 2014 (environ 1 médicament sur 7 vendu en automédication). Contre, 44,8% pour l'Allemagne, ou encore 57,% au Royaume-uni, mais devant l'Italie à 12,3%. Les Allemands dépenseraient plus de 56 euros par an pour l'automédication, contre 34,50 euros pour les Français, qui bénéficient pourtant de prix plus bas pour les médicaments disponibles sans ordonnance, assure l'Afipa.
Mais le déremboursement de certains médicaments va-t-il faire baisser ou augmenter leur consommation ? Dominique Giulini, patron de l'Afipa et également président France et Afrique francophone de GSK santé grand public, assure à La Tribune qu'en France, "le patient a une certaine culture de la gratuité". Mais d'après l'organisation cela ne ferait pas forcément baisser la consommation et peut potentiellement provoquer l'effet contraire.
"Il n'y aura pas de développement exponentiel de la consommation si l'argent vient de la poche du patient. Mais si un besoin se fait sentir rapidement, pour une personne indisposée qui doit aller travailler par exemple, une solution rapide sera disponible", expose à La Tribune Daphné Lecomte-Somaggio, déléguée générale de l'Afipa.
L'argument massue du lobby pour obtenir un développement rapide de l'automédication, ce sont les économies potentielles pour la sécurité sociale. Et ce, grâce aux déremboursements de certaines molécules, mais aussi en évitant "des consultations chez le généraliste pour se faire prescrire des produits pour des pathologies bénignes" déjà délivrés sans ordonnance dans d'autres pays européens et en favorisant l'auto-prise en charge, explique Dominique Giulini."Le pharmacien doit devenir l'interlocuteur privilégié", ajoute-t-il.
Newsletter
Industrie et service
Chaque jour à 13h, l’essentiel de l’actualité industrielle.
Une preuve de bonne volonté pour négocier à la hausse le prix des nouveaux médicaments ?
Cela permettrait à l'industrie pharmaceutique de montrer sa volonté de faire des efforts pour alléger le budget de la sécurité sociale. Ainsi, le lobby assure dans son argumentaire que ces économies "permettraient de contribuer à la préservation du financement solidaire des maladies lourdes et de longue durée". L'Afipa fait ici référence aux inquiétudes sur la soutenabilité à long terme du financement des traitements innovants par la sécurité sociale. Ces derniers représentent des coûts de plusieurs dizaines de milliers d'euros par patient, à l'image des nouveaux anticancéreux ou encore des traitements capables de guérir l'hépatite C.
Les laboratoires pharmaceutiques, qui se plaignent de contribuer pour moitié à l'effort de réduction des dépenses de la sécurité sociale, tout en revendiquant ne peser que 15% de ses dépenses, pourraient alors espérer négocier à un meilleur prix certains nouveaux traitements. Et ce, à l'heure où des négociations avec le Comité économique des produits de santé (CEPS) patinent pour certains médicaments. Par exemple, Janssen et est en négociation avec l'institution depuis plusieurs mois pour l'entrée de l'anticancéreux Imbruvica sur le marché français. ces derniers ne parviennent pas à s'entendre sur le prix, avance à La Tribune Eric Braun, Directeur de l'accès au marché et développement de nouveaux produits pour le laboratoire pharmaceutique.
Par ailleurs, l'Afipa revendique l'application d'un taux de TVA à 2,1% (contre 10% actuellement) pour les molécules disponibles pour l'automédication, soit le taux fixé pour les médicaments prescrits. Un gain financier potentiellement important pour l'industrie pharmaceutique si une telle mesure était appliquée.