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Entreprises & FinanceChimie & Pharmacie

Santé : ouvrir le capital d'une société française aux Chinois "est une stratégie gagnant-gagnant"

Photo de Jean-Yves Paillé

Jean-Yves Paillé

Publié le 23 novembre 2016 à 06:50

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Les fonds d'investissements et industriels chinois s'intéressent au savoir-faire des biotechs et medtechs françaises, alors que Pékin, en proie au vieillissement dans la population, accélère dans la santé. En ouvrant leur capital, les sociétés françaises peuvent accéder au marché chinois et réinvestir l'argent gagné pour grandir à l'international, avance Xianding Ma, cofondateur de Cenponts Healthcare, une société de conseil hongkongaise qui a pour mission de rapprocher les acteurs industriels européens...

LA TRIBUNE - Pourquoi les produits pharmaceutiques et les dispositifs médicaux (medtech) français vous intéressent-ils ?

XIANDING MA - Le marché français est particulièrement mature au niveau des produits de haute technologie, comparé à la Chine. Plusieurs paramètres poussent les medtechs et biotechs françaises à développer des produits de bonne qualité, des projets solides, avec une R&D poussée, tirée par de bons chercheurs. Il y a beaucoup de concurrence et de grands problèmes de financement, avec des levées de fonds au compte-gouttes en France. Cela pousse les startups françaises dédiées à la santé à réaliser le meilleur. En comparaison, et en exagérant un peu, on peut dire qu'en Chine, où la présence de capitaux est très importante, on fait n'importe quoi pour vendre, y compris si des produits ne sont pas de bonne qualité. On dispose d'un grand marché où tous les produits peuvent se vendre. Par ailleurs, les sociétés françaises cherchent de l'argent pour se développer, "marketer", s'internationaliser, y compris quand elles sont cotées sur Alternext. Elles sont sous-valorisées, et attirent donc les investissements chinois.

L'entrée d'investisseurs étrangers dans le capital de sociétés françaises est  souvent mal perçu...

C'est pourtant une stratégie gagnant-gagnant. Pour se développer, les sociétés françaises doivent pénétrer les marchés américains ou chinois, et bénéficier de leurs canaux de distribution [les Etats-Unis représentent le premier marché pharmaceutique, la Chine le 2e, Ndlr]. Nous ouvrons le marché chinois aux medtechs et biotechs françaises. Ensuite, ces dernières peuvent réinvestir l'argent gagné, pour continuer à innover et créer de la valeur ajoutée, et aussi des emplois en France. On peut citer l'exemple d'une entreprise parisienne, la medtech Echosense, rachetée par une société chinoise en 2011. Cette dernière a laissé l'équipe française gérer le management, l'acheteur chinois ne prenait que les grandes décisions. Ce rachat a permis en outre à la la société française de faire passer sa valorisation de 10 millions à 28 millions d'euros. Plus tard, il a encore investi 56,5 millions d'euros. Echosense a pu pénétrer le marché chinois, recruter de nouveaux employés et accélérer dans la R&D.

En entrant dans le capital d'une société française, l'investisseur chinois espère-t-il s'ouvrir les autres grands marchés internationaux ?

Le développement ailleurs à l'international n'est que du bonus. Le marché chinois représente la vraie valeur ajoutée.

Vous vantez l'intérêt d'investir dans des sociétés françaises pharmaceutiques et des medtech, pourtant les fonds chinois ne semblent pas arriver en masse dans l'Hexagone en santé...

Je ne suis pas d'accord, les investissements s'accélèrent ces dernières années. Je peux vous citer de nombreux cas. Néanmoins, il est vrai que 90% des 10.000 fonds chinois n'orientent pas leur stratégie vers l'étranger, à cause de plusieurs barrières. Il est difficile de faire confiance à des startups françaises quand leurs produits sont encore en cours de développement, et gérer des investissements dans l'Hexagone n'est pas simple. La façon de travailler n'est pas la même en France. Si un fonds chinois prend des parts dans une société française, il vaut mieux qu'il laisse cette dernière gérer son affaire localement. Il arrive que cela se passe mal entre des investisseurs chinois et les sociétés françaises, à cause de différends stratégiques.

Comment se passent les négociations entre les startups françaises et les investisseurs chinois ?

Dans notre cas, les négociations durent de six mois à un an, avec une réunion téléphonique hebdomadaire. Les rencontres de visu sont rares. En conséquence, les investisseurs chinois restent prudents. Ils ne mettent pas d'argent dans les dispositifs médicaux si ces derniers ne jouissent pas d'un marquage CE [dernière étape avant une potentielle mise sur le marché, Ndlr]. Concernant les biotechs, ils attendent que leurs médicaments soient en phase II/b ou en phase III [dernière phase avant un potentiel lancement sur le marché, Ndlr].

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Le ralentissement de l'économie chinoise risque-t-il de freiner l'appétit du pays pour les medtechs et biotechs françaises ?

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Nous n'avons pas de problèmes de financement, nous avons au contraire beaucoup d'argent à dépenser dans la santé et l'innovation. En Chine, le marché des medtechs (dispositifs médicaux) a explosé, passant de 12 milliards de yuans (1,64 milliard d'euros) en 2002 à 260 milliards (35,5 milliards d'euros) en 2012. Cet engouement s'explique par un système de santé qui s'améliore depuis quelques années, avec une meilleure couverture des soins due à la mise en place d'une sécurité sociale au milieu des années 2000. Avant les années 2000, se soigner coûtait trop cher pour la population. En outre, les besoins de santé en Chine explosent avec les graves problèmes de pollution (4.000 morts par jour dans le pays seraient dus à la mauvaise qualité de l'air, Ndlr). Mais également à cause du vieillissement de la population, une conséquence de la politique de l'enfant unique: il fait bondir le nombre de malades chroniques. Si la politique de l'enfant unique a été stoppée, ses effets se feront encore ressentir dans plusieurs décennies.

Jean-Yves Paillé

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