Santé : la Chine forcée de faire sa révolution

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En Chine, les petits hôpitaux sont sous-utilisés, les gros hôpitaux dans les grandes villes sont sur-utilisés, explique Olivier Wierzba, directeur associé du Boston Consulting Group (BCG).
En Chine, les petits hôpitaux sont sous-utilisés, les gros hôpitaux dans les grandes villes sont sur-utilisés", explique Olivier Wierzba, directeur associé du Boston Consulting Group (BCG). (Crédits : Reuters)
Le pays engage un plan de réformes et compte beaucoup sur la santé numérique pour faire face au manque d'organisation de ses infrastructures, au vieillissement de sa population et à la progression des maladies chroniques.

Le système de santé chinois est à la recherche d'un nouveau souffle. C'est le porte-parole d'une étude sur la santé numérique en Chine, publiée mercredi 16 septembre", Olivier Wierzba, directeur associé du Boston Consulting Group (BCG), qui le dit:

De par sa construction, il est très inefficace, coûte cher et va coûter plus cher encore."

Et de citer un exemple:

"A Pékin, il faut attendre une journée pour prendre rendez-vous à l'hôpital. Les petits hôpitaux sont sous-utilisés, les gros hôpitaux dans les grandes villes sont sur-utilisés."

Des établissements surchargés qui font face à l'arrivée de nouveaux malades. L'évolution du modèle de consommation chinois a emmené avec elle son lot de maladies chroniques. En 10 ans, l'obésité a progressé de 67% dans le pays, note le National Health and Family Planning Commission en juillet. Et selon une étude de Morgan Stanley, la Chine perdrait 0,4 points de PIB en moyenne chaque année entre 2015 et 2035 à cause de l'obésité et du diabète. Également, les problèmes cardio-vasculaires et les cancers progressent, note Oliver Wierzba. Et "à horizon 2020, un tiers de la population pourrait souffrir d'hypertension".

En outre, la population chinoise vieillit.  Le taux de croissance de la population âgée de 20 à 39 ans était tombé à zéro en 2010, et il est prévu qu'il baisse plus rapidement que le recul de la population en âge de travailler d'ici à 2035. La population de moins de 14 ans ajoutée à celle des plus de 64 ans représentera alors plus de 50% de la population.

Pas assez dépensière la Chine ?

Or comparé à d'autres pays, les dépenses de la Chine dans la santé sont maigres, proportionnellement à sa richesse. En 2013, les dépenses dans le domaine représentent 5,6% du PIB pour le pays asiatique contre 9,7% pour le Brésil, 11,7% pour la France, ou même 17,3% pour les Etats-Unis. "La Chine découvre aujourd'hui des problèmes que nous connaissons bien et depuis longtemps en France", justifie Olivier Wierzba. Aussi, Pékin est amené à accroître ses dépenses à l'avenir.

"Les dépenses santé en pourcentage de PIB dépassent les 6% aujourd'hui. En 2020, elles iront au-delà des 7%, assure-t-il.

Selon une étude du cabinet McKinsey & Co., les dépenses totales dans la santé atteindront 1.000 milliards de dollars en 2020, contre 357 milliards en 2011 dans le pays.

Rationalisation des coûts

Des dépenses supplémentaires mais raisonnées pour un pays qui vit au rythme de marchés volatils et d'un ralentissement économique inquiétant. Pékin a ainsi lancé une réforme des hôpitaux, déployé des efforts accrus pour s'assurer de la qualité des produits, commencé à rationaliser ses portefeuilles, et renforce les barrières réglementaires à l'enregistrement des nouveaux médicaments, souligne le directeur associé du BCG.

Ainsi, "la Chine rattrape à vitesse très accélérée ce qu'on a pu voir en Europe. Le pays est dans un esprit de contrôle des coûts pour financer les dépenses santé".

Digitalisation

Et pour soutenir ce big bang dans le secteur,  la Chine prend le train de la santé numérique en classe business. Les dépenses dans l'e-santé vont connaître un boom et grimper à 110 milliards de dollars en 2020 alors qu'elles ne représentaient que 3 milliards en 2014, estime le BCG dans l'étude dirigée par Olivier Wierzba..

Si la santé numérique représentaient 1% des investissements dans la santé en 2014, elles monteraient donc à 10% dans cinq ans.

"Le digital dans la santé permet de s'attaquer aux inefficacités économiques"

Le digital "ne règlera pas à lui seul les problèmes du système de santé chinois", mais il représente "un levier très important", note le directeur associé du BCG. Car l'e-santé est perçu par les spécialistes comme un vecteur de rationalisation et de réduction des coûts.

    Lire >> La santé numérique permettrait au système de santé américain d'économiser 100 milliards de dollars d'ici 2019

"Le digital dans la santé permet s'attaquer aux inefficacités économiques et de donner de nouvelles solutions. Par exemple, cela aide à mieux gérer et optimiser les prises de rendez-vous ou les consultations à domicile. Les consultations sont ainsi optimisées et les hôpitaux sont désengorgés."

En outre, du côté de la vente directe de médicaments sur le web, "la réglementation est en avance en Chine comparée à l'Europe, voire aux Etats-Unis. Cela réduit les lourdeurs de la logistique et de la distribution. Car le tissu des grossistes est complexe en Chine", détaille-t-il.

 Les géants chinois de la tech à l'avant-garde

Les géants chinois de la tech jouent et vont jouer un rôle très important dans ce boom de la santé numérique.

  • Alibaba a lancé sa pharmacie accessible en ligne.
  • Alibaba toujours propose  son "hôpital du futur". Les utilisateurs peuvent réserver leur rendez-vous en ligne, et ce, au lieu d'attendre que des docteurs soient disponibles sur place. Cette année, le géant du e-commerce a également lancé un cloud dédié aux hôpitaux chinois, afin qu'ils puissent se partager leurs informations sur les patients notamment.

  • Le moteur de recherche Baidu, le "Google chinois",  propose également plusieurs services de santé : la prise de rendez-vous médicaux en ligne ou encore la réalisation de diagnostics.

Ouverture des hôpitaux au capital privé étranger

Enfin, la rénovation du système de santé chinois passera aussi par des réformes libérales. Les hôpitaux seront ainsi ouverts aux financements étrangers dans une partie du pays, à Pékin et Shanghai notamment, a annoncé publiquement en août la National Health and Family Planning Commission et le ministère du Commerce.

Les investisseurs, y compris étrangers donc, auront le droit d'acquérir des établissements voire d'en créer de nouveaux, après validation du projet par les autorités de santé chinoises.

Pékin espère qu'ils apporteront en retour des connaissances pointues et permettront de pallier les lacunes de son système de santé...

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Commentaires
a écrit le 09/11/2017 à 9:28 :
le marche de la sante en Chine reste encore un secteur pas tres ouvert aux etrangers. dans un article que j ai recemment lu http://www.marketing-chine.com/sante/marche-de-sante-chine-130-milliards-deuros et qui pourrait egalement vous interessez, il est note que le secteur de la santé en Chine représente environ 6% du PIB du pays.
a écrit le 20/09/2015 à 20:56 :
Et aux us, l'espérance de vie a commencé à baisser. Te dire si la critique de la Chine est légitime...
a écrit le 19/09/2015 à 13:37 :
Une seule solution. La marchandisation. La santé a un prix et les hommes d'affaires éspèrent bien en tirer des bénéfices.

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